Crise énergétique : "Régler le thermostat sur 19°C dans les hôpitaux ? Impensable"

Hôpitaux, maisons de retraite, écoles, administrations, transports… Le coût de l’énergie plombe les comptes des collectivités. Tour d’horizon des mesures prises par celles-ci pour consommer moins d’énergie.

la crise énergétique touche aussi l'hopital
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Les joues rouges. C’est, pour beaucoup, une madeleine de Proust. Un souvenir d’enfance. Marcher dehors par grand froid et entrer dans un bâtiment public, être happé par la chaleur et sentir le sang monter aux joues. Et les doigts se dégourdir. Un délicieux moment presque douloureux qui réconforte. Les gares en étaient souvent le théâtre. Ces infrastructures ont d’ailleurs longtemps été les seuls asiles de chaleur où l’on pouvait séjourner la nuit lorsqu’on avait manqué son train. Ou qu’on en avait raté trop… De nos jours, les gares sont fermées de 1 heure à 4 heures du matin, sauf durant les périodes de grand froid. Le coût de l’énergie permettra-t-il encore de pouvoir s’y chauffer? Apparemment pas. “Il faut bien compenser les pertes financières liées à l’augmentation du prix de l’énergie, avoue Marianne Hiernaux, porte-parole de la SNCB. Nos factures d’énergie vont s’élever en 2022 à 223 millions d’euros et en 2023 à 432 millions.

Les réduire n’est pas simple: 85 % de l’électricité est utilisée pour faire rouler les trains. L’autre partie, les 15 %, est consommée dans les installations fixes. C’est sur cette partie et sur la consommation de gaz et de mazout que la SNCB s’attelle à faire des économies. “Les bureaux et ateliers sont désormais chauffés à 19 °C et on désactive les chauffages – et les climatiseurs – dans les endroits “ouverts” comme les halls ou les réceptions. On insiste aussi pour que les employés utilisent plus les escaliers que les ascenseurs. On rationalise les espaces de bureau en regroupant au maximum les employés de manière à pouvoir fermer certaines surfaces. Et dans les gares, on va régler le chauffage des salles d’attente sur 15 °C.” L’éclairage entre 1 heure et 4 heures du matin sera atténué. Et tous les éclairages architecturaux supprimés. “Toutes ces mesures devraient nous faire économiser 7,5 % en gaz et en mazout et 20 % de l’électricité hors traction ferroviaire.” Le plan de sobriété énergétique de la SNCB est concret et chiffré. Tous les secteurs ne peuvent pas en dire autant. Et c’est parfois fort heureux.

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Des plans contre des normes

On est dans une situation particulière: les maisons de repos sont tenues de respecter un certain nombre de normes”, rappelle Christian Radermecker, secrétaire général adjoint de Femarbel, la fédération professionnelle du secteur en Belgique. “Je pense particulièrement aux températures: il y a une règle qui stipule que les chambres doivent être chauffées au minimum à 22 °C. S’agissant d’un public fragilisé, on dispose de très peu de leviers pour pouvoir faire des économies d’énergie. On ne peut pas, non plus, décider de faire l’impasse sur un repas chaud. Ce n’est pas possible.” Cette quasi-absence de possibilités d’économie va pousser certains établissements dans de sérieuses difficultés de trésorerie. Ils souhaitent d’ailleurs bénéficier d’une intervention financière par résident de la part des autorités. Pour les hôpitaux? Même discours. “Les lumières s’éteindront-elles dans les hôpitaux cet hiver? Le thermostat doit-il y être réglé sur 19 °C?”, s’interroge rhétoriquement Marjorie Gobert, secrétaire générale de la Gibbis, la fédération des institutions de soins des secteurs public et privé associatif de la Région de Bruxelles-Capitale. “Impensable.” Toutefois, elle évoque le fait que la température de confort dans certaines zones de l’hôpital puisse être réduite.

La Région Bruxelles-Capitale, la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont par ailleurs édicté, ce mois de septembre, des circulaires relatives à la “sobriété énergétique” des infrastructures et des institutions qu’ils chapeautent. Ces circulaires comportent de nombreux points communs et ne sont pas contraignantes. Celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles est la moins dirigiste (on n’y cite pas de valeur de température; on renvoie aux Régions), celle de la Région bruxelloise est la plus ferme. “Nous faisons appel à votre sens des responsabilités et vous invitons à tout mettre en œuvre pour respecter les consignes”, peut-on y lire.

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C’est moins beau une ville la nuit

Quelques grands principes pour les bureaux: 19 °C en période d’occupation, 16 °C durant la nuit, 8 °C lorsque la durée d’inoccupation est égale ou supérieure à 48 heures. La clim: pas en dessous des 27 °C. Un point de cette circulaire devrait donner lieu à quelques anecdotes folkloriques. Il conseille d’assouplir “voire de promouvoir” une tenue de travail adaptée aux fortes températures… Les piscines publiques: 27 °C pour l’eau, 22 °C pour les vestiaires. Les salles de spectacle financées par la FWB bénéficient des mêmes recommandations que celles des bureaux.

Les établissements scolaires tombent sous le coup de la circulaire émise par le pouvoir public dont ils dépendent. Nicolas Reynders – le fils du commissaire européen à la Justice – est porte-parole du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet. Il insiste. “Si un établissement scolaire ne peut respecter la circulaire, il n’y a pas de problème puisqu’il s’agit de recommandations. De plus, il faut adapter son application à une potentielle résurgence du Covid: on ne va pas recommander d’atteindre une telle température tout en exigeant d’ouvrir les fenêtres pour aérer…” Les pouvoirs locaux agissent en ordre dispersé. L’Union des villes et des communes de Wallonie communiquera ses recommandations dans quelques semaines. Ce qui n’empêche pas certains d’avancer sur la problématique. Mouscron a déjà supprimé une partie de l’éclairage public sur son territoire entre minuit et 5 heures du matin. Par contre en matière de mesure sociale, on peut s’étonner qu’aucune réflexion n’ait été entreprise en matière de chauffoirs publics. Car, on le sait, cet hiver, certains ne pourront pas se chauffer chez eux. “Augmenter le nombre et la taille des chauffoirs, c’est quelque chose qu’il convient d’envisager”, concède Alain Vaessen, le directeur général de la Fédération des CPAS. “Il y avait, avant, des lieux publics qui étaient chauffés, entre autres pour accueillir une population qui avait froid… Cela n’existera plus. Qu’est-ce qu’on va faire? Je n’en sais encore rien.” Chauffer les gares à 20 °C et les ouvrir la nuit?

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