Pourquoi le nombre de suicides dans les centres d’asile augmente

Depuis 2017, on remarque une hausse dramatique du nombre de suicides au sein des centres d’asile en Belgique. Comment expliquer cette augmentation ?

Petit Château Bruxelles
Les migrants font la file devant le « Petit-Château » à Bruxelles, un centre d’accueil coordonné par Fedasil © Belga Image

Selon les experts, interrogés par les journaux de Mediahuis plusieurs facteurs entrent en jeu . Il y a d’abord les longs délais d’attente, auxquels s’ajoutent les procédures complexes en vue d’une possible intégration. De plus, l’environnement des demandeurs d’asile est loin d’être aidant. La violence accrue et le surpeuplement qui semblent régner dans les centres d’asiles peuvent contribuer à la souffrance psychologique et à la dépression.

Dans les centres en Flandre, le nombre d’actes désespérés est passé de 12 en 2017 à 38 en 2021, en Wallonie de 9 à 30. Le nombre de cas d’automutilation a également plus que doublé au cours de cette période. C’est ce qu’il ressort des chiffres que le député Theo Francken (N-VA) a demandé au cabinet du secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V).

Des chiffres à prendre avec des pincettes

Cependant, dans une réponse écrite, la porte-parole de Fedasil relativise fortement ces chiffres : " Pour l’année de départ 2017, il manque quatre mois. Ces chiffres ne sont donc pas représentatifs. " Selon Fedasil toujours, il est également " impossible de tirer des conclusions sur la base de chiffres absolus ". Le nombre total de résidents du réseau d’accueil est passé de 17.788 à 27.676 personnes au cours de cette période, soit près de 10.000 personnes de plus. " Sur cette base, il est impossible d’affirmer qu’il y a une augmentation ", a précisé Mieke Candaele de Fedasil.

Comment expliquer le manque de place ?

Depuis la crise migratoire qui a touché l’Europe au début de 2015, le manque de place dans nos centres d’accueil a souvent été dénoncé et des facteurs récents ont aggravés la situation.

Tout d’abord, les inondations catastrophiques de mi-juillet, l’an dernier, ont eu de sérieuses conséquences sur le nombre de place disponible. Selon le cabinet du secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, les inondations ont entrainé la perte de 1000 places d’acceuil, soit parce qu’elles ont été endommagées, soit parce qu’elles sont occupées par les sinistrés. 

Ensuite, l’opération Red Kite réalisée en août a fait arriver de nombreux réfugies d’Afghanistan, surchargeant nos centres déjà surmenés. Pour rappel, cette opération militaire s’est déroulée entre le 20 août et le soir du 25 août. Les 1412 personnes que la Belgique avait prises sous sa protection ont été évacuées de l’aéroport de Kaboul, alors que la ville avait été reprise par les talibans après une reconquête éclair du pays, à quelques jours du départ des forces occidentales fin août.

Enfin, le règlement de Dublin n’arrange pas la situation. Selon le cabinet du secrétaire d’État, de plus en plus de migrants ont soit aussi demandé l’asile dans un autre pays (européen ou tiers – comme la Turquie, par exemple-) et doivent être donc renvoyé vers ce pays, soit ils ne peuvent pas obtenir le statut de réfugié en Belgique et doivent être rapatrié. Cette procédure prend du temps, des ressources et de l’énergie que les associations n’ont plus.

 

Contraints de faire des choix

 

" Le système d’accueil est saturé, on doit faire des choix ", assume Benoit Mansy de Fedasil. Le nombre de places est pourtant passé de 30 500 en 2022 à 28 000 en janvier 2021. Mais pour le porte-parole de l’agence, " la saturation s’explique par une part plus importante de personnes qui entrent dans le dispositif que de ceux qui n’en sortent ". En moyenne, un exilé est accueilli un an et demi dans un centre, période correspondant à la durée de traitement de son dossier d’asile.

" On continue de chercher des solutions mais ce n’est pas toujours évident et ça prend du temps ", se justifie Benoit Mansy.

Toute personne ayant des idées suicidaires peut contacter la ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide au 0800 32 123 (elle est anonyme, gratuite et disponible 24h/24). Plus d’infos sur www.preventionsuicide.be.

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