Comment les coopératives ont réussi à intéresser 2 millions de Belges

Les coopératives démontrent toujours plus leur vitalité, reflet du lien très particulier qu'elles ont réussi à créer avec leurs nombreux actionnaires.

Coopération entre personnes
Illustration d’une coopération entre plusieurs personnes @BelgaImage

Ce samedi 2 juillet, c’est la Journée internationale des Coopératives et en Belgique, l’heure est plutôt à l’optimisme. Selon le rapport du Belgian Cooperative Monitor 2021 réalisé par la KU Leuven, ces sociétés possédées et financées directement par les citoyens représentent aujourd’hui 3% du PIB belge. Il se pourrait même que ce chiffre soit sous-estimé, vu que ce calcul ne tient pas compte de toute une série d’externalités positives. Une belle performance puisque l’on ne parle ici que d’1% du total des entreprises du pays. On en dénombre 19.607 pour être exact. Parmi les noms connus, il y a la coopérative de salariés Smart mais aussi le supermarché Beescoop ou encore les producteurs laitiers Fairebel. Autre chiffre frappant: jusqu’à deux millions de Belges seraient actionnaires de coopératives. Pour expliquer un tel engouement, il faut se pencher sur tous les avantages que propose ce système, surtout dans un contexte d’instabilité voire de crise économique, sociale et écologique.

Une bonne source d’emplois

A priori, on pourrait pourtant se dire que le secteur n’est pas si prospère. Jusqu’en 2018, il y avait plus ou moins 23.000 coopératives en Belgique. Depuis, ce montant a été amputé de plus de 3.000 unités. Mais cette statistique est trompeuse. Cette baisse est en bonne partie due à l’entrée en vigueur d’une réforme en 2019 du Code des sociétés et associations (CSA), qui a eu pour effet de ne plus comptabiliser les "fausses" coopératives. Auparavant, certaines professions libérales étaient regroupées sous ce statut, notamment pour bénéficier de contraintes règlementaires plus souples. Maintenant, ce n’est plus le cas.

Un élément qui reflète mieux la vitalité des coopératives, c’est le nombre d’emplois qu’elles créent. En 2011, on comptait 98.653 salariés. En 2019, ils étaient 116.257, soit 17,8% en plus. En équivalents temps plein, ce pourcentage est lui aussi élevé: +14,2%. Un très bon résultat puisque cela veut dire que les coopératives représentent 3,5% du volume de travail total belge.

Au total pourtant, une coopérative sur cinq est pourvoyeuse d’emploi direct (dont 62% ont moins de 5 salariés). Mais il y a également de plus en plus de grands employeurs. En 2015, 10% de ces sociétés avaient plus de 200 employés. Depuis, ils sont 18%. À ce propos, "si les coopératives sont souvent considérées comme des petites entreprises dans l’imaginaire collectif, certaines sont bel et bien de grandes entreprises: 13 sociétés coopératives ont un chiffre d’affaires supérieur à 100.000.000 d’euros, 31 sociétés coopératives ont un chiffre d’affaires supérieur à 9.000.000 d’euros", précise Cera, une coopérative bancaire qui a participé à l’élaboration du Belgian Cooperative Monitor 2021.

Correspondre aux aspirations des citoyens

Ces sociétés représentent donc un bon vivier d’emplois. Leur bonne santé n’étonne d’ailleurs pas Jérôme Rassart, expert en création de coopératives chez Crédal. "La tendance de ces dernières années vient de la forte émergence de ces coopératives citoyennes visibilisées par les coopératives éoliennes il y a quinze ans, et aujourd’hui présentes dans de nombreux secteurs (immobilier, finance, alimentaires, services à la personne, etc.)", explique-t-il dans un communiqué. Le mouvement est si important qu’il lui donne le surnom de "renouveau coopératif".

Le Belgian Cooperative Monitor 2021 le confirme: parmi les coopératives, le sous-secteur de la production et distribution d’énergie a bondi. Un mouvement notamment permis par l’émergence de REScoops. Il s’agit du nom donné à des coopératives de consommateurs centrés sur le renouvelable. Le secteur agricole est également de plus en plus actif dans le milieu. Dans les deux cas, c’est la preuve de la vitalité des domaines qui intéressent les citoyens. "Les jeunes générations souhaitent une qualité de vie, elles sont en recherche de modèles dans lesquels elles croient et dans lesquels elles peuvent s’organiser comme elles veulent", analyse Sybille Mertens, directrice du centre d’Economie sociale à l’ULiège. "Nous allons assister au redéveloppement des coopératives de travailleurs car il y a des tas de métiers où les gens ne s’y retrouvent pas". De plus, "le fait que les taux d’intérêt aient été aussi bas et ce, depuis longtemps, a amené de l’innovation dans le type de placements proposés au grand public. On a alors vu apparaitre cette mobilisation de l’épargne citoyenne".

Des sociétés robustes qui rêvent d’aller encore plus loin

Au niveau global, les coopératives ont des profils diversifiés. 22% sont actives dans le commerce de gros et de détail, 16% dans les professions libérales, 10% dans la construction, 10% dans les services d’hébergement et de restauration. Des sociétés qui se sont avérées particulièrement robustes, y compris durant la crise sanitaire grâce à leur fort ancrage territorial et à des valeurs telles que la solidarité. 74% de celles créées en 2016 ont survécu à leurs cinq premières années, contre 68,7% pour les PME classiques. "La raison est liée à leur principe de base: ne pas être tributaires d’un actionnariat avide de retour financier rapide et mettre le curseur sur le service rendu. Cela permet d’acquérir un avantage comparatif et qualitatif qui motive les consommateurs ou les producteurs à se rassembler", ajoute le Belgian Cooperative Monitor 2021.

Le rapport ajoute qu’il est maintenant essentiel que les pouvoirs publics soutiennent le paysage coopératif. "En Wallonie et à Bruxelles, nous constatons un effort pour augmenter la visibilité et la valeur ajoutée des coopératives, qui sont considérées comme des entreprises résilientes. Pour ce faire, ils accompagnent l’accent mis sur la visibilité d’une politique fondée sur le soutien financier au démarrage des coopératives par le biais d’investissements temporaires en capital", précise-t-il.

Les coopératives se coalisent aussi parfois pour faire prospérer le secteur. C’est le cas de Crédal et Ceda. Ensemble, elles ont créé le programme Do It Coop qui offre un "accompagnement et des conseils adaptés pour la création de projets collectifs pérennes". L’enjeu: "rester ambitieux, car les enjeux sociaux et environnementaux sont urgents", insiste Jérôme Rassart. "Nous devons former une réelle alliance pour peser dans l’économie belge en tant qu’écosystème", par exemple avec l’organisation d’événements via des collaborations avec d’autres coopératives.

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