Sur tous les fronts, le gouvernement De Croo se heurte à l’éternel blocage belge

Pouvoir d’achat, pensions, loyers, énergie… La Vivaldi est incapable de trouver un accord politique dans des dossiers pourtant cruciaux et urgents. À qui la faute, cette fois?

Alexander de Croo
Alexander De Croo, chef d’un orchestre fédéral à 7 partis et plus dissonant que jamais. © BelgaImage

Alexander De Croo joue la partition de la Brabançonne pour sauver sa Vivaldi cacophonique. Il veut faire atterrir la réforme des pensions pour le 21 juillet, jour de la fête nationale. Sauf que le chef de l’orchestre fédéral a bien du mal à donner le “la” au sein de ses sept partis. Les socialistes menacent carrément de ne pas jouer de musique du tout si on les oblige à adopter une réforme des pensions jugée peu sociale. Le Premier ministre balaie les critiques en listant les dossiers qui ont avancé et les tabous qui auraient été brisés malgré tout.

Le job deal a été adopté avec la possibilité de travailler à temps plein sur quatre jours. Un accord a été trouvé pour les malades de longue durée, une catégorie est désormais plus importante que celle des chômeurs. L’augmentation du budget de la Défense, voulue expressément par De Croo, a été décidée. Concernant le pouvoir d’achat, les experts estiment qu’il baisse moins en Belgique qu’ailleurs. Sauf que les ménages qui sont juste au-dessus du tarif social souffrent énormément. Pierre-Yves Dermagne, ministre PS de l’Emploi, travaille sur une solution pour… septembre, peut-être même pas avant octobre. “Une folie”, sifflent certains. Et puis, la prolongation des centrales nucléaires est toujours en rade avec des discussions avec Engie “plus difficiles que prévu”, un atermoiement qui met le MR en rage.

Bien sûr, il y a le contexte d’une triple crise qui a miné le champ des possibles, avec le sanitaire, la guerre en Ukraine et l’envolée des prix de l’énergie. Tout le monde est tendu. Mais il n’y a pas que cela. On a beaucoup glosé sous le gouvernement précédent sur le fait que Charles Michel était constamment flanqué de la belle-mère De Wever. Alexander De Croo, lui, en a deux pour le prix d’une, avec Paul Magnette, président du PS, et Georges-Louis Bouchez, président du MR, qui piratent les pistes d’atterrissage.

Certes, c’est facile d’être au balcon, l’important est d’être à table. Mais il y a peut-être une erreur dans le casting du gouvernement alors que les vice-Premiers Clarinval-Dermagne-Gilkinet sont plutôt des seconds couteaux que les poids lourds de leurs partis respectifs. Et puis, De Croo doit incarner un leadership qui repose sur une assise électorale bien légère puisqu’il est issu du septième parti du gouvernement et alors que les socialistes en sont bel et bien la plus grande famille politique. S’il a pris les commandes du pays, c’était pour “sauver la baraque Belgique”, comme l’expliquait son père Herman De Croo dans une interview accordée à Moustique à l’avènement du gouvernement. Mais la baraque craque et les rafistolages sous forme de compromis sont bien difficiles à prendre. On est déjà à un an et demi des prochaines élections. Et les grandes réformes deviennent difficiles, voire impossibles à adopter alors que tous les partis ont les yeux rivés sur les sondages.

Tax pschit

Un rapport d’experts appelle le gouvernement à réaliser sans tarder une “ambitieuse réforme fiscale”. Entre autres mesures, il faut réduire la pression sur le travail, imposer les plus-values. Par ailleurs, une équipe de chercheurs pousse à intensifier la fiscalité verte: taxe carbone, taxe sur les pesticides, sur la viande. Le ministre Vincent Van Peteghem tente tant bien que mal de travailler sur le projet. Ce sera quasi assurément en vain. On dit déjà que l’accord de gouvernement oblige à réfléchir à la question, pas à mener réellement la réforme.

Blocages sur les pensions

Quatre sujets sont examinés depuis quelques semaines: la réintroduction d’un bonus pension, la réduction des écarts entre les hommes et les femmes, la pension à temps partiel et l’accès à la pension minimum. Si le premier point semble en bonne voie, les difficultés demeurent sur les autres. Certaines réformes sont ainsi proposées avec une période transitoire jugée beaucoup trop courte par certains. Il en va ainsi de l’accès à la pension minimum, pour laquelle les socialistes redoutent l’exclusion de dizaines de milliers de bénéficiaires qui n’auront pas l’occasion d’adapter leur comportement. La revalorisation du temps partiel dans le calcul de la pension minimum, qui concerne de nombreuses femmes, est également considérée comme trop restrictive. Quant à la pension à temps partiel, elle serait réservée aux indépendants. En outre, certains régimes particuliers, comme ceux du personnel roulant de la SNCB et de la Défense, seraient remis en cause.

À Bruxelles, ça chauffe aussi

Au gouvernement bruxellois, ça ne coule pas de source non plus. Nawal Ben Hamou (PS), secrétaire d’État au Logement, vient de remettre sur la table une demande forte: le blocage de l’indexation des loyers, en proposant un nouveau mode de calcul basé sur l’indice de consommation (hors énergie) de l’année précédente. Bernard Clerfayt, ministre bruxellois de l’Emploi, a refusé, faisant valoir que ce n’était pas dans l’accord de gouvernement. Certes a répondu la socialiste “mais la guerre en Ukraine et l’envolée des prix non plus”. En vain.

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