Accord sur le nucléaire: pourquoi c’est une victoire qui sent le gaz

La Vivaldi a réussi à boucler un accord avec Engie sur la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Peu de choses ont été actées, à part peut-être de nouvelles charges financières pour l’État…

réacteur Tihange
Le réacteur n°3 de Tihange sera finalement prolongé de dix ans. Mais pas avant 2025. © BelgaImage

C’était un deuxième round. Et c’est la Vivaldi qui l’emporte. En apparence, tout au moins. Le premier round de mars dernier avait vu le gouvernement déclarer vouloir prolonger les deux centrales nucléaires pour 10 ans. Pas vraiment de vainqueur lors de cette phase du combat pour notre sécurité d’approvisionnement électrique, mais un perdant: Écolo, qui avait dû abandonner la sortie du nucléaire en 2025. Un trophée pourtant décroché en 2003. Ce renoncement – une couleuvre à avaler pour le parti écologiste – avait été dicté par les conséquences de la guerre en Ukraine. À l’époque, Engie-Electrabel avait réagi sur un ton qui laissait clairement entendre qu’elle avait été peu consultée. “Engie a pris connaissance de la décision du gouvernement belge de faire évoluer sa politique énergétique. Elle présente ainsi un profil de risque qui dépasse, par son caractère imprévisible et par son ampleur, l’activité normale d’un opérateur privé. Le schéma retenu devra permettre un alignement structurel des intérêts des parties prenantes ainsi qu’un partage adéquat des risques et des opportunités.” Un enthousiasme plutôt polaire…

Pour le deuxième round, pas de communiqué de presse de la part du fournisseur d’électricité. Parce que ce deuxième round s’est soldé par la décision d’organiser un troisième round. Qu’Engie accepte de ne pas rompre les discussions sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 est, en fait, la victoire du gouvernement. Un succès aussi fragile qu’un mirage. Que le moindre commentaire du groupe énergétique aurait pu émietter. Il y a néanmoins quelques aspects concrets à cet accord. D’une part ce troisième round devra se terminer endéans la fin de l’année. D’autre part, une société devrait être créée pour gérer Doel 4 et Tihange 3, l’État et Engie posséderaient chacun 50 % des actions de celle-ci. Ce 50/50 ne signifie pas que l’État exploitera les centrales, puisque l’exploitation est laissée à Engie. Quel sera son rôle? Partager d’éventuels bénéfices, c’est la bonne nouvelle. Mais avant cela, il faudra assumer les coûts. Notamment ceux des travaux à réaliser pour la prolongation. On parle de 500 millions par réacteur.

Autres coûts assumés dorénavant en partie par l’État: le traitement des déchets nucléaires générés pendant les 10 ans de prolongation. Une forme de recul. Le traitement des déchets et le démantèlement des centrales étaient, par principe, du ressort de l’exploitant. Sans parler de la nécessité absolue, pour la Belgique, de construire de nouvelles unités de production électrique au gaz. Rapidement. En effet, les travaux de prolongation des centrales nucléaires induisent qu’on les arrête d’abord. Doel 4, le 1er juillet 2025 et Tihange 3, deux mois plus tard. Elles seront rallumées au mieux en septembre 2026. Entre ces dates, ce n’est pas d’une “victoire” ou d’un “round” dont on aura besoin. À moins de risquer une défaite pour la Belgique tout entière…

Bol d’air empoisonné

Après dix jours d’entretien, les livraisons viennent de reprendre, au grand soulagement des Européens, dans les pipelines Nord Stream qui relient directement les champs gaziers sibériens au nord de l’Allemagne, d’où le gaz est ensuite exporté à d’autres pays européens. L’inquiétude générée par les travaux de maintenance effectués par Gazprom sur le cordon ombilical énergétique qui nourrit l’Union européenne rappelle sa grande dépendance vis-à-vis du voisin russe.

Du gaz ou des canons?

Les préoccupations au sujet de Nord Stream n’agitent pas que le spectre des pénuries. Elles convoquent également la très inconfortable réalité d’un financement au moins partiel par l’Europe de la guerre en Ukraine. D’après Reuters, l’Union européenne paie l’équivalent de 200 à 800 millions d’euros par jour à la Russie pour son gaz. Un financement qui pourrait s’accroître si nos usines de production électrique venaient, d’aventure, à voir rapidement le jour…

Tableau général

Les derniers chiffres du mix électrique belge: les centrales nucléaires produisent 54,5 % de l’électricité belge. En plus de l’énergie nucléaire, 26,5 % du mix électrique a été produit par d’autres sources bas carbone: 9,5 % proviennent des éoliennes, 13,5 % des panneaux solaires et 3,5 % d’autres sources renouvelables (énergie hydraulique…). Le reste (19 %) a été produit grâce à des énergies fossiles.

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