Plus de 1% des Belges sont millionnaires: qui sont ces privilégiés?

Les millionnaires sont de plus en plus nombreux, y compris en Belgique. Ils sont aussi plus jeunes et - un peu - plus responsables dans leurs investissements.

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Lire le World Wealth Report, édition 2022, est une expérience intrigante. Ce rapport édité chaque année par Capgemini, le plus gros cabinet de consultance français, décrit et analyse la marche du monde du point de vue de sa richesse. L’entame de cette enquête de 47 pages surprend. “L’année dernière a été une période d’accumulation énorme de richesses partout dans le monde. La richesse globale du monde a augmenté de 8 %. Et les HNW1 sont 7,8 % plus nombreux”. HNW1? L’acronyme qualifie les individus possédant plus de un million de dollars en liquide. C’est-à-dire en cash ou en valeurs facilement convertibles en cash.

Sans surprise, c’est aux États-Unis qu’on en trouve le plus grand nombre: près de la moitié. Il y a aujourd’hui 7,4 millions d’Américaines et d’Américains millionnaires en cash, soit la population du Laos. C’est 885.000 de plus qu’il y a un an, soit une augmentation de 13,4 %. La deuxième place est détenue par le Japon (3,6 millions), la troisième par l’Allemagne (1,6), la quatrième par la Chine (1,5) et la cinquième par la France (0,7). Le nombre de millionnaires est en croissance dans tous les pays du monde sauf à Hong Kong et au Brésil… Une expression utilisée dans le rapport attire plus particulièrement l’œil. “Rebunding Belgium”. La Belgique en rebond. Notre pays a gagné une place dans ce classement. Et occupe, désormais, la 25e place mondiale.

Un secteur discret mais en bonne santé

En Belgique, il y a 141.000 millionnaires soit un peu plus de un pourcent de la population. En un an, 7.000 nouveaux millionnaires. Soit environ 5 % de plus qu’au précédent classement. Un taux de croissance trois fois moindre que celui des millionnaires américains, mais presque deux fois plus important que celui des millionnaires japonais. Notons tout de même que la croissance belge du millionnaire est plus faible que la moyenne mondiale. Tout de même. Mais l’évolution de cette catégorie de privilégiés semble aller à rebours du sort du plus grand nombre d’entre nous. D’après Statbel, pour l’ensemble de la Belgique, 19,3 % de la population (2,1 millions de Belges) étaient menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2021, soit une légère augmentation par rapport à 2020. Pour 7.000 nouveaux millionnaires, il y a donc, 47.000 nouveaux pauvres…

J’en suis à mon huitième collaborateur”, avance, avec une pointe de fierté, ce qu’on appelle pudiquement un “gestionnaire de patrimoine”. On appelait plus fréquemment la fonction “gestionnaire de fortune” il y a, encore, une quinzaine d’années. Mais le métier a évolué tant en complexité qu’en discrétion. Il n’est pas étonnant que notre interlocuteur ait tenu à conserver un strict anonymat. “Christophe” a commencé dans la banque privée il y a presque 30 ans, à Luxembourg. “À l’époque, la gestion de fortune était organisée au sein des banques de manière traditionnelle. On proposait du conseil en investissement classique: essentiellement un portefeuille d’actions, d’obligations avec un ratio risque agressif, conservateur ou défensif. La particularité de “l’étage grande fortune” – car cette section était géographiquement séparée du reste de la banque – c’était que le conseiller s’occupait de quelques clients dans des conditions particulières. Pas de guichet, pas de file, mais des salons de réception et quelques rendez-vous par jour. Parfois des déjeuners d’affaires. Mais, en gros, un service “classique” presté dans des conditions luxueuses.” Les choses ont changé dans les années 90.

Il y a sans doute d’autres facteurs. Mais, le changement principal a dû venir de la numérisation et d’Internet, reprend le banquier privé. La nouvelle économie a créé de nouvelles fortunes, de nouveaux profils de gens riches, de nouvelles façons de gérer son argent. C’est à cette époque qu’est, par exemple, apparue la possibilité de placer des ordres d’achat en Bourse depuis son ordinateur. Des tas de gens se sont mis à boursicoter. Le service classique d’une banque en gestion de fortune ne pouvait plus se réduire à proposer du défensif ou de l’offensif à un client sirotant une coupe de champagne assis dans un fauteuil de cuir.” La banque privée a commencé à ouvrir les horizons d’investissement qu’elle pouvait proposer à ses clients fortunés de plus en plus nombreux et de mieux en mieux informés.

De nouveaux profils d’investisseur

Le conseil en placement s’est réinventé. De nombreux conseillers ont quitté l’institution bancaire pour laquelle ils travaillaient pour fonder – comme Christophe – leur propre cabinet de conseil. Et développer, avec des experts, un savoir-faire dans l’investissement de différents secteurs. L’immobilier bien entendu. Mais aussi l’achat d’œuvres d’art, d’antiquités, de bateaux, de très grands crus, de voitures de collections, etc. “Nous offrons également des services de conseil successoral. Et d’autres moyens de conserver ou de développer son patrimoine. Racheter des entreprises en difficulté ou financer le démarrage d’entreprises sont des moyens de plus en plus prisés par mes clients. Parce que c’est souvent une manière d’identifier plus clairement ce à quoi sert son argent. Et, parce que, c’est également une manière de participer à la création d’emplois et de valeur sociale. L’intérêt pour des entreprises ayant un impact positif sur la société et l’environnement commence d’ailleurs à se développer.” Le visage du millionnaire actuel, selon Christophe, n’est plus celui du rentier découpant les coupons des obligations qui lui rapportaient un revenu annuel fixe et sûr. “La moyenne d’âge a baissé. Le millionnaire d’aujourd’hui est plus jeune que celui d’hier. Il participe souvent activement à la concrétisation de ses investissements. Et sans être fondamentalement un philanthrope, ses préoccupations sont plus sociales.

Retrouvez notre dossier de la semaine Êtes-vous riche?

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