À quoi ressemblent la traite et le trafic d’êtres humains en Belgique?

Loin d'être anecdotique, le trafic et la traite d'être humains sont de véritables fléaux en Belgique où les autorités ont encore du mal à lutter contre.

Trafic et de traite d'être humains
Illustration de trafic et de traite d’être humains @BelgaImage

Ce lundi, le ministère de la Justice a déclaré ouvrir un point de contact central pour lutter contre le traite et le trafic d’êtres humains. Un site est déjà accessible et un numéro de téléphone sera également disponible d’ici quelques mois. Une annonce qui précède de peu la journée mondiale dédiée à cette problématique, qui aura lieu le 30 juillet. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le sujet ne concerne pas que de sombres trafic dans des pays sous-développés. En Belgique aussi, la question se pose. Selon l’indice global de l’esclavage, cité par le gouvernement, le nombre de victimes d’exploitation ou d’esclavage moderne s’établirait à 23.000 chez nous. La situation se serait même récemment aggravée, avec des cas de figure très divers.

Traite et trafic: deux infractions différentes

Attention: quand on parle de traite ou de trafic d’être humains, il ne s’agit pas exactement de la même chose. Comme le précise le Centre fédéral Migration Myria, concernant le trafic, il s’agit "de faire passer illégalement une frontière à des individus à des fins lucratives", que ce soit concernant des migrants ou d’autres personnes.

Pour ce qui est de la traite, cela "consiste en l’exploitation d’individus à des fins lucratives", autrement dit de l’esclavage moderne. Il peut être à caractère sexuel, comme avec la prostitution (où de jeunes filles sont victimes de proxénètes ou de "lover boys"), ou économique (horeca, travail domestique, bâtiment, etc.). Le ministère de la Justice évoque le cas des personnes "travaillant sous pression pour un salaire de misère ou dans des conditions périlleuses ou dégradantes", ou encore de celles "obligées de mendier dans la rue au profit d’un tiers". "La traite des êtres humains a de nombreux visages, mais on y voit toujours une exploitation par la contrainte, la violence, le chantage et le mensonge", ce qui fait que le problème concerne autant des Belges que des étrangers. Le prélèvement d’organes ou de matériel corporel humain tombe également dans cette catégorie. Idem pour le fait d’obliger quelqu’un à commettre un délit voire un crime contre son gré (vols, trafic de drogues, etc.).

Des migrants de la Manche aux Ukrainiens exploités

Ces dernières années, plusieurs affaires ont défrayé la chronique. C’était par exemple le cas en 2019, lorsque les corps de 39 migrants ont été retrouvés dans un camion réfrigéré parti de Zeebruges vers le Royaume-Uni. Un exemple qui montre que la Belgique est un pays de transit pour le trafic d’être humains. Pour la traite par contre, elle est bien un pays de destination. Que ce soit dans des domiciles privés ou même dans des ambassades, le travail sous-payé est un phénomène réel. Cela s’est même aggravé avec la crise du Covid-19, selon un rapport annuel de Myria, puisque des travailleurs "bon marché" (dans une partie installés illégalement en Belgique) ont été recrutés sans considérations suffisantes pour leur sécurité sanitaire et au mépris de leurs droits.

En 2022, cette problématique est revenue sur le devant de la scène lorsque la Belgique, comme d’autres pays, a accueilli de nombreux Ukrainiens fuyant la guerre. Il a fallu agir rapidement pour leur trouver un hébergement et certains ont été placés dans des familles bénévoles. Sauf que des personnes mal intentionnées pouvaient en profiter pour faire du chantage et, in fine, de la traite. Déjà début mars, la police d’Anvers faisait état de trois femmes ukrainiennes amenées à travailler dans une boucherie tout en étant sous-payées.

La Belgique démunie

Le souci, c’est que la Belgique a des difficultés à combattre ces phénomènes. Suite à des auditions mises en place cette année lors d’une commission spéciale du Parlement, il s’est avéré que le problème n’est pas lié à une législation qui serait mal adaptée, mais à un manque de moyens. La collaboration entre services n’est pas optimale, certains agents étant mal formés et pas assez nombreux. "Au sein de la police judiciaire, nous savons aussi que, en matière de traite humaine, plusieurs enquêtes d’envergure ont été reportées faute de moyens", souligne Patricia Le Cocq, spécialiste de la traite et du trafic d’êtres humains chez Myria, comme le rapporte La Libre.

À Bruxelles, il n’y a ainsi que deux inspecteurs pour s’occuper des dossiers de traite, ce qui préoccupe d’ailleurs le député Khalil Aouasti (PS). "On est armé sur le plan législatif, on n’est pas armé sur le plan opérationnel et ça, tout le monde le dit", explique-t-il à BX1. Pour ce qui est des peines encourues, "la traite est déjà criminalisée. Avec simplement l’infraction de traite, on peut déjà aller de 1 an à 5 ans et les circonstances aggravantes peuvent amener à 20 ans d’emprisonnement". Un nouveau plan d’action 2021-2025 prévoit notamment de renforcer les recherches et les poursuites, de mettre en place des formations et de sensibilisations, ainsi que de stimuler "la synergie entre le volet administratif et le volet judiciaire dans le cadre du trafic des êtres humains".

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