Balance ton Bar : on en est où ?

C’était début octobre, suite à des accusations de viols sur plusieurs serveurs de café et/ou boite de nuit, un véritable tsunami de témoignages a submergé le monde nocturne bruxellois. Plus de 6 mois plus tard, où en sommes-nous ?

balance ton bar
© BelgaImage

Sur Instagram, le compte Balance ton bar continue de partager les témoignages qui ne semblent pas prêts de faiblir. Et de très nombreux endroits de fête bruxellois sont concerné. Parmi eux, le Waff et le El Café, où l’un des sorteurs vient d’écoper d’une peine de 50 mois de prison pour viol. Une enquête concernant un des serveurs accusés par plusieurs témoignages est toujours en cours.

Depuis octobre, des fonds et des mesures ont été prises afin que cela ne s’arrive plus, mais on est encore loin du compte…

Une enquête aux résultats effarants

Entre décembre 2021 et avril 2022, une enquête commandée par la commune d’Ixelles a essayé de déterminer l’ampleur du phénomène et de baliser quelques pistes de solutions. Ce questionnaire a été rempli par 826 femmes entre 18 et 30 ans fréquentant la place Flagey et/ou le Cimetière d’Ixelles. Et les résultats sont saisissants.

En effet, 4 femmes sur 10 déclarent avoir subi des attouchements, 6 femmes sur 10 se sont fait frotter dans la foule, 20% expliquent qu’on a profité de leur état d’ébriété pour leur imposer ou tenter de leur imposer des rapports sexuels et environ 15% affirment avoir été droguée à leur insu.

De plus, près de la moitié des répondantes confie spontanément avoir déjà été victime de harcèlement ou d’agressions sexuelles " " Mais lorsqu’on liste tous les types d’agression et qu’on leur demande, ça monte à 96%. Ca signifie qu’une partie de ces femmes avaient intégré ces actes-là comme des banalités ", explique Joelle Liberman, co-directrice d’EgérieResearch, l’agence qui a réalisé l’étude. " Lorsqu’elle sort du foyer, la femme peut être un objet de convoitise. C’est un rapport à la ville extrêmement patriarcal ", ajoute-t-elle.

La spécialiste a également rencontré de nombreuses jeunes femmes dans le cadre de cette étude. " Elles disent ‘les hommes pensent qu’on sort pour draguer’ alors qu’en réalité elles veulent principalement sortir pour être entre amis/amies ", continue Joelle Liberman.

Et en effet, sortir " boire un verre dans une ambiance sympathique " est même une motivation principale de 90% des répondantes, quand " draguer/se faire draguer " l’est pour 9% seulement des répondantes.

De nouveaux systèmes mis en place

En marge de cela, la Fédération Horeca-Bruxelles a établi de nouvelles chartes et de mesures afin de prévenir les agressions et offrir à leur clientèle un espace sécurisé. C’est le cas du " El Café " qui est le théâtre de bon nombres d’agressions et de violence selon les témoignages.

Après avoir pleinement collaboré avec la police, les gérants du bar ont mis en place un arsenal de mesures pour améliorer la sécurité des clients. Premièrement de nombreuses caméras scrutent chaque recoin de l’établissement. Les images sont enregistrées et diffusées en direct dans le bar. Deuxièmement, des protections pour verre sont disponibles ainsi que des tests anti-drogue pour les clients qui le souhaitent. " Il y a également un mot code à utiliser auprès de notre personnel pour directement signaler qu’il y a besoin d’assistance ou d’aide quelconque ", poursuit Céline Bouz, responsable des ressources humaines pour le bar.

Ask for Angela

L’une des dernières initiatives mises en place c’est le nom de code " ask for Angela ". Ces trois mots servent à alerter le staff d’un établissement en cas de pepins. Le code n’est pas neuf. Il a vu le jour en 2016 au Lincolnshire et s’est propagé, en France d’abord, et en Belgique ensuite.

L’idée est d’avertir le bar d’un problème afin que la victime puisse être mise en lieu sûr tout en lui proposant de contacter la police, un taxi ou même une personne de confiance. Dans ses posts, l’équipe Angela demande à savoir où vous sortez le plus souvent (bars, restaurants, boîtes de nuit) afin de collaborer avec le plus d’établissements possibles.

Mais au vu du contexte, le dispositif n’est pas si rassurant que cela. " J’ai déjà vu beaucoup d’hommes insister auprès des femmes pour danser ou les embrasser. Dans ce genre de situation, les femmes sont plus tentées de demander de l’aide aux autres femmes car on a toutes déjà été oppressées par un homme et on sait que ça peut vite dégénérer. Malgré ça, beaucoup me regardaient sans oser réagir donc cette simple question pourrait aider à surpasser cette gêne. " nous a confié Pamela, ancienne barmaid à nos confrères de la RTBF.

Et les récents événements entourant le #Balancetonbar n’aident pas à rétablir la confiance entre staff et fêtardes. Selon Marine, " Le dispositif ne m’aiderait pas à me sentir plus safe. En voyant tout ce qui se passe en ce moment, je compte sur mes potes  " et Manuella se dit également " rassurée d’être entourée de ses amis ".

Angela ou pas, le récent phénomène des piqures sauvages prouve une nouvelle fois à quel point il est plus qu’urgent que les choses changent et que le monde de la nuit portent d’énormes part d’ombre.

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