La capacité de Doel 3 remplacée par… une centrale au gaz

La sortie de la Belgique du nucléaire deviendra palpable dès ce vendredi. Dans un contexte très particulier, cette fermeture aura des conséquences.

Centrale de Doel
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Ce vendredi dès 21 heures, le réacteur de Doel 3 sera débranché du circuit électrique. Cette première étape du plan établi en 2003 pour sortir la Belgique du nucléaire survient à l’aube d’un hiver qui s’annonce d’ores et déjà difficile. Embourbé dans le conflit russo-ukrainien, le marché de l’énergie explose depuis plusieurs semaines déjà.

Alors que la loi de 2003 conditionnait la sortie du nucléaire notamment à la garantie d’approvisionnement et à l’assurance de disposer de prix décents, cette fermeture arrive dans un contexte pour le moins perturbé. Et cela risque de ne pas s’arranger puisque cette fermeture ne sera pas neutre pour la Belgique. "La Belgique a besoin de 9.500 MW pour répondre à sa consommation. À l’heure actuelle, notre parc nucléaire permettait d’en assurer 6.000. Avec l’arrêt ce vendredi de ce réacteur, c’est une perte de capacité de 1.000 MW", confie l’expert du secteur de l’énergie Damien Ernst.

Une centrale au gaz pour remplacer

Cette perte de capacité pousse à devoir importer davantage encore d’électricité, augmentant la dépendance énergétique de la Belgique. "Pour compenser cette perte, nous n’allons pas pouvoir compter sur nos ressources. Nos éoliennes tournent déjà au maximum. Nos centrales nucléaires produisent également tout ce qu’elles peuvent. Tout le système européen de production est à flux tendu. Il va donc falloir trouver une nouvelle capacité de production. Il s’agira donc d’une nouvelle unité au gaz qui, quelque part en Europe, devra produire cette électricité dont nous avons besoin."

Pour produire les 1.000 MW manquant, la Belgique va devoir augmenter de 8 à 10 % sa consommation en gaz.  Si avant la crise elle en consommait près de 200 TW/h, ce sont 16 TW/h qui viennent s’y additionner. Pour produire cette énergie, ce sont également davantage de CO2 qui seront produit : + 3,2 millions tonnes.

Et pour ce qui est de l’origine du gaz qui fera tourner les turbines de la centrale, il faudra aller le chercher loin. "Si l’on doit augmenter notre capacité en gaz, cela ne viendra ni de la Norvège ni de la Russie. Il faudra se tourner vers les USA ou le Qatar qui pourraient nous envoyer du gaz sous forme liquéfiée (LNG). Très clairement cela ne va que nous enfoncer dans la crise de dépendance que l’on connaît."

Neutre sur la facture

Il n’en reste pas moins que selon Damien Ernst, cette fermeture ne devrait pas se traduire sur la facture du Belge. "1.000 MW, à l’échelle de la Belgique ce n’est pas négligeable. Mais le prix se négocie au niveau européen. Noyé dans la masse cela ne fera pas varier le prix de manière significative. Cela ne jouera pas sur la facture."

Si la loi de 2003 programme la sortie du nucléaire d’ici 2025 – un accord est déjà intervenu pour repousser la fermeture de deux réacteur à l’horizon 2035 -, la fermeture aujourd’hui de Doel 3 ne condamne pas le réacteur à ne jamais rouvrir. Si le site reste maintenu et que le démantèlement est postposé, rien ne l’empêcherait techniquement de redémarrer plus tard. Mais en début de semaine, Engie a assuré qu’aucune discussion à ce propos n’était en cours avec le gouvernement fédéral au sein duquel de nombreuses voix s’élèvent pour conserver le maximum de réacteurs en activité sur le sol belge.

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