Restitution de la dépouille de Patrice Lumumba: Alexander de Croo présente des excuses

Le Premier ministre De Croo a admis une responsabilité morale de ministres belges dans l'assassinat en 1916 de Patrice Lumumba, qui fut  le premier 1er ministre du Congo indépendant.

De Croo et le premier ministre congolais
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Le Premier ministre Alexander De Croo a reconnu lundi que plusieurs ministres du gouvernement belge en fonction au début des années 1960 portent " une responsabilité morale " quant aux circonstances qui ont conduit au " meurtre ", le 17 janvier 1961, de l’éphémère premier Premier ministre congolais, Patrice Emery Lumumba, et a présenté des " excuses ".

C’est une vérité douloureuse et désagréable. Mais elle doit être dite ", a-t-il affirmé lors d’une cérémonie organisée au Palais d’Egmont à Bruxelles à l’occasion de la restitution de la dépouille de M. Lumumba – en fait une unique dent qui lui est attribuée – à sa famille, en présence du Premier ministre congolais Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge.
Cette " relique " avait été remise peu auparavant par le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw, à trois enfants de M. Lumumba dans un écrin contenant cette dent, que l’un des exécutants de sa disparition, un ancien policier, a conservé durant des années, avant sa saisie par la justice belge.

Les ministres, diplomates, fonctionnaires ou militaires belges n’avaient peut-être pas l’intention de faire assassiner Patrice Lumumba, aucune preuve n’a été trouvée pour l’attester. Mais ils auraient dû percevoir que son transfert au Katanga (une province du sud-est du Congo en pleine sécession, ndlr) mettrait sa vie en péril. Ils auraient dû prévenir, ils auraient dû refuser toute aide pour le transfert de Patrice Lumumba vers le lieu où il a été exécuté. Ils ont choisi de ne pas voir. Ils ont choisi de ne pas agir ", a ajouté M. De Croo.

Un homme a été assassiné pour ses convictions politiques, ses propos, son idéal. Pour le démocrate que je suis c’est indéfendable, pour le libéral que je suis c’est inacceptable. Et pour l’humain que je suis c’est odieux ", a-t-il poursuivi.

Cette responsabilité morale du gouvernement belge, nous l’avons reconnue et je la répète à nouveau en ce jour officiel d’adieu de la Belgique à Patrice Emery Lumumba. Je souhaiterais ici, en présence de sa famille, présenter à mon tour les excuses du gouvernement belge pour la manière dont il a pesé à l’époque sur la décision de mettre fin aux jours du premier Premier ministre " de l’ancienne colonie belge, a encore dit le chef du gouvernement fédéral.

La lettre courageuse du roi Philippe

Il a rappelé que voici vingt ans, le ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, avait exprimé ses profonds regrets à la famille et au peuple congolais, dans la foulée des travaux d’une commission d’enquête parlementaire. " Des profonds regrets, le Roi Philippe en a lui aussi formulés, il y a deux ans, dans une lettre adressée au président congolais Félix Tshisekedi. Et il les a réitérés en personne lors de sa visite officielle au Congo il y a quelques jours. De profonds regrets qui avaient cette fois pour objet, de manière plus globale, les actes de violence et de cruauté commis à l’époque de l’État indépendant du Congo. De profonds regrets pour les souffrances et les humiliations infligées pendant la période coloniale ", a dit M. De Croo.

Il a qualifié cette lettre de " courageuse " et " généreuse ", comme l’a reconnu M. Tshisekedi. " Une lettre nécessaire aussi. Car pour envisager notre futur ensemble, nous devons qualifier sans ambiguïté les passages sombres de notre passé commun. Il le faut si nous voulons tourner une page et entamer un nouveau chapitre de notre Histoire ", a-t-il lancé.

Selon M. De Croo, la période coloniale, comme toute époque de l’Histoire, est soumise à interprétation et réinterprétation. " Néanmoins, déjà à l’époque de l’État indépendant du Congo (EIC, 1885-1908), de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les abus et les violences. Ces voix ne se sont plus jamais tues ", a-t-il souligné.
Il a rappelé que le Roi s’était exprimé début juin à Kinshasa devant le peuple congolais en affirmant que " le régime colonial comme tel était basé sur l’exploitation et la domination ".

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