Dans les coulisses d’un hôpital pour animaux sauvages

À la rencontre des centres de revalidation pour animaux sauvages, structures méconnues qui subsistent uniquement grâce aux dons de la population et à la passion des bénévoles.

oisillons dans un hôpital pour animaux sauvages
Les bénévoles du Creaves de Thorembais-Saint-Trond se relaient sept jours sur sept pour le bien-être animal. © Bastien Mertens

Si vous trouvez un chat blessé, vous pouvez vous diriger vers un vétérinaire ou un refuge. Pour les animaux de ferme, d’autres solutions existent. Mais pour un nid de tourterelles ou un hérisson, que faire? Une seule solution: le Centre de revalidation des espèces animales vivant naturellement à l’état sauvage (CREAVES). Ces entités sont ­malheureusement peu connues. Il s’agit à chaque fois de structures et d’ASBL agréées par la Région, mais qui subsistent uniquement grâce à des dons et des bénévoles. La réalisation de leur mission, le soin et le retour à la vie sauvage de milliers d’animaux, ne tient pas à grand-chose. Nous avons mené l’enquête sur le terrain.

À l’arrière d’une maison d’un quartier résidentiel de Thorembais-Saint-Trond se trouve le Creaves de Perwez. Une fois la cour traversée, une vieille grange aménagée et bricolée avec les moyens du bord abrite des centaines d’animaux: beaucoup de hérissons et d’oiseaux, mais aussi des fouines, renards et lièvres. Un spectacle impressionnant et émouvant. Cela fait un an à peine que la Grange Sauvage a vu le jour afin de combler le manque entre Wavre et Liège.

Une intention louable, mais un projet très difficile à mettre en place. En effet, outre les conditions pour obtenir l’agrément wallon, les sources de financement sont très réduites. “La Région rembourse 70 % des frais de gestion annuels, les médicaments, les frais liés aux animaux, mais uniquement pour ceux relâchés, alors que beaucoup décèdent ou doivent être finalement euthanasiés, explique Alan Gilson, un des gestionnaires du centre, assis sur des congélateurs de souris et poussins. Depuis l’ouverture, nous n’avons encore rien reçu, donc les autres administrateurs et moi continuons de sortir de l’argent de nos économies.”

Bénévolat

Pour le reste (équipements, frais de vétérinaire, frais pour les animaux décédés notamment), c’est la débrouille. Les Creaves doivent se reposer sur des aides communales parfois, mais surtout sur les dons des citoyens. Sans rentrées d’argent régulières, ces hôpitaux pour animaux sauvages n’ont pas d’autre choix que de travailler avec des bénévoles. Et il en faut beaucoup. Ce mercredi matin, ils étaient cinq pour nettoyer les cages, nourrir les oisillons, soigner les blessures, accueillir les nouveaux pensionnaires… “Nous pouvons compter sur une trentaine de bénévoles et en avons besoin d’environ 9 par jour: 4 ou 5 le matin, 3 l’après-midi et 2 le soir.” Et cela 7 jours sur 7, même les jours fériés.

animal sauvage blessé

© Bastien Mertens

S’occuper d’animaux sauvages n’a rien de naturel. Il faut apprendre des gestes et pratiques spéci­fiques, mais aucune formation n’existe. Souvent même, les vétérinaires n’y sont pas habitués. “La seule solution, c’est la transmission. C’est pour ça que nous avons besoin de régularité. Mais il est difficile de trouver des personnes qui ont du temps en journée chaque semaine. Les profils sont souvent de jeunes retraités, ou des mères de famille dont les enfants ont quitté la maison et ne travaillent pas.

Meilleur encadrement

Il existe à peine plus d’une quinzaine de Creaves en Wallonie pour un peu moins de 17.000 km², dont beaucoup de champs et de forêts. Et certains d’entre eux ne peuvent pas accueillir tous types d’animaux. Si les centres sont plutôt bien répartis dans le nord du territoire, plus bas, il en manque beaucoup. Au sud de la Meuse, il n’y en a que deux: celui de l’Aquascope de Virelles, un des plus anciens, et celui de Hotton. Mais de l’Ourthe à Arlon, il n’y en a aucun, dans l’arrondissement de Dinant non plus.

Il n’y a pas beaucoup de gens qui feraient deux heures de route pour un hérisson ou un moineau”, raconte Juliette Economides. Pour trouver son Creaves, il faut s’éloigner d’Andenne jusqu’à avoir l’impression d’arriver dans les bois. Et là, au bout d’une petite route entre les champs, le rez-de-chaussée de son habitation a été transformé en centre de soins depuis janvier 2020. Un concerto d’oisillons accueille les arrivants. “Mais il ne faut pas pour autant laisser n’importe qui ouvrir un Creaves. Il faut des contrôles réguliers.

lapin sauvage blessé dans un hôpital

© Bastien Mertens

Aux dires des responsables de centres, un meilleur encadrement global serait nécessaire. Notamment une structure qui chapeauterait les Creaves, qui travaillerait à la communication, à l’accompagnement ainsi qu’à la coordination. Aujourd’hui, seule une personne s’occupe du réseau à la Région. “C’est un milieu très particulier, avec des besoins et pratiques spécifiques. Nous devrions être représentés par quelqu’un qui connaît vraiment notre métier”, insiste notre soigneuse.

Grâce à une organisation précise et de l’aide ­administrative, Juliette se débrouille avec les dons qu’elle reçoit et sa petite équipe de bénévoles. Malgré cela, ce sont 2.200 animaux qui passent dans ses cages ou dans ses 100 m² de volières chaque année. “Pour 2022, on est déjà à 700. Entre 10 et 30 par jour, selon la météo.” Une réforme de l’arrêté du gouvernement wallon qui encadre les Creaves devrait toutefois être votée prochainement. Les ­responsables de centres ont été consultés. Il est plus que temps. L’arrêté original datait de 1997 et n’est plus adapté à la réalité des centres d’aujourd’hui. Cette modification a pour objectif “un soutien ­augmenté et facilité qui permette notamment une intervention au prorata des animaux accueillis, quels que soient l’espèce et le devenir des individus, et qui permette une intervention sur des frais de personnel”, expliquait Céline Tellier, ministre wallonne de la Nature et du Bien-être animal, en avril 2021, reconnaissant une certaine lourdeur administrative et un manque de soutien financier régional. Même si on est encore loin d’avoir des structures entièrement financées par l’État et des salariés comme dans certains pays voisins, le Luxembourg notamment, les responsables de Creaves gardent tout de même le moral et une passion intacte pour les animaux malgré les difficultés. “C’est pour eux qu’on le fait”, affirme Juliette.

Les bonnes pratiques

Si la mission des Creaves est de soigner les animaux sauvages, inévitablement ces centres éduquent aussi la population et la sensibilisent dans sa relation à la nature. Si vous trouvez un animal blessé, prenez-le avec des gants ou un linge et placez-le dans une caisse percée. Il est important de ne pas lui donner à manger et boire et de ne pas essayer de le soigner. Pour les oiseaux, soyez attentif aux becs et aux griffes. Il est aussi conseillé d’éviter l’abattage d’arbres et la tonte de haies entre avril et août pour protéger les nids d’oiseaux.

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