Début à Paris du procès de la société belge Take Eat Easy pour travail dissimulé

La success story belge a tourné au fiasco. Aujourd'hui, elle se retrouve devant les tribunaux français pour travail dissimulé.

Application Take eat easy
©Belgaimage

Ce vendredi débute le procès de l’ancienne start-up belge Take Eat Easy et de son ex-patron Adrien Roose pour travail dissimulé devant le tribunal correctionnel de Paris. Plus d’une centaine de coursiers avaient porté plainte pour emploi non déclaré et travail illégal.

Take Eat Easy, c’était une magnifique promesse de succès. Fondée en 2013 à Bruxelles, la start-up s’est lancée sur le segment prometteur de la livraison de repas à vélo. La plateforme met en relation restaurants, clients et coursiers en se basant sur des technologies numériques (smartphone, géolocalisation, algorithmes). L’entreprise prélève une commission sur chaque commande et fait payer une participation aux clients pour la livraison.

Assez vite, la start-up se déploie dans d’autres villes: Paris en octobre 2014, puis Berlin, Londres et Madrid à l’été 2015. Pour soutenir sa croissance, Take Eat Easy parvient à lever 6 millions d’euros en 2015, suivi par un nouveau tour de table de 10 millions d’euros quelques mois plus tard. Malgré une présence dans 20 villes, alors que la plateforme vient de franchir le cap du million de commandes et des 350.000 clients au compteur, Take Eat Easy annonce le 26 juillet 2016 avoir été placé en redressement judiciaire. L’entreprise n’est pas parvenue à clôturer une nouvelle levée de fonds pourtant cruciale.

Des coursiers non payés le dernier mois

Avec la croissance du britannique Deliveroo, de l’allemand Foodora et de l’américain uberEATS, la concurrence sur ce marché est devenue rude. Des négociations pour un investissement important de la Poste française capotent au dernier moment et Take Eat Easy n’a pas de plan B. La société est liquidée en août 2016. Comme des sociétés telles que Deliveroo ou Uber, Take Eat Easy recourt à des coursiers travaillant sous le régime indépendant. En France, les coursiers " autoentrepreneurs " ne seront pas payés pour leur dernier mois de travail, ce qui crée beaucoup de frustrations dans leurs rangs (en Belgique, ils passent par la Smart et sont donc payés pour toutes leurs courses).

En 2018, plus d’une centaine d’anciens coursiers à vélo déposent plainte à Paris pour travail illégal et emploi non déclaré. Parallèlement, ils engagent des poursuites pour être reconnus en tant que travailleurs salariés plutôt que comme indépendants. Une procédure qu’ils ont gagnée, selon leur avocat Kevin Mention. Lors du procès qui s’ouvre vendredi, les coursiers espèrent que la société et son dirigeant seront jugés pour le travail dissimulé commis à l’égard de l’ensemble des livreurs et pas uniquement ceux entendus par les enquêteurs, comme l’a souligné l’avocat.  En septembre, dans une procédure similaire, la justice française a jugé la plateforme Deliveroo coupable de travail dissimulé et l’a condamnée à verser 9,7 millions d’euros pour ne pas avoir réglé les cotisations et contributions sociales.  La dissolution de Take Eat Easy n’a pas arrêté son ex-CEO au vol, puisqu’Adrien Roose a fondé, avec Tanguy Goretti et Karim Slaoui, la société Cowboy qui commercialise des vélos électriques connectés.

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