Sécurité routière: permis à points, vitesse… Tout ce qui pourrait changer

En 2050, la Belgique veut réduire à néant le nombre d’accidents mortels sur la route. Différentes options sont étudiées, dont le permis à points et la réduction de la vitesse.

accident de voiture
Chaque année, entre 600 et 700 personnes meurent sur les routes belges. © Adobe Stock

Zéro décès en 2050. L’objectif est ambitieux. Car le défi est gigantesque. ­Chaque année, entre 600 et 700 personnes meurent sur les routes belges. Cela revient, pour 2019, la dernière année non confinée, à 57 par million d’habitants. C’est proportionnellement plus que chez nos voisins néerlandais (34 par million d’habitants), allemands (37 par million d’habitants) et luxembourgeois (36 par ­million d’habitants). La réduction jusqu’à un quart du nombre d’accidents observés en 2020 et 2021 est artificielle. Au premier trimestre 2022 d’ailleurs, une centaine de personnes ont perdu la vie sur la route, soit autant qu’en 2019 à la même période.

Des efforts ont déjà été faits. En quinze ans, le ­nombre d’accidents mortels a diminué de moitié. “Il est difficile d’établir le lien de cause à effet entre une campagne de sensibilisation et le nombre d’accidents. Certains indicateurs externes influencent ce rapport. Par exemple, s’il pleut lors d’une campagne Bob, on pourrait déduire qu’elle n’a pas eu d’effet. Or on sait qu’il y a plus d’accidents en cas de mauvais temps. Toutefois, on peut attester que la sensibilisation porte ses fruits”, entame Benoît Godart, porte-parole de Vias.

Trois chantiers

Le challenge n’en demeure pas moins aussi gigan­tesque que le coût des accidents pour la société: 13 milliards d’euros par an, soit 2,9 % du PIB belge. Belinda Demattia, porte-parole de l’Agence wallonne pour la sécurité routière, cite trois inquié­tudes actuelles. Premièrement, à la veille des départs en vacances, la fatigue au volant. Les études ­démontrent qu’un conducteur sur vingt est “somnolent”. Des actions de sensibilisation de l’AWSR s’apprêtent à occuper le bord des autoroutes et les réseaux sociaux pour sensibiliser à l’importance de s’arrêter toutes les deux heures. “On mène à la fois des campagnes de grande ampleur généraliste et on ­communique des conseils pratico-pratiques. Par ­exemple, avant de prendre la route des vacances, préparer un en-cas pour les enfants pour ne pas avoir à détacher sa ceinture tout en conduisant”, illustre-t-elle.

Deuxièmement, l’alcool et les stupéfiants. Lors de la dernière campagne Bob de la police fédérale l’hiver dernier, 2,6 % des conducteurs ont été ­contrôlés positifs. Il s’agit du taux le plus élevé des cinq dernières années. En outre, la crise sanitaire a eu un impact négatif sur le comportement des ­jeunes conducteurs: en Wallonie, 30 % des ­conducteurs de moins de 34 ans ont pris le volant sous l’influence de drogues, soit 2 fois plus qu’il y a un an. Une partie importante de ces derniers (38 %) combine drogues et alcool. Troisièmement, les excès de vitesse. Un tiers des accidents de la route ont lieu lorsque les limites sont dépassées. Plus généralement, une équipe de recherche ­britannique a démontré que la vitesse jouait un rôle dans la moitié des accidents mortels. “On a réussi grâce aux campagnes à induire une réprobation de l’alcool au volant. On le voit d’ailleurs lorsque des caméras accompagnent la police lors des contrôles, aucun automobiliste ne souhaite témoigner. Par ­contre en cas d’excès de vitesse, nombreux sont ceux qui acceptent”, constate Benoît Godard.

voiture à toute vitesse

© Unsplash

Des solutions au point

Face à ces maux, plusieurs pistes de solutions sont sur la table. Les campagnes de sensibilisation en représentent une. Belinda Demattia insiste sur une autre: améliorer l’usage des outils existants. Le suivi des infractions de roulage, par exemple, n’est pas toujours idéal en raison de la lenteur de la justice, débordée. Alors certains dossiers passent à la trappe. La solution qui fait parler ces derniers jours, celle du permis à points comme en France, peut donc potentiellement avoir du bon, à condition de s’en donner les moyens.

La Belgique est à la traîne lorsqu’il s’agit de suivre et de sanctionner les infractions routières pas assez ­graves pour que leur auteur comparaisse devant le ­tribunal. Le permis à points est un moyen de donner une suite adéquate à ces infractions”, réagit le porte-parole de Vias. Il appuie son argumentaire sur des chiffres: un accident sur trois implique un récidiviste. Le ministre Gilkinet a annoncé qu’il déposerait une proposition de permis à points sur la table du gouvernement si possible avant le 21 juillet. Une perspective accueillie avec réserve dans les rangs du PS et du MR.

Pas comme en France

Précisons que la formule belge ne serait pas la ­française. Il n’y aurait pas chez nous de retrait “à l’aveugle”. Au bout d’un certain nombre de points perdus, l’automobiliste serait simplement obligé de passer devant un juge. “Aujourd’hui, un Belge peut conduire à 150 km/h sur l’autoroute, être contrôlé avec une alcoolémie de 0,7, puis être pris pour GSM au volant, et ne jamais être inquiété par autre chose que des amendes. C’est une exception belge et ce n’est pas normal.” Par ailleurs, une réduction de la vitesse maximale est à l’étude. Cette idée est surtout défendue en Flandre par le ministre de la Mobilité Ben Weyts (N-VA). Cette orientation dictée par une étude de l’Université d’Anvers conclut que la réduction de la vitesse moyenne de un kilomètre par heure réduit le nombre de décès d’environ 5 %. Il ne s’agit pas cependant d’une solution miracle. Les Pays-Bas ont baissé la vitesse de plusieurs auto­routes de 130 à 100 km/h il y a deux ans. Aujourd’hui, ils songent à faire marche arrière car trop d’automobilistes utilisent plutôt des routes alternatives moins contrôlées. Par contre, il est prouvé que baisser la vitesse ne fait pas perdre de temps aux automobilistes. Dans ce cas, les embouteillages sont moins importants, car il y a moins de différence de vitesse entre les plus rapides et les plus lents. Le trafic est donc plus fluide.

Enfin, la technologie évidemment peut aider. “Ce n’est pas légal en Belgique, mais des caméras peuvent par exemple détecter l’usage du téléphone au volant. Des voitures peuvent être équipées de ­système empêchant le démarrage si le conducteur a bu de l’alcool”, illustre Benoît Godart. Sans oublier les voitures autonomes qui pourraient aussi empêcher des drames.

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