IVG en Belgique: qui est contre et qui est pour aller plus loin?

Symbole des droits des femmes, l'avortement divise toujours la classe politique belge, avec des opposants farouches et des partisans convaincus.

Manifestation pro-IVG à Montréal
Manifestation dénonçant la révocation de l’arrêt Roe v. Wade, le 26 juin 2022 à Montréal @BelgaImage

Le droit à l’avortement fait-il consensus en Belgique? Non, comme vient notamment de le rappeler un élu MR, hostile à son existence même. Dans une interview à La Libre, Frédéric Petit, bourgmestre de Wezembeek-Oppem, s’est dit "opposé à l’avortement libre, sauf pour des raisons thérapeutiques, par exemple si on sait que l’enfant n’aura qu’une espérance de vie de quelques heures". Une position qui n’a pas manqué de provoquer l’indignation dans le paysage politique belge. Pourtant, il n’est pas tout à fait le seul. Dans la foulée de la révocation de l’arrêt Roe v. Wade aux États-Unis, les "pro-vie" ont fait de nouveau entendre leurs voix. À l’inverse, de nombreux partis veulent renforcer la législation actuelle pour protéger l’IVG.

Le Vlaams Belang et le retour en arrière

En Belgique, l’opposition au droit à l’avortement est surtout représentée dans un parti: le Vlaams Belang. Suite à la décision de la Cour suprême américaine, des élus nationalistes flamands se sont inscrits dans cette lignée. C’est le cas du député Stefaan Sintobin, qui a mis sur Twitter une photo d’un enfant avec pour légende le hashtag #prolife et la phrase "Le rire d’un enfant est la musique du futur". Bert Dickers, mandataire du parti dans la commune de Balen-Olmen, a partagé sur ce même réseau social une photo où il fait connaître son opposition à "toute forme d’avortement".

Interpellée par ces messages, la rédaction de la VRT a pris contact avec le troisième parti le plus représenté à la Chambre des représentants derrière la N-VA et le PS. Réponse de son président Tom Van Grieken: "Pour le Vlaams Belang, l’avortement doit être possible lorsque la vie de la femme est en danger, lorsque l’enfant à naître n’est pas viable et en cas de viol". Une position qui tend à suivre la voie de la Pologne, où le pouvoir ultra-conservateur a établi l’une des législations les plus restrictives d’Europe sur l’IVG. Là-bas, un avortement ne peut avoir lieu qu’en cas de viol ou de risque pour la santé de la femme.

La N-VA pour un statut-quo

Dans le reste de la classe politique, les partis semblent a minima tous d’accord pour préserver la loi telle qu’elle est aujourd’hui. Même la N-VA, pourtant très à droite, veut rassurer sur ce point. La députée européenne N-VA Assita Kanko a ainsi déclaré au Telegraaf "l’affaire Roe v. Wade plonge les femmes et les filles dans l’incertitude et constitue en effet un recul important en matière de législation sur l’avortement". Une position relayée ensuite par sa formation politique sur Twitter.

Pour autant, la N-VA reste conservatrice pour le reste. Pas question d’assouplir la loi existante ou de mieux la protéger. C’est ce qu’ont notamment déclaré les députés Theo Francken et Wim Van der Donckt. Le premier, secrétaire d’État à la Migration entre 2014 et 2018, s’est notamment opposé à une inscription de ce droit à la Constitution, comme la France projette de le faire. Son argument: il s’agirait d’une mesure "plutôt symbolique" alors que "notre Constitution est déjà un catalogue de droits complètement surchargé", dit-il.

Inscrire l’IVG dans la Constitution?

Cet avis n’est pas du tout partagé par de nombreux autres partis qui veulent inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution. C’est le cas du PS qui voudrait organiser des auditions au Parlement sur le sujet pour savoir comment cela peut être réalisé. Les socialistes francophones sont rejoints en ce sens par Écolo/Groen, le PTB, l’Open Vld et Vooruit. Les Engagés sont également favorables à condition de préciser les modalités, affirme le président Maxime Prévot.

Seule note dissonante côté francophone: le MR. Son président Georges-Louis Bouchez a prôné une approche "plus intelligente". "Si on commence comme ça, la Constitution aura bientôt 200 pages", juge-t-il, comme le relaye Het Laatste Nieuws. "Je pense qu’il serait préférable d’introduire un principe général tel que ‘le droit de décider de son propre corps’".

Un allongement à 18 semaines qui se fait attendre

Autre débat qui revient en force suite à la décision américaine: celui d’allonger le droit de l’avortement de 12 à 18 semaines après conception. Pour Sophie Rohonyi, députée Défi, ce devrait être la priorité absolue. Elle accuse même le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, de faire "diversion" avec la proposition sur l’inscription à la Constitution. Celui-ci réfute, affirmant vouloir attendre les conclusions d’un groupe d’universitaires actuellement occupé à évaluer cette possibilité. Leur conclusion devrait arriver d’ici la fin 2022.

Le PS est en ce sens rejoint par un parti pourtant connu pour être conservateur sur le plan social: le CD&V. En 2020, les chrétiens flamands étaient farouchement opposés à l’allongement de la possibilité d’avorter. Depuis, le parti pourrait voir sa position sensiblement changer. "Nous avons indiqué qu’il devrait y avoir un comité d’experts pour mener une enquête multidisciplinaire pour voir comment le faire au mieux", a déclaré le président du CD&V, Sammy Mahdi, dans De Zevende Dag. "Nous regardons cela scientifiquement et non idéologiquement", ajoute la députée Els Van Hoof, comme le fait savoir le Nieuwsblad.

Peu de changements en 32 ans

Depuis 1990, année où la loi a permis l’avortement en Belgique, l’IVG n’est permise que jusqu’à la 12e semaine. Les femmes enceintes doivent également se plier à un délai de réflexion obligatoire de six jours (sauf raison médicale urgente). Des députés voudraient faire passer ce dernier à 48 heures. Le non-respect de ces conditions expose à des sanctions. La dépénalisation complète se fait encore attendre, malgré une sortie de l’IVG du Code pénal en 2018.

En 1990, le droit à l’avortement avait été approuvé par 126 voix pour, 69 contre et 12 abstentions. À l’époque, avait voté pour tous les députés socialistes (francophones et flamands), FDF (depuis devenu Défi), Écolo et PVV (aujourd’hui Open Vld). Au PSC (ancêtre des Engagés), il y avait eu quatre abstentions. Au PRL (précurseur du MR), deux députés avaient voté contre. Tous les députés socio-chrétiens flamands avaient fait pareil.

Sur le même sujet
Plus d'actualité