21 juillet: qui étaient les révolutionnaires belges ?

La Fête nationale commémore la prestation de serment du roi Léopold Ier le 21 juillet 1831. Mais la révolution belge avait démarré un an plus tôt...

21 juillet: qui étaient les révolutionnaires belges ?
Gustave Wappers, « Episode des journées de septembre 1830 » – DR

Au départ, il y a la deuxième révolution française. Celle de juillet 1830 qui détrône le roi Charles X. La Belgique, ou plutôt, les Provinces du Sud des Pays-Bas, se dit que c’est son moment. La région méridionale sous domination orangiste est mécontente, c’est peu de le dire. Un mot d’ordre traverse les Provinces du Sud : bouter les Hollandais hors du " pays ".

Les troubles éclatent en août 1830. On connaît l’histoire racontée à l’école : la " Muette de Portici " au Théâtre de la Monnaie, l’union des catholiques et des libéraux, la révolte contre Guillaume d’Orange, les Hollandais qui s’en vont dans la nuit du Parc Royal… Certes. Mais les choses sont un peu plus compliquées que cela. A commencer par le fait qu’en septembre 1830, Bruxelles et les Provinces du Sud sont à feu et à sang. La raison est principalement économique.

Qui étaient les révolutionnaires belges ?

On dit souvent que la révolution belge est une révolution bourgeoise. Ce n’est pas vrai. Les émeutiers qui ont boosté les Hollandais hors de Bruxelles étaient, en grande majorité, des ouvriers : des travailleurs journaliers (service d’un jour pour salaire à la journée) et du bâtiment. Des gens des quartiers populaires sans le sou qui ne trouvaient plus de travail et ne pouvaient plus manger à leur faim.

Selon une étude de John W. Rooney de l’Université de Marquette aux Etats-Unis, les révolutionnaires belges étaient avant tout des Bruxellois. Bruxelles était alors la deuxième ville du Royaume d’Orange, sa population ayant sensiblement augmenté entre 1800 et 1830, passant de 70.000 à 103.000. La plupart de ces nouveaux arrivants étaient des travailleurs flamands qui subirent de plein fouet la crise du textile. C’est cette classe ouvrière et populaire qui a lancé la révolutionné. Toujours selon l’étude de Rooney, les bourgeois n’étaient que 5% derrière les barricades.

Qui sont les pères fondateurs de la Belgique ?

Mais c’est pourtant la bourgeoisie qui va structurer la révolution. Voyant que les autorités orangistes sont dépassées, celle-ci crée la Garde bourgeoise tenue de maintenir le calme dans Bruxelles. Formée avec des déserteurs de l’armée orangiste, elle a à sa tête, le baron Emmanuel Vanderlinden d’Hooghvorst. Aristocrate catholique, il va jouer un rôle important dans la révolution. Pour l’heure, c’est lui, avec sa garde bourgeoise, qui est le lien entre le peuple et Guillaume d’Orange, demandant à ce dernier des concessions pour les Provinces du Sud en proie à la crise économique.

Dans la nuit du 23 au 24 septembre se tient à l’hôtel de Ville de Bruxelles une réunion qui créera la Commission administrative, laquelle allait donner naissance, dans la foulée, au gouvernement provisoire belge. Sont assis autour de la table, le baron Emmanuel Vanderlinden d’Hooghvorst, André Jolly et Charles Rogier. Ils peuvent être considérés comme les pères fondateurs de la Belgique.

André Jolly est un Bruxellois de bonne famille. Peintre, ingénieur, il prend rapidement faits et causes pour la révolution et est nommé officier de la Garde Bourgeoise avant de tenir un rôle plus en avant dans la révolution.

Charles Rogier est un Liégeois né en France, libéral et franc-maçon enthousiasmé par la révolution française, puis belge. C’est un avocat et homme des médias qui a fondé un journal libéral. En clair, c’est un révolutionnaire dans l’âme. Le 23 septembre, il est dans la Forêt de Soignes quand il entend les coups de canons : des émeutiers tiennent tête aux Hollandais. Il entre en toute hâte à Bruxelles et rejoint la Commission administrative tout juste créée.

C’est lui qui rédige la proclamation de cette réunion : " Depuis deux jours Bruxelles est dépourvu de toute espèce d’autorité constituée ; l’énergie et la loyauté populaires en ont tenu lieu ; mais tous les bons citoyens comprennent qu’un tel état de choses ne peut durer sans compromettre la ville et le triomphe d’une cause dont le succès dès hier est assuré. Des citoyens, guidés par le seul amour du pays, ont accepté provisoirement un pouvoir qu’ils sont prêts à remettre en des mains plus dignes aussitôt que les éléments d’une autorité nouvelle seront réunis. Ces citoyens sont le baron Emmanuel Vanderlinden d’Hooghvorst, de Bruxelles ; Charles Rogier, avocat à Liège ; André Jolly, ancien officier du génie. Ils ont pour secrétaires F. De Coppin et J. Vanderlinden, de Bruxelles. – Bruxelles, le 24 septembre 1830 "

En octobre, les émeutes allaient s’étendre à toutes les villes des Provinces du Sud. Les graines semées allaient bientôt donner naissance à un nouveau pays.

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