Pauvreté: quel est le revenu minimum pour vivre "dignement" en Belgique?

Sur la base de «budgets de référence», une étude a calculé ce qu’il fallait comme revenus pour vivre dignement en 2022.

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1.530 euros par mois pour une personne isolée, 2.530 euros pour une maman seule avec deux jeunes enfants. Ce sont les revenus minimums pour vivre plus ou moins dignement en Belgique, en 2022. C’est en tout cas ce qu’ont calculé l’économiste Phillipe Defeyt et l’Institut pour un développement durable (IDD) dans leur dernière étude intitulée "Pauvreté, logement et énergie".

Ces montants sont basés sur des budgets de référence, qui tentent de dépasser les limites des indicateurs existants en matière de pauvreté. Seuil de pauvreté, revenu moyen… ces indicateurs ne permettent en effet pas toujours de définir ce qu’"être pauvre" (ou "riche") veut dire.

En Belgique, le seuil de pauvreté, qui est fixé à 60% du revenu net médian, équivaut à 1287 euros. Un seuil de pauvreté qui "repose sur une convention statistique". "Pourquoi 60 % et non pas 58 % ou 63 % ? Pourquoi prendre comme référence un niveau de vie médian et non moyen ? Ces choix ne reposent en réalité sur aucune analyse objective des phénomènes de pauvreté" pointait un article paru dans la revue de l’Ires.

Des différences en fonction des situations de vie

Les deux montants avancés par l’IDD ont été calculés sur la base de loyers namurois – "qu’on peut penser être proches de la moyenne nationale", précisent les auteurs de l’étude – et établis pour des situations "simples": les ménages sont locataires dans le secteur privé, ils sont en bonne santé, ils ne travaillent pas, ils n’ont pas besoin d’une voiture pour se déplacer et ils bénéficient du tarif social pour l’électricité et le gaz.  Avec la même hypothèse, mais avec un loyer social au lieu d’un loyer privé, les montants sont de 1.100 euros par mois pour une personne isolée et 2.000 euros pour une maman seule avec deux enfants.

En tenant compte du prix du marché pour l’électricité et le gaz – et donc plus du tarif social -, les montants sont bien sûr supérieurs (variant de +120 euros par mois pour une personne isolée avec un loyer privé à +230 euros par mois pour une maman seule avec deux enfants et un loyer social).

Ne pas confondre revenus et niveau de vie

Les différences entre les extrêmes sont donc importantes avec, par exemple, 710 euros de différence entre un ménage monoparental bénéficiant du tarif social et d’un loyer social par rapport à un même ménage monoparental qui doit composer avec les prix du marché pour l’électricité et le gaz et dispose d’un loyer privé. "Or ces deux situations extrêmes sont considérées de la même manière dans l’approche européenne du taux de pauvreté (seuil de pauvreté = 60% du revenu médian)", précisent les auteurs de l’étude.

Le document met par ailleurs en exergue le fait que les montants de référence établis pour la personne isolée ou le ménage monoparental sont tous – que ce soit loyer social ou loyer privé – supérieurs au montant du seuil de pauvreté. Autrement dit, une personne isolée gagnant 1.300 euros net ne serait pas considérée comme pauvre sur base du seuil de pauvreté ; elle le serait par contre en reprenant la méthodologie de l’IDD.

" Tout ceci confirme que choisir, pour mesurer la pauvreté, un indicateur de redistribution des revenus (ce qui est le cas aujourd’hui) revient à ignorer les vécus différents (logement social ou pas, chauffage au gaz ou au mazout…); confondre revenu et niveau de vie, or, un même revenu ne procure pas un même niveau de vie; faire croire qu’on peut répondre de manière identique à des situations différentes; préférer la facilité à la complexité et conduit donc à cacher les grandes inégalités en bas de l’échelle des revenus ", conclut l’étude.

 

 

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