Sécurité routière: le nombre de blessés graves est largement sous-estimé

Une étude démontre que le nombre de blessés graves comptabilisés par la police est largement inférieurs à ceux recensés par les hôpitaux.

Vélo
©Belga

Le nombre de blessés graves parmi les usagers de la route est largement sous-estimé en Belgique, ressort-il d’une vaste étude menée par l’Institut Vias dans les hôpitaux et présentée mercredi à l’UZ Brussel. Ainsi, pour chaque cas enregistré officiellement par la police, quatre personnes sont en fait admises à l’hôpital.

"Si l’on regarde les statistiques de la police, le nombre de blessés hospitalisés a diminué de 44% entre 2005 et 2019", indique Karin Genoe, CEO de l’Institut Vias. "Or, si l’on examine les statistiques des hôpitaux, qui sont plus détaillées, le nombre de blessés admis à l’hôpital n’a en réalité diminué que de 21%. Il s’agit de la face cachée de la sécurité routière", poursuit-elle.

Ainsi, en 2019, le nombre d’accidents de la route avec blessés graves qui ne sont pas signalés à la police était quatre fois plus élevé que le nombre de blessés graves dans les données policières. Le nombre de cyclistes gravement blessés répertoriés dans les données policières doit quant à lui être multiplié par sept pour concorder au nombre de cyclistes hospitalisés. Les données hospitalières mettent par ailleurs en évidence que ce sont surtout les cyclistes, les usagers les plus jeunes (0-17 ans) et les seniors qui semblent être sous-représentés dans les données policières.

De plus en plus de cyclistes blessés

Si le nombre de blessures graves parmi les autres usagers de la route a baissé ces dernières années, le nombre de cyclistes grièvement blessés a, lui, sensiblement augmenté. En 2019, ils représentaient 43% des blessés graves contre 27% en 2005. A l’appui de photos de fractures, assez impressionnantes, le professeur Dr Ives Hubloue, chef de services à l’UZ Brussel, a montré la sévérité de certaines blessures de patients arrivés au service des urgences de l’hôpital universitaire situé à Jette (Bruxelles). Fractures du fémur, fractures du bassin, traumatisme crânien… Les blessures graves se produisent surtout à la tête, au niveau des hanches, des cuisses et du thorax.

"Le traumatisme crânien et la perte de sang non contrôlée sont généralement les causes de décès les plus courantes d’un patient victime d’un accident", explique le professeur. A cet égard, la collaboration avec les services de secours qui interviennent sur place est " très importante " pour savoir comment prendre le patient en charge, souligne-t-il, avant de rappeler que le port du casque est " crucial " tant pour les cyclistes que pour les usagers de trottinette.

Plus d’aménagements et plus de sanctions

"Derrière ces statistiques, il y a des enfants, des parents, des familles. A chaque fois, des vies brisées", commente pour sa part le ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet, qui se réfute à " accepter l’inacceptable ". "Dans un Etat fédéral, nous devons plus qu’ailleurs nous coordonner pour avancer vers un objectif commun. Cet objectif commun porte un nom : ‘All For Zero‘, vers zéro mort ou blessé grave de la route. (…) Chaque victime est une de trop", affirme le ministre écologiste.

"Cette sécurité, elle passe par plus d’aménagements aux abords des écoles mais pas uniquement. Cela passe par un meilleur respect du code de la route. Ce qui signifie plus de contrôles et des sanctions plus sévères en cas d’infractions graves ou de récidive de comportements dangereux, notamment la vitesse au volant ou la conduite sous influence", complète le ministre, qui est arrivé en trottinette électrique à la conférence de presse.

Ces dernières années, la sécurité routière ne s’est donc pas améliorée autant que ce qui a été évalué sur la base des seules données policières. "Cette différence a évidemment des conséquences sur les conclusions tirées en matière de sécurité routière et sur les priorités politiques qui en découlent", conclut l’institut Vias.

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