Prix du gaz, taxe des surprofits: un "Codeco énergie" pour faire quoi?

Convoqué par le Premier ministre Alexander De Croo, le Comité de concertation se réunira mercredi et examinera des solutions pour soutenir le pouvoir d’achat face à la flambée des prix de l’énergie.

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C’était l’outil institutionnel n°1 en Belgique pendant la crise sanitaire. Voilà le Codeco à nouveau à l’honneur. Cette fois, l’urgence n’est plus au Covid-19 mais bien à l’inflation, plus spécifiquement celle des prix du gaz et de l’électricité, qui ronge le budget de nombreux ménages. Pour se hisser à la hauteur des enjeux, Alexander De Croo a donc convoqué pour mercredi après-midi un Comité de concertation entre les différents gouvernements du pays (fédéral, Régions, Communautés).

Ce "Codeco énergie" devrait servir, selon le Premier ministre, "à voir avec les différents gouvernements si nous prenons toutes les mesures nécessaires". Plafonnement du prix du gaz, taxe des surprofits, nouvelle extension du tarif social de l’énergie, etc. Plusieurs mesures, discutées pour certaines depuis des mois, seront sur la table.

Sans garantie qu’elles soient mises en œuvre dans la foulée, ou qu’elles soient efficaces en considérant uniquement l’échelon belge, alors que la flambée des tarifs énergétiques est un problème loin d’être restreint à notre petit pays.

"Très difficile de faire ça seul"

Comme il le rappelait encore lundi en Norvège, Alexander De Croo est favorable à un plafonnement du prix du gaz. Fixer un prix maximal sur les marchés de gros permettrait aux ménages belges d’économiser 770 euros par an, a calculé la ministre fédérale de l’Energie, Tinne Van Der Straeten (Groen). Mais comme l’expliquait le capitaine de la Vivaldi à la VRT, "pour un pays comme la Belgique, il est très difficile de faire ça seul, car le marché de l’électricité et du gaz, c’est presque un seul marché en Europe occidentale".

Sur cette question, la marge de manœuvre du Codeco de mercredi sera donc très limitée. Or côté, européen, les Vingt-Sept ne sont pas unanimes pour geler le prix du gaz. L’Allemagne et les Pays-Bas se sont montrés réticents jusqu’ici, estimant qu’un plafonnement des prix conduirait les exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) à se détourner de l’Europe et à aller vendre ailleurs, en Asie par exemple.

Même chose pour la Norvège, par ailleurs un fournisseur important du marché belge (43% du gaz importé en 2021). Il faudra convaincre Oslo de vendre son gaz à un prix inférieur au marché.

Vers une contribution de crise pour les entreprises de l’énergie?

En attendant de convaincre tous les pays de l’UE, la Vivaldi se concentre sur un autre débat, celui de la taxation des profits exceptionnels des producteurs énergétiques. Dès mars dernier, l’Italie par exemple a décidé d’une taxe de 10% sur les profits supplémentaires engrangés. Au Royaume-Uni, une taxe de 25 % supplémentaires sur la production d’hydrocarbures en mer du Nord a été introduite fin mai, portant l’imposition à 65 %.

Chez nous, la Creg estime que la marge nucléaire d’Electrabel pourrait atteindre entre 1,4 et 1,6 milliard pour 2022. Quant aux centrales à gaz, on s’attend à ce qu’elles génèrent un bénéfice opérationnel de 385 millions d’euros. Mais taxer les surprofits divise la Vivaldi. Tinne Van der Straeten est pour, le ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V), considère lui qu’une telle taxe pourrait être difficilement réalisable et juridiquement attaquable.

Du côté du MR, on s’oppose à toute nouvelle hausse de la fiscalité (en arguant que cela ne fait pas partie de l’accord de gouvernement), et au plaide plutôt pour alléger la fiscalité des ménages, ainsi que pour la prolongation du plus grand nombre possible de réacteurs nucléaires.

Pour Ecolo, une taxe sur les surprofits permettrait de financer un "bouclier social" protégeant les citoyens les plus précaires, en élargissant et pérennisant le tarif social. Ce tarif "réduit" en matière d’énergie est octroyé actuellement à environ 20% de la population. "Les personnes par conséquent les plus touchées aujourd’hui, c’est la classe moyenne et en particulier la classe moyenne inférieure, celle qui ne bénéficie pas d’un tarif social", expliquait l’économiste Philippe Ledent. "Je pense qu’il serait raisonnable au minimum de passer de 20 à 30 voire 40% de la population qui bénéficierait soit du tarif social soit d’un tarif social intermédiaire", ajoutait-il au micro de RTL.

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