Société civile et experts déçus après le Codeco Énergie: "ce qui s’est passé est décevant"

Après le comité de concertation, associations, universitaires et patronat déplorent le manque de mesures fortes et appellent les autorités à agir.

Alexander De Croo au Codeco Énergie
Le Premier ministre Alexander De Croo, lors du Codeco Énergie du 31 août 2022 à Bruxelles ©BelgaImage

Après le comité de concertation sur l’énergie de ce mercredi, les réactions négatives ne cessent de se multiplier. La presse belge, du nord autant que du sud, a déjà durement critiqué la réunion d’hier, par exemple en qualifiant la Belgique de "dindon de l’Europe". Aujourd’hui, d’autres ont pris la parole, qu’il s’agisse de Test Achats, des organisations patronales, ou d’universitaires. Toutes ces personnes sont d’accord sur un point: le Codeco Énergie n’a pas été à la hauteur des espérances.

"Il est temps de faire preuve de courage politique!"

Pour Test-Achats, les décisions prises ce mercredi ne représentent que "le strict minimum pour éviter un drame social". "Le gouvernement étudie un nouvel élargissement du tarif social sans qu’aucune date précise ne soit donnée pour sa mise en œuvre alors que l’automne et l’hiver approchent à grands pas", déplore l’association de consommateurs dans un communiqué. Elle voudrait que les autorités aillent bien plus loin, notamment une réintégration des contrats fixes par les fournisseurs d’énergie. "Nous demandons au gouvernement d’agir rapidement pour nettoyer l’offre de contrats variables qui est devenue illisible et incomparable, et pour imposer aux fournisseurs disposant de leur propre capacité de production (…) d’offrir à tout le moins un contrat à tarif fixe et régulé. Il est temps de faire preuve de courage politique!", fait savoir la porte-parole Julie Frère, relaie Belga.

Du côté des experts, certains ne mâchent pas leurs mots. "Une mesure pour rien", assène même dans la Gazet van Antwerpen Wim Van Lancker, professeur de politique sociale à la KULeuven. "Nous savions déjà que le taux social et la réduction de TVA sur le gaz et l’électricité seraient prolongés. De plus, la prolongation est assez courte, jusqu’à fin mars. Cela ne donne donc aucune sécurité à la population", regrette-il. "Les droits d’accises réduits sur le carburant et le mazout sont également des mesures peu efficaces. Cela coûtera beaucoup d’argent qui sera réparti sur l’ensemble de la population. Il ne s’agit pas d’une mesure ciblée pour aider ceux qui traversent une période difficile. Ce sont les gros consommateurs que vous soutenez avec cela".

Interrogé par la VRT, le politologue Carl Devos n’est pas plus clément. Il rappelle notamment que la population s’est inquiétée tout l’été à propos de l’inflation des prix de l’énergie et que pendant tout ce temps-là, les dirigeants belges n’ont pas eu de réaction marquante. "Où étaient-ils?", demande-t-il, avant de juger que la réunion d’hier était plus une manière d’émettre un "signal à la population qu’ils y travaillaient quand même". Il voit surtout dans le manque de décisions le reflet d’"une lutte puérile entre partis et entre niveaux de gouvernement", en pointant notamment le rôle de la N-VA à la tête du gouvernement flamand et en tension constante avec le fédéral. "Ce qui s’est passé est décevant", juge-t-il en déplorant qu’il y ait plus de plans que d’intentions. "Quelque chose devrait sortir qui dépasse ce que chaque gouvernement pourrait faire individuellement. Cela ne se voit pas du tout. […] La politique a pris une mauvaise tournure. Ce n’est pas une belle période, avec une crise difficile à gérer. Les gens ont peur et sont en colère et on saute d’une crise à l’autre. Vous ne pouvez qu’espérer que les gens se rétabliront et que des décisions seront prises dans les semaines à venir".

Éviter le "tsunami" de l’inflation

Du côté du patronat aussi le ton est assez dur. En témoigne la réaction du directeur général de la FEB (Fédération des entreprises belges), Pieter Timmermans. "Nous ne sommes nulle part avec une énième analyse, nous avons besoin de solutions et maintenant", alerte-t-il dans Het Laatste Nieuws. "Vous ne pouvez pas résoudre cette crise avec une seule mesure. Cela nécessite une approche globale et cohérente avec des mesures à court, moyen et long terme". Il s’inquiète notamment du risque de voir des entreprises succomber à l’inflation. "De vrais licenciements peuvent suivre dans une prochaine phase. Nous n’en sommes pas encore là, mais un tsunami s’est déclenché à 10 km au large. Nous devons l’empêcher d’arriver, sinon un pur chaos s’ensuivra", prévient-il.

En Flandre, les fédérations patronales régionales donnent aussi de la voix pour faire valoir leur impatiente. "Pour l’instant, il n’y a pas de mesures concrètes de soutien qui devraient maintenir nos entreprises à flot en ces temps extrêmement difficiles. Ces mesures doivent être prises dès que possible pour uniformiser les règles du jeu au niveau européen", demande le directeur général de la Voka, Hans Maertens, via la Gazet van Antwerpen. "Le développement d’un mécanisme de soutien aux entrepreneurs dans le besoin et la réduction des accises pour les entreprises sont des choses qui peuvent arriver rapidement", déclare pour sa part Danny Van Assche, directeur général de l’Unizo. "Nous comprenons qu’il n’y a pas de mesures miracles, mais nos entrepreneurs ont besoin d’une aide concrète. Nous attendons avec impatience les consultations, mais les paroles doivent rapidement se transformer en actes".

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