Les réactions à la nomination de Hadja Lahbib (politiques, journalistes, …)

L'arrivée de Hadja Lahbib au gouvernement a beaucoup fait réagir, que ce soit du côté des politiques, des journalistes ou des politologues.

Hadja Lahbib et Alexander De Croo
Hadja Lahbib et Alexander De Croo à Bruxelles le 15 juillet 2022 @BelgaImage

"J’imagine que vous êtes surpris", a déclaré ce vendredi Hadja Lahbib en annonçant sa désignation au poste de ministre des Affaires étrangères. Et en effet, surpris, tout le monde l’a été. Personne n’a vu arriver la journaliste, qui a d’abord travaillé à la rédaction liégeoise de RTL-TVI avant de se faire connaître comme présentatrice du JT de la RTBF. Sans réelle expérience politique et avec un profil atypique, sa nomination hier a suscité de nombreux commentaires, que ce soit au sein de l’arène politique, du monde journalistique ou encore parmi les politologues.

De nombreux messages de félicitations parmi les politiques

D’après la DH, cela fait plusieurs semaines que le président du MR, Georges-Louis Bouchez, était en contact avec Hadja Lahbib. Lorsqu’il a fini par lui proposer le poste, elle a accepté. Une offre qui s’est faite avec l’accord de Sophie Wilmès, qui l’a précédée à ce portefeuille. "La passation est faite, avec un état des lieux des grands dossiers qui occupent actuellement la diplomatie belge. Je te souhaite le meilleur dans tes nouvelles fonctions", a depuis tweeté l’ancienne Première ministre.

D’autres personnalités du MR ont félicité Hadja Lahbib, parmi lesquelles Valérie Glatigny et Alexia Bertrand. Toutes deux étaient souvent citées pour succéder à Sophie Wilmès. Chez les libéraux, ont fait de même la ministre Valérie De Bue, le député-bourgmestre de Chaudfontaine et ancien ministre Daniel Bacquelaine ou encore le Secrétaire d’État Mathieu Michel, le ministre David Clarinval. Les félicitations sont également venues depuis d’autres partis, à l’instar du président de DéFi François De Smet, de la Secrétaire d’État Ecolo Sarah Schlitz, de la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V), de la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS), de l’ancienne ministre Joëlle Milquet (Les Engagés), et du coprésident de Groen Jeremie Vaneeckhout.

En coulisses, une certaine crispation

Mais l’atmosphère n’est pas toujours aussi bonne. Selon la DH, des membres du MR voient d’un mauvais œil la réponse de l’ex-journaliste sur son positionnement politique. En conférence de presse, malgré le fait d’avoir été investie grâce à Georges-Louis Bouchez, celle-ci a déclaré: "Je ne suis ni de gauche, ni de droite, je suis fondamentalement libre". En ce sens, le tweet de félicitations d’Alexia Bertrand prend l’allure d’une pique subtile, celle-ci se disant "très heureuse qu’une telle personnalité rejoigne la famille libérale", bien que Hadja Lahbib n’ait jamais dit qu’elle adhérait au MR.

Les échos du journal Le Soir au sein du parti confirment l’existence d’une certaine crispation, notamment envers leur président. Un élu resté anonyme se montre ainsi particulièrement remonté contre cette décision. "C’est tout sauf une libérale, et on est dans un recrutement à l’extérieur qui nie les compétences internes, c’est de la com’ pure", s’énerve-t-il. Un autre adhère: "Pour ceux qui n’avaient pas encore compris, Georges-Louis fait de la politique spectacle – et je n’ai rien contre Hadja Lahbib, tout le respect. Chez lui, la forme prime toujours sur le fond, et voilà le travail".

Parmi la droite flamande, certains se montrent eux aussi critiques. C’est le cas à la N-VA du sulfureux ancien Secrétaire d’État à la Migration Théo Francken qui a certes félicité la nouvelle ministre (qu’il ne connaissait pas auparavant) mais qui a aussi mis en doute ses compétences: "Parle-t-elle bien le néerlandais? A-t-elle une expérience de la diplomatie?". Pour Jean-Marie Dedecker, président du micro-parti LDD (anciennement Liste Dedecker), la nomination de Hadja Lahbib représente rien de moins qu’"un nouveau coup porté à la face des élus du peuple".

Un "traitement autonome et indépendant" à la RTBF

L’annonce d’hier a également résonné de manière particulière à la RTBF. Interrogé sur le sujet, son directeur de l’information et des sports Jean-Pierre Jacqmin félicite d’abord la nouvelle ministre tout en louant ses compétences, avant d’assurer l’indépendance de sa rédaction à son égard. "À partir de là, elle n’est plus notre collègue et elle bénéficiera donc d’un traitement autonome et indépendant de notre rédaction dans l’analyse des faits et des actions qu’elle pourra mener comme ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement", confie-t-il à la DH.

Un journaliste politique de la RTBF, Alain Gerlache, ancien rédacteur en chef de Hadja Lahbib, a lui aussi pris la parole. Selon lui, il s’agit "bien sûr aussi d’une démarche politique de Bouchez", comme il le dit au Nieuwsblad. "Il a déjà montré qu’il voulait surprendre. Mais c’est aussi un geste stratégique. À Bruxelles, le MR compte trop peu de monde et de visages issus de l’immigration".

Le ton est par contre beaucoup plus dur du côté du chroniqueur Michel Henrion, ex-porte-parole du socialiste Guy Spitaels. "Ce parachutage en dit long sur le #MR. On saute un nouveau pas dans la politique-spectacle: les Lapins Blancs issus de la télé ne doivent même plus se présenter d’abord devant l’électeur", écrit-il sur Twitter. "Le MR génère aussi de futurs remous internes", ajoute-il en se demandant ce qui se passerait aux élections de 2024, notamment vis-à-vis d’une éventuelle candidature de Hadja Lahbib.

Des questions politiques en suspens

Cette perspective du prochain scrutin pose d’autant plus question que pour l’instant, la nouvelle ministre se déclare toujours neutre sur l’échiquier politique. Pour le politologue Dave Sinardet, "on ne peut pas accéder à un tel poste en gardant complètement sa virginité", dit-il à Sudpresse. Pour le reste, celui-ci a une opinion plutôt positive sur elle. Il relève ses connaissances en matière de politique internationale et estime qu’il s’agit d’une personne assez respectée pour travailler avec succès à ce poste moins exposé aux polémiques que d’autres.

Le politologue Carl Devos, par ailleurs ancien candidat sp.a aux élections communales d’Izegem, se montre beaucoup plus réservé. Il s’inquiète notamment du fait que des personnalités non-politiques accèdent à de telles responsabilités. "Un parti regarde en dehors de ses propres cercles s’il n’a pas confiance en ses propres députés et plus encore en son propre groupe", déclare-t-il au Niewsblad avant de se demander: "alors pourquoi votons-nous encore pour des candidats?". "C’est difficile à expliquer à l’électeur. Hormis les capacités, ce sont des personnes qui n’ont jamais demandé la confiance de l’électeur et, en principe, n’ont jamais à rendre de comptes. Vont-ils émerger en 2024? Personne ne sait".

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