Attentats du 13 novembre à Paris: les questions sans réponse à la fin du procès

Le verdict du procès des attentats de Paris doit tomber ce mercredi soir. Rôle exact de Salah Abdeslam et de Mohamed Abrini, provenance des armes… Neuf mois d’audience n’auront pas permis d’obtenir toutes les réponses aux questions soulevées par l’enquête.

procès attentats 13 novembre Paris justice Salah Abdeslam Mohamed Abrini justice terrorisme Belgique 22 mars
@BELGAIMAGE

Ils sont cantonnés depuis lundi dans une caserne sécurisée de la région parisienne. Les cinq magistrats professionnels composant la cour d’assise spéciale de Paris, ainsi que leurs quatre suppléants ne rejoindront le palais de justice que ce mercredi, en fin de journée. Ils annonceront leur sort aux quatorze accusés présents au procès.

L’épilogue de 9 mois d’audience, qui n’auront pas permis de balayer toutes les zones d’ombres des attentats terroristes ayant emporté la vie de 132 personnes et fait plus de 400 blessés. Durant ces 148 jours d’audience, les accusés se sont retranchés derrière leur droit au silence, ou ont oscillé entre différentes versions.

Salah Abdeslam a-t-il renoncé à se faire exploser ?

Seul membre survivant des assaillants du 13 novembre, Salah Abdeslam risque la perpétuité. L’accusation requiert en plus une mesure de sûreté incompressible, ce qui, dans le droit français, n’offre aucune certitude de sortie un jour, même après 30 ans de prison.  "Elle équivaut à une peine de mort lente" a plaidé Me Olivia Ronen. L’avocate d’Abdeslam ne s’est pas opposée à une lourde peine de prison, mais a contesté le principe de la perpétuité incompressible, pour quelqu’un qui se serait désisté en refusant de se faire exploser et de tuer.

C’est justement l’une des principales questions qui n’a pas trouvé de réponse définitive, en dépit de 4 ans d’enquête franco-belge suivi d’un procès fleuve. Muet durant l’instruction, Salah Abdeslam s’est d’abord montré provoquant en début de procès, insistant : "je suis un combattant de l’Etat islamique". Au fil des interrogatoires, il a fini par livrer sa version, expliquant avoir renoncé en dernière minute à se faire sauter dans un bar du 18e arrondissement de Paris. Si c’est le cas, a-t-il fait marche arrière "par humanité" ou par peur de mourir ?

Le Français, enfant de Molenbeek, s’est laissé aller à pleurer à l’audience, et a demandé pardon aux victimes. L’accusation a une autre version, celle d’un défaut de fabrication de la ceinture explosive d’Abdeslam. Le ministère public considère également qu’il avait une "une mission clé" au sein du commando terroriste, puisqu’il a convoyé depuis l’Allemagne ou la Hongrie les autres membres de la cellule, venus de Syrie.

Quel était le rôle de Mohamed Abrini ?

"L’homme au chapeau". Filmé par les caméras de surveillance lors des attentats de Zaventem en mars 2016, Mohamed Abrini s’était enfui sans se faire exploser. Meilleur ami d’Abdeslam, ce Belgo-Marocain avait également accompagné les membres du commando parisien, à la veille des attentats du 13 novembre.

Pendant le procès, il a déclaré qu’il était "prévu pour le 13", avant de désister la veille des attentats. Comme pour Abdeslam, ses avocats espèrent voir une peine de prison se substituer à la réclusion à perpétuité. Le flou demeure toutefois sur les raisons exactes de sa fuite et de l’étendue des plans de la cellule parisienne.

Les terroristes avaient-ils d’autres cibles ?

Selon l’enquête, les terroristes semblent avoir échafaudé plusieurs scénarios, dont le rapt d’un responsable du centre d’étude nucléaire belge ou le kidnapping d’un responsable policier, en vue d’un échange avec un des leurs en prison. Le parquet national antiterroriste français est convaincu- mais sans avoir pu le prouver – qu’un attentat devait avoir lieu à l’aéroport de Schiphol, aux Pays-Bas, le même jour que les attentats à Paris.

Le Suédois Osama Krayem et le Tunisien Sofien Ayari n’ont pas donné d’explications suffisantes sur ce qu’ils sont allés faire, le soir des attentats, autour de l’aéroport néerlandais. Les deux accusés risquent la prison à vie.

D’où venaient les armes ?

Les munitions utilisées le soir du 13 Novembre auraient pu être achetées en vente libre, dans une armurerie de Wavre. L’origine des kalachnikovs reste mystérieuse. Une piste a conduit les enquêteurs à Verviers et Liège où l’un des accusés, Mohamed Bakkali, aurait pris contact avec un certain Mohammed E. (non jugé à Paris), pour obtenir six kalachnikovs.

Une autre piste mène à Rotterdam, où l’accusé El Haddad Asufi serait allé chercher des " Clio ". Pour les enquêteurs, qui n’ont pas pu obtenir de preuves, ce nom de code ne se réfère évidemment pas à des voitures de marque française, mais à des armes.

Sur le même sujet
Plus d'actualité