Quand le syndicat ne répond plus : "Impossible d’entrer en contact avec eux… Pourquoi? C’est la question à 100 balles"

Tandis que la colère sociale monte, les affiliés bruxellois de la CSC émargeant au chômage ne parviennent plus à contacter ses services. Une situation aussi surréaliste que dramatique.

csc syndicat fermé pour les chômeurs
© Gauthier De Bock

Vous êtes chômeur?” La personne à l’autre bout de l’interphone est directe. On comprend qu’on n’est pas les premiers à sonner à cette adresse des bureaux de la CSC Enseignement, tout près de la gare du Midi de Bruxelles. “Parce que si vous êtes chômeur, on ne peut pas vous aider. Si vous êtes enseignant, oui, mais si vous êtes enseignant et chômeur: non. Si vous êtes enseignant et chômeur, il faut vous référer aux avis placardés sur la devanture.” De fait, trois feuilles A4 collées sur la vitrine à l’intérieur de la permanence du syndicat préviennent: “Ne pas sonner. La CSC Enseignement ne traite pas les dossiers Chômage. Vous devez vous rendre avec vos documents dans le centre de services Chômage de votre commune”. Fort opportunément, une liste indique les coordonnées de ces différents services. On prend une photo. On remercie. Et on se rend aux différentes adresses auxquelles l’avis nous enjoint de nous rendre.

Sauf que partout on trouve porte close. Toutes les permanences de la capitale sont fermées. Avenue Zenobe Gramme, au centre de service Chômage de Schaerbeek, des affiches collées sauvagement par des mécontents éclairent la situation: “30 mois de fermeture des bureaux de la CSC, ça suffit, non?” Un affilié qui vient déposer un dossier dans la boîte aux lettres confirme. “Il y a eu une manifestation devant cette permanence, il y a quelques jours. C’est dingue, quand on y pense, une manif devant un syndicat… Mais, il y a de quoi! Je travaille, mais j’ai été au chômage un très court moment, il y a une petite année. J’ai besoin de documents pour régulariser ma situation. Sept mois que ça traîne. Impossible d’entrer en contact avec eux: bureaux fermés, une galère par téléphone ou par Internet… Pourquoi? C’est la question à 100 balles. Moi, ça va, je les ai encore, mais pour ceux qui doivent courir après leurs indemnités elle vaut bien plus cher.” On va tenter d’y répondre.

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Petite entreprise connaît la crise

Les messages qu’on reçoit quotidiennement font état de situations insupportables. On est informés du problème. On fait tout pour le solutionner. On espère qu’il n’y aura pas de drames”, affirme gravement François Reman, l’attaché de presse de la CSC. Les permanences Chômage de la CSC, comme celles des autres syndicats, ont fermé avec la crise sanitaire (la situation actuelle est, ainsi, à peine meilleure à la FGTB et à la Capac). Mais, au même moment, les services de la CSC ont été amenés à traiter tous les dossiers de demande de chômage temporaire. “Il y a eu des centaines de milliers de dossiers supplémentaires à traiter. Cet accroissement de la charge de travail s’est particulièrement fait sentir à Bruxelles. Un retard s’est accumulé dans le traitement des dossiers des affiliés. Un retard qu’il est difficile de résorber. L’ampleur du celui-ci est tel que lorsque les mesures sanitaires ont été levées, s’est posée la question suivante: ouvrir les permanences ou prioriser le traitement des dossiers? On a choisi la seconde option.” Le Covid n’a, cependant pas eu qu’un effet sur l’accumulation des dossiers en retard.

syndicat csc fermé pour les chômeurs

À Bruxelles, les bureaux de la CSC sont fermés depuis 30 mois. © Gauthier De Bock

Comme dans tous les secteurs professionnels, comme dans toutes les entreprises, la CSC doit faire face à des problèmes de ressources humaines. Des membres du personnel sont partis et ne sont pas revenus. On doit donc engager de nouveaux agents pour résorber les arriérés de traitement de dossier. Mais d’abord, il faut les former.” François Reman évoque une refonte totale de la prise en charge des affiliés. Une réforme qui verrait le jour dans les “prochaines semaines”. Et dont l’ambition ne se limiterait pas qu’à solder la situation. Car celle-ci ne révèle pas que des conséquences dues à l’épidémie. “Les dossiers sont par nature plus complexes à Bruxelles parce que la population y est plus précarisée. Cette précarité s’accompagne d’une évidente fracture numérique. Les populations précarisées émargeant au chômage sont généralement peu équipées. De sorte qu’elles ont d’avantage besoin d’aller physiquement montrer leur dossier à un agent dans une permanence.

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En Flandre et en Wallonie, les affiliés ont moins besoin d’y aller et peuvent se rendre dans une permanence syndicale, tandis qu’à Bruxelles ils ne peuvent le faire même s’ils en ont davantage besoin. Retards dus au Covid, diminution du personnel et précarité de la population expliquent donc la situation bruxelloise. “Mais un autre facteur conditionne la problématique, qui n’est pas propre à Bruxelles. Ce que nous verse l’Onem pour traiter les dossiers de chômage n’est pas suffisant. L’activité Chômage est chez nous déficitaire…

Des allocations à Noël?

Le secrétaire fédéral de la CSC Bruxelles est Philippe Vansnick. Il est bien conscient de la situation et en assume la responsabilité. “À peu près 90 % de nos affiliés touchent correctement leurs indemnités de chômage. Il y a 8 à 10 % de nos affiliés pour lesquels ce n’est pas le cas. Pour un certain nombre d’entre eux, ces retards de paiement peuvent atteindre des mois. Ce que nous sommes sur le point de mettre en place – fort tardivement, je le reconnais – c’est un système de points info. Nous avons démarré un centre, à la rue Pletinckx, avec deux agents formés.

Les personnes qui ne sauraient où téléphoner, à qui écrire un mail ou qui n’auraient pas pu contacter leur service Chômage pourront s’y rendre. On ne résoudra ou ne vérifiera cependant pas leur dossier sur place… “On va les écouter, leur dire ce qu’elles doivent faire et on enverra toutes ces informations dans le système de telle manière à ce que leur dossier soit initialisé. On vérifiera les informations et on rappellera éventuellement cette personne de manière à ce qu’elle complète son dossier. On pourra ainsi payer. Cette manière de faire devrait solutionner le problème. On devrait pouvoir généraliser ce système avant la fin de l’année”. Des permanences Chômage efficaces et ouvertes pour la Noël? On apprend à se réjouir de peu…

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