Nucléaire: premier accord avec Engie prévu pour septembre

En ce qui concerne la prolongation du nucléaire,  la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten a annoncé qu'un premier accord sera signé avec Engie en septembre, avec l'objectif est d'aboutir à une convention définitive avec pour la fin de l'année.

Tinne Van Der Straeten
Tinne Van der Straeten, ministre de l’Energie, à la commission Energie de la Chambre. (@Belga Image)

"Le mois prochain (septembre), nous allons conclure un premier accord contenant des éléments plus concrets" de la lettre d’intention signée par l’opérateur des centrales nucléaires Engie et l’État belge, a annoncé mardi la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten à la Chambre. L’objectif est d’aboutir à une convention définitive avec l’opérateur d’ici la fin de l’année. "C’est une date butoir stricte, ambitieuse pour un défi du même niveau", a-t-elle commenté. L’accord sera ensuite soumis à la Commission européenne.

Avec le Premier ministre Alexander De Croo, elle était interrogée à la Chambre lors d’une commission extraordinaire conjointe Énergie et Environnement. Cette séance visait à répondre aux questions des députés à propos des négociations entre le gouvernement fédéral et Engie concernant le redémarrage des réacteurs nucléaires de Tihange 3 et Doel 4 en novembre 2026 pour une durée de 10 ans, soit une capacité de 2 GW. Hasard du calendrier, celle-ci se tient à la veille d’un Comité de concertation consacré aux prix de l’énergie.

Le 21 juillet, juste après le défilé militaire de la fête nationale, le gouvernement se réunissait une dernière fois en kern, au 16 rue de la Loi. Un mandat y a été donné pour que la lettre d’intention, conclue à l’issue de négociations qualifiées de "difficiles" par l’exécutif, puisse être signée.

"Cette lettre d’intention (dont Belga a obtenu copie, ndlr) s’inscrit dans les lignes rouges que le gouvernement a fixées en mars 2022. Le gouvernement belge ne sera pas exploitant nucléaire et le coût des déchets nucléaires n’est pas répercuté auprès du gouvernement. C’est le pollueur-payeur. Ces deux principes demeurent", a détaillé Tinne Van der Straeten. Trois axes de discussion ont ainsi été définis : la prolongation des deux réacteurs, la création d’une structure juridique (Special Purpose Vehicle) pour ces deux réacteurs avec participation de l’État à 50-50 et la gestion des déchets. Une intervention de l’État belge n’est prévue que pour les seuls les déchets provenant de la prolongation de Doel 4 et Tihange 3.

"Cet accord est crucial pour l’approvisionnement énergétique. C’est un grand pas en avant, alors que d’autres pays sont encore en train de discuter", a observé Alexander De Croo. Il s’agit de "reprendre le contrôle de manière intelligente, en voyant Engie et l’État belge en tant que partenaires. (…) Nous faisons entrer l’État dans le capital de ces centrales. Nous ancrons les décisions stratégiques, mais nous laissons la gestion au marché. Nous combinons le meilleur des deux mondes." "Je me réjouis de voir que les esprits mûrissent", a-t-il enfin déclaré à propos de la déclaration de la présidente de la commission européenne Ursula Von der Leyen. L’Union européenne a annoncé lundi préparer "une intervention d’urgence" sur le marché de l’électricité pour limiter les factures des Européens. "Quand le marché libre ne fonctionne pas, il faut intervenir", a-t-il indiqué.

Réactions diverses

Cette sortie du Premier ministre libéral a interpellé Thierry Warmoes (PTB), le communiste y voyant un aveu que le marché ne fonctionne pas. Dans son intervention, le député d’opposition a principalement pointé le risque que l’État belge doive mettre la main à la poche dans la gestion des déchets issus de la prolongation des deux réacteurs.

Ce risque a aussi attiré l’attention du PS et d’Ecolo, dans la majorité. Le socialiste Malik Ben Achour s’est ainsi dit très attaché au principe du pollueur-payeur. L’écologiste Samuel Cogolati, a pour sa part rappelé la position de son parti de ne procéder qu’à la prolongation de ces deux réacteurs. "On parle de 500 à 600 millions d’euros de travaux pour la prolongation d’un seul réacteur", a-t-il averti.

Cet avis n’est pas partagé par Marie Christine Marghem (MR, majorité). L’ancienne ministre de l’Énergie a annoncé le dépôt d’une proposition de loi visant à prolonger au minimum cinq des sept réacteurs nucléaires belges. Elle a aussi jugé qu’une prolongation de 20 ans, au lieu des 10 négociés actuellement, n’occasionnerait pas d’investissement supplémentaire.

Ce point de vue a été partagé par Georges Dallemagne (Les Engagés) et François De Smet (DéFI). "Vous osez vous comparer avec l’Allemagne. Ce n’est pas parce qu’ils ont été très mauvais que nous avons été bons", a jugé le premier, qui a invité le gouvernement à rencontrer les autorités françaises, actionnaire principal d’Engie. Pour le second, la question de l’approvisionnement pour l’hiver 2025-2026 reste ouverte, alors que tous les réacteurs nucléaires seront fermés. Dans sa réponse, Tinne Van der Straeten a contesté ce propos et assuré qu’il n’y aurait aucun problème d’approvisionnement énergétique cet hiver-là. Elle a toutefois abondé dans le sens du président de DéFI, qui jugeait nécessaire davantage de planification dans ce domaine.

Le débat n’a pas porté sur les prix de l’énergie ni sur le Comité de concertation de mercredi.

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