Agressions contre nos services d’urgence: qui les menacent-ils?

Les pompiers et ambulanciers sont de plus en plus souvent victimes d’agressions verbales et physiques. Mais par qui?

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Les auteurs d’actes violents à l’encontre des pompiers, des ambulanciers ou encore des médecins seraient les personnes en défiance totale vis-à-vis de l’État. Olivier Luminet, chercheur en psychologie de la santé à l’UCLouvain et spécialiste du partage social des émotions, a d’emblée fait le rapprochement entre les conséquences de la pandémie et les agressions contre les services d’urgence.

La pandémie a-t-elle créé une société plus agressive ?
Olivier Luminet –
Au cours des deux dernières années, il y a eu clairement des moments de ruptures de confiance, notamment suite à des mesures incohérentes. Ces dernières ont causé le décrochage d’une partie de la population, dont celle qui avait décidé de ne pas se faire vacciner. Cela semble néanmoins contextuel, car nos recherches montrent que depuis la levée des mesures, ce groupe ne se sent plus exclu. Cela étant dit, il est possible que des effets à long terme persistent pour une partie de la population difficile à quantifier. Ces agressions pour moi viennent de ce groupe, de ceux qui se sentent mis de côté par l’État pour diverses raisons sociales, économiques ou sanitaires. Elles sont provoquées par des gens qui défendent des objectifs de déstabilisation. Un autre public auteur de ce genre de fait est composé de consommateurs de psychotropes. Or la consommation de drogues et d’alcool a augmenté à cause de la pandémie.

S’en prendre aux services d’aide urgente, aux uniformes, est-ce un acte symbolique ?
Attaquer un pompier, qui représente par excellence le métier du héros, est effectivement un acte révélateur. C’est différent d’un policier, par exemple, qui est tantôt considéré comme un protecteur, tantôt comme un répresseur. Cela témoigne de la profondeur de la plaie sociale. La détresse financière liée à l’inflation et le manque de perspectives d’avenir pour les jeunes représentent deux facteurs aggravants.

Que faire pour apaiser cette colère ?
Selon moi, créer des lieux de rencontre, pousser aux interactions sociales, multiplier les occasions de rencontres directes. Bien souvent seule la relation directe, et non virtuelle, permet de comprendre l’autre.

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