Sobriété politique: nos élus gagnent-ils trop d’argent?

Nos ministres et parlementaires gagnent-ils trop d'argent? Le politologue Pascal Delwit répond à la question.

Les ministres gagnent-ils trop d'argent?
Le salaire des ministres va être raboté de 8 % © Belga Image

La semaine dernière, les discussions sur le salaire des ministres ont déchaîné les passions. L’origine de cet emballement médiatique ? Mathieu Michel, interrogé par Christophe Deborsu dans " C’est pas tous les jours dimanche ", annonce gagner 14.000 euros net. Dans ce montant, le secrétaire d’Etat inclut sa voiture de fonction et d’autres indemnités.

Un salaire qui choque en ces temps de crise, alors que de nombreux Belges peinent à payer leurs factures d’énergie. Face à la polémique, Alexander De Croo évoque la possibilité d’un saut d’index pour les ministres fédéraux au nom de la " sobriété politique ". Et tout le monde y est allé de son commentaire. Pour le MR, le débat autour du salaire des élus ne doit pas devenir " l’arbre qui cache la forêt ". Pour le PTB, les rémunérations devraient être divisées par deux alors que du côté du PS, on estime que la discussion ne doit pas se limiter aux seuls salaires des ministres.

C’est finalement une baisse de 8% du salaire des ministres qui a été décidée dans le cadre de l’accord budgétaire de 2023. Une diminution qui sera compensée par l’indexation, et dont l’impact dans le budget est plus que risible. On peut donc se demander à quoi servira cette mesure décidée par le gouvernement. Nos élus gagnent-ils trop d’argent ? Doit-on aller plus loin, comme le voudrait le PTB ? Nous avons posé ces questions au politologue Pascal Delwit.

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Les ministres et les parlementaires gagnent-ils trop d’argent ?

C’est un débat légitime dans une société, mais un débat qui n’est pas simple à trancher. Il faut bien admettre que les ministres et parlementaires sont bien payés en Belgique, en comparaison à d’autres pays.

Mais il y a un point toujours plus complexe à prendre en compte. Celui d’observer la rémunération sous le prisme de la responsabilité. Les ministres ont une charge de responsabilité importante. Il est clair que certains sont bien mieux payés qu’eux alors que le niveau de responsabilité est égal, voire inférieur. On pense notamment aux sportifs, aux cadres du monde bancaire et de la finance, ou encore à certains directeurs de services publics comme la poste ou la SNCB. Le cas inverse existe aussi et on peut donc considérer qu’ils sont bien payés en comparaison à d’autres.

De mon point de vue, ce sont les parlementaires qui sont très bien payés. Entre 6.000 à 8.000 euros… Je ne vois pas trop ce qui justifie ce type de rémunération. Mais encore une fois, c’est un débat. Il y aura donc des avis différents.

Faut-il aller plus loin dans la diminution des salaires ?

Cela nous ramène à la question suivante : quelle est la différence salariale acceptable dans la société ? De mon point de vue, on pourrait décider de revenir à une échelle barémique inférieure mais ce qui est problématique, ce sont les termes du débat actuellement. C’est dommage d’aborder la rémunération des élus sous le prisme de l’effort face à la crise. Une réelle réflexion à ce sujet est nécessaire. Mais dans ce cas-ci, il faudrait d’abord s’interroger sur ceux qui gagnent vraiment trop d’argent, comme les bénéficiaires financiers et monétaires de la crise.

Les politiques sont-ils déconnectés de la réalité ?

C’est une question qui n’est pas si simple. Je reste très prudent sur ce point car " l’accès " aux ministres n’est pas compliqué en Belgique par rapport à d’autres Etats comme la France. Les ministres sont  très présents dans la société via des conférences, des visites d’entreprises ou des meetings. En ce qui concerne les parlementaires, ils sont aussi souvent des mandataires communaux et ont connaissance des problématiques locales.

Mais il est clair qu’avec un tel niveau de rémunération, il n’est pas possible d’avoir entièrement conscience de ce que vivent les 50% de Belges qui se trouvent en dessous du salaire médian. Je ne parlerais pas de déconnexion mais d’une petite sortie, que je peux qualifier de culturelle, par rapport à la difficulté pratique de la vie.

Une baisse plus importante des salaires pourrait effectivement permettre de rester culturellement proche de ce que peuvent vivre différents secteurs de la société. Cela ne veut pas dire que les parlementaires et ministres doivent vivre avec un revenu minimum mais à priori, quand on fait de la politique, ce n’est pas pour faire de l’argent. Ce n’est pas non plus une raison pour être mal payé.

Une baisse de 8% pour quels effets ?

Une diminution des salaires des parlementaires et des ministres aurait un impact peu visible, sinon invisible, dans le budget du gouvernement. On voit bien que le débat vient sous pression de la crise sociale et qu’il s’agit d’une réponse symbolique à la crise. Il y a ici l’idée que les ministres doivent montrer l’exemple. On demande aux citoyens de faire des efforts, les politiques doivent en faire aussi. Il s’agit d’un discours d’accompagnement qui valide l’idée que tout le monde doit participer à l’effort. Les ministres veulent renvoyer l’image qu’ils concourent comme tout le monde.

Mais on ignore combien de Belges sont touchés par cette image qui permettrait en quelque sorte d’accepter plus facilement l’effort demandé. Si l’on examine la population la plus précarisée, je ne suis pas certain que cela soit une question importante à leurs yeux. Ils n’ont peut-être même pas conscience de l’existence du débat. Il en va de même pour les plus hauts revenus. La question des salaires fait parler sur les réseaux, mais ceux-ci ne sont pas représentatifs de la réalité.

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