Hadja Lahbib: pourquoi sa nomination fait beaucoup de bruit au sein du MR

Hadja Lahbib est notre nouvelle ministre des Affaires étrangères. Entre dépolitisation bienvenue et questionnements sur ses compétences, l’ex-journaliste débarque en terrain miné.

Hadja Lahbib
Hadja Lahbib et Alexander De Croo. © BelgaImage

Les journalistes ne seraient-ils pas finalement tous de dangereux gauchos? Après les Reuters, De Maegd, Ries ou Maroy, c’est Hadja Lahbib qui vient dégonfler cette comptine régulièrement chantée par les libéraux en rejoignant leurs rangs. Avec l’arrivée de l’ancienne présentatrice du JT pour remplacer Sophie Wilmès au poste de ministre des Affaires étrangères, qu’elle a quitté pour soutenir son mari souffrant d’un cancer du cerveau, Georges-Louis Bouchez a sorti un nouveau lapin de son chapeau. Et il a pioché dans le service public, lui qui voit pourtant la RTBF comme un repère de socialistes.

Hadja Lahbib arrive avec plus de questions que de réponses puisqu’elle ne dispose d’aucune expérience politique. Mais elle est un visage connu des Belges francophones. Un avantage que le président du MR a mis en avant lors de la présentation de la nouvelle ministre. “On pouvait faire des choix plus conservateurs, plus faciles, mais si l’on veut rapprocher les gens de la politique, il faut aussi pouvoir montrer que la politique n’est pas un milieu fermé, où ce sont toujours les mêmes.” Ajoutant que malgré son inexpérience, “elle a une meilleure connaissance que certains de ses prédécesseurs quand ils sont arrivés à ce poste”. Il prend à témoin ses nombreux reportages et documentaires aux quatre coins du monde.

Comme pour éviter la polémique, Hadja Lahbib a immédiatement sorti la maxime de rigueur, chère à Emmanuel Macron. “Je ne suis ni de gauche, ni de droite. Je suis fondamentalement libre.” En attendant, elle porte aujourd’hui le maillot bleu. On ne pouvait pas s’y tromper, selon son nouveau président de parti. “Elle incarne parfaitement le parcours méritocratique.” Elle espère probablement, comme lui, forger son expérience sur le terrain. En cela, ils sont soutenus par Louis Michel, l’un de ses prédécesseurs. “Elle compensera par une relation intelligible avec les gens. Vous savez, l’expérience aux Affaires étrangères, ça s’acquiert très vite.

Et pourtant, au sein du parti, ça chauffe. Dans la presse, les punchlines, en off, de députés libéraux ont volé bas. L’un prétend que Hadja Lahbib est à gauche et qu’elle témoignait du mépris pour son parti. Un autre dénonce la politique-spectacle de Bouchez, chez qui la forme prime toujours sur le fond. La ministre devra vite évacuer de son esprit ces considérations internes. Lundi, elle a assisté à son premier conseil des ministres européens. Elle va aussi rapidement devoir se mettre au travail sur le dossier ukrainien. Alors que celui des échanges de prisonniers avec l’Iran est aussi sur la table. Hadja Lahbib n’arrive pas en terrain conquis et sera attendue au tournant. Si les premières réactions de ceux qui l’ont connue louent son intégrité et son ouverture, parviendra-t-elle à remplacer Sophie Wilmès aux tables de discussions avec les plus puissants, et dans le cœur des Belges? Ce sont les paris du MR, et ils sont ouverts.

Congé politique

Le cas d’un ou d’une journaliste qui quitte sa rédaction pour se lancer en politique est toujours délicat. Son travail est alors analysé sous le prisme du parti auquel il ou elle se rattache. Quoi qu’il en soit, Hadja Lahbib a dû, comme d’autres avant elle, poser un “congé politique” (sans solde) auprès de la RTBF. Elle pourrait donc théoriquement revenir sur le service public au terme de son mandat. Un droit qu’acceptent systématiquement les rédactions. À contrecœur? On pourrait le croire au ton de la réponse du chef de l’info ertébéen Jean-Pierre Jacqmin à La DH: “C’est un droit, on l’applique. Point à la ligne”.

Bruxelles 2030

Avant de devenir ministre des Affaires étrangères, Hadja Lahbib était engagée depuis février dans la préparation de la candidature de Bruxelles au titre de Capitale européenne de la culture. Son départ est une épine dans le pied du ministre-président PS Rudi Vervoort. Le socialiste voit donc son atout principal devenir tête de gondole libérale. Beau joueur, il l’a félicitée avant d’assurer qu’elle “n’oubliera pas son investissement pour un projet pensé dans le cadre du bicentenaire de la Belgique”. Sur Twitter, elle lui a répondu “qu’au contraire, elle y veillera d’encore plus près”.

L’ombre Michel

Au sein du MR, beaucoup râlent et voient dans la nomination de Hadja Lahbib une nouvelle manœuvre de la famille Michel. “Georges-Louis veut se montrer moderne mais son mode de fonctionnement est ringard: un homme seul – lui – et une famille politique – le clan Michel – décident de tout. La famille Michel a nourri en son sein une vipère et elle s’en mordra les doigts un jour”, a estimé un député MR. Depuis la nomination de Mathieu Michel à la Digitalisation dans le gouvernement fédéral, beaucoup voient Bouchez rouler pour la famille libérale la plus célèbre du royaume.

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