"Rongée par la délinquance" ou "cosmopolite": comment la presse parle de Bruxelles

Une nouvelle étude s'est intéressée à l'image de Bruxelles dans les journaux, avec des constatations qui démontent certaines idées reçues.

Vue sur le centre de Bruxelles
Vue sur le centre de Bruxelles depuis le Mont des Arts ©BelbgaImage

Bruxelles est-elle bien vue ou pas par la population et les médias? La question mérite d’être posée, d’autant que l’image de la ville défraye plusieurs fois la chronique. En atteste encore cette année la polémique déclenchée par Conner Rousseau, chef des socialistes flamands. Mais assez étrangement, peu de recherches ont été menées pour savoir comment était représentée la capitale belge. C’est à ce manque que tente de répondre une étude publiée ce lundi dans Brussels Studies. En scrutant les publications des journaux flamands et francophones, ils ont remarqué des ressemblances frappantes entre ce que raconte la presse de part et d’autre de la frontière linguistique. Les différences se remarquent plutôt vis-à-vis d’un autre clivage.

Une polarisation centrée sur la multiculturalité de Bruxelles

Déjà auparavant, les rares études publiées à ce sujet avaient identifié deux images très différentes véhiculées par la presse belge, les deux ayant en commun un thème: la multiculturalité. La première représente la ville sous un jour négatif, en se concentrant sur la criminalité et plusieurs maux sociaux. Des problèmes associés à l’immigration, surtout dans les quartiers populaires de l’ouest, surnommé le "croissant pauvre". L’autre partie des médias met au contraire en valeur ce côté cosmopolite de Bruxelles, avec un vibrant foisonnement culturel hérité directement de cette diversité. Ces études tendaient toutefois à affirmer que les journaux néerlandophones étaient plus négatifs qu’au sud du pays, sans pour autant véritablement creuser la question.

C’est justement sur ce point que se sont concentrés trois chercheurs de la VUB. Pour faire la lumière sur la question, ils ont passé en revue près de 800 articles parus sur Bruxelles et sa région. Ces publications traitent de tout un éventail de thématiques (politique, pauvreté, criminalité, multiculturalisme, vie sociale, loisirs, terrorisme, etc.). Huit journaux ont été retenus, quatre néerlandophones et quatre francophones. Ces quotidiens ont ensuite été divisés selon leur sensibilité qualifiée de "populaire" (L’Avenir, La Dernière Heure, Het Laatste Nieuws, Het Nieuwsblad) ou d’"élitaire" (La Libre Belgique, Le Soir, De Morgen, De Standaard). Les premiers ont un lectorat plus "intermédiaire", avec des sujets d’actualité plus "soft", tandis que les autres "à publier davantage d’actualités dures (politiques et économiques) et à cibler des lecteurs au statut socio-économique plus élevé".

Des journaux et un lectorat partisans

L’étude confirme qu’il existe bien deux perceptions de la capitale, l’une "bruxellophobe" (axée sur la délinquance, l’exclusion sociale, la discrimination, le racisme, le manque d’intégration et la privation, voire avant 2017 sur le terrorisme) et l’autre qui valorise la vie cosmopolite de la ville (avec des valeurs de respect, tolérance et d’appréciation des sociétés multiculturelles). Mais comme dit auparavant, cette fracture ne recoupe pas forcément la frontière linguistique. Elle correspondrait plutôt à cette distinction entre journaux "populaires" et "élitaire". Les premiers se concentreraient plutôt sur les faits divers et leurs conséquences dans la vie quotidienne. Des aspects plus politiques peuvent y être abordés mais plus sous l’angle des problèmes concernant les personnalités politiques en tant que telles. Du côté de la presse "élitaire", le focus est plus axé sur les enjeux de vie publique de manière générale.

Autre constatation des chercheurs de la VUB, qui recoupe des études antérieures: les personnes avec une mauvaise perception de Bruxelles avaient plus tendance à lire les articles qui véhiculaient une image négative de la capitale, qu’il s’agisse d’ailleurs de publications des journaux "populaires" ou "élitaires". "On retrouve cette même polarisation au sein de la population, avec les mêmes concepts. […] Et on va chercher ce que l’on pense" via ces articles, confie à la RTBF l’un des auteurs, Pascal Verhoest. Est-ce que ces journaux peuvent ainsi influencer l’image de Bruxelles? "Ils ont le potentiel certainement", ajoute-il, mais cet aspect n’a pas été approfondi dans le cadre de leurs recherches.

Sur le même sujet
Plus d'actualité