La misère féline à Bruxelles, une année noire pour les associations

A l’approche de l’été, le nombre d’animaux de compagnie abandonnés explose. Pour les chats, la situation est catastrophique, les associations tirent sur la sonnette d’alarme.

Chat
© Belga Image

Chaque année semble encore pire que la précédente. Et pourtant, depuis janvier 2018, à Bruxelles, il est obligatoire de faire stériliser son chat. Cette mesure est également d’application depuis 2017 en Wallonie. Le but est clair : limiter la prolifération de chat et gérer au mieux cette population grandissante. Mais force est de constater que cette stérilisation est loin d’être effective…

Chez Ever’y Cat, une association bruxelloise qui vise à lutter contre la misère féline, on tire sur la sonnette d’alarme. " Chez Ever’y cat, on avoisine les 300 chats pris en charge, dispatchés entre le refuge et les familles d’accueil temporaires " nous confie Stéphanie Challe, à la tête de l’association. " La situation est vraiment catastrophique, on reçoit environ 15 à 20 SOS par jour que nous devons refuser par manque de place… On est vraiment dans une période noire." déplore-t-elle.

Stériliser, c’est protéger

On ne le répétera jamais assez, adopter un animal de compagnie a un coût. Et il faut être prêt à l’assumer. Dans le cas de la stérilisation de votre compagnon à quatre pattes, il faut compter environ 90€ pour un mâle et 150€ pour une femelle. Et bien souvent, cette dépense est jugée superflue et/ou trop onéreuse…

Pourtant, une prime d’aide a été mise en place en région bruxelloise dans le but de rendre la facture moins douloureuse. Ainsi, la ville de Bruxelles intervient à hauteur de 50 euros pour une stérilisation chez le mâle et 75 euros dans le cas d’une stérilisation sur une femelle.

Dans une interview accordée à nos confrères de RTL, le vétérinaire Jean-François Lardinois s’est exprimé sur la situation : " La prolifération des chats est préoccupante. D’une part, pour les chats eux-mêmes. Tous ces chats qui naissent et que l’on abandonne sont des animaux voués à des vies peu enviables et qui sont également responsables de nuisances. Ce sont des prédateurs donc quand ils n’ont rien à manger, ils ont un impact sur la faune sauvage. Il faut lutter contre ça. Je suis favorable à la stérilisation, mais il faut constater que les résultats (de la mise en place de l’obligation de stériliser son chat) sont assez médiocres. D’année en année, j’opère toujours autant de chats. " explique-t-il.

De plus, la stérilisation de votre félin permet de le protéger. En effet, d’un point de vue comportemental, la stérilisation a de nombreux effets positifs sur le chat : moins de fugues, plus de marquage territorial, réduction des maladies sexuellement transmissibles (FIV ou sida du chat et la leucose par exemple) et enfin un comportement moins prompt aux bagarres (et donc moins de blessures…)

Mais la situation générale est telle que, pour Stéphanie Challe " la stérilisation elle est primordiale. On est à un stade où chaque nouveau chat qui nait en condamne un autre. Des milliers de chats attendent des familles et ne seront jamais recueillis. Il faut absolument stériliser son chat pour enrayer la situation. "

Rendre l’adoption plus compliquée ?

Faut-il donc rendre la possession d’un animal de compagnie plus compliquée ? Devrions-nous nous montrer plus exigeant en la matière ? C’est ce que le vétérinaire Lardinois semble indiquer : " Il faudrait peut-être rendre la possession d’un animal plus difficile. Aujourd’hui, tout le monde peut avoir un chat. Mais tout le monde n’a pas les moyens de s’en occuper ", lance-t-il.

En tout cas, en Wallonie, c’est le chemin que l’on semble emprunter. Depuis le 1er juillet 2022, un permis de détention est nécessaire afin d’adopter ou d’acheter un animal. On vous en parlait juste ici.

" Pour moi, ce permis de détention est vraiment utopiste… explique Stéphanie Challe. " Cela va juste rendre les adoptions privées illégales. Mais elles continueront. J’imagine difficilement des policiers rentrer dans le salon de particuliers pour s’assurer du respect de cette loi. "

Selon elle, même si c’est décourageant et que l’espoir recule peu à peu " le seul moyen de faire vraiment avancer les choses, c’est d’envisager des grandes campagnes de sensibilisation mains dans la main avec tous les acteurs de terrain et le gouvernement. Et je pense qu’il est vraiment primordial qu’en cas de non-respect de la loi ou des règles, des amendes soient mises en place. "

Actuellement, il existe effectivement des amendes administratives en cas  de non-respect de la stérilisation et du puçage obligatoire. Cette dernière peut aller de 50 à 10.000 euros, mais oscille autour des 150 euros en général, quand elle est effectivement donnée… Bien trop peu selon Stéphanie pour avoir un réel impact et faire changer les choses.

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