Délinquants sexuels: un suivi spécialisé plutôt que la prison?

Agir en amont, pour limiter les risques de récidive. C’est la fonction des centres d’appui spécialisés dans le suivi des délinquants sexuels. Ces centres nécessitent aujourd’hui un refinancement massif.

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Le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld), le confirmait récemment : les cas de pédopornographie signalés ont fortement augmenté ces dernières années. Pendant les confinements de 2020, leur nombre avait tout simplement triplé. Et en 2021, Child Focus recevait un nombre record de 2.147 signalements d’images d’abus sexuels sur mineurs, via sa plateforme d’assistance stopchildporno.be.

Lorsqu’ils sont déclarés coupables, les délinquants sexuels passent majoritairement par la case prison. "Il y a 15 ans, nous n’avions quasiment pas de cas de pédopornographie tandis qu’aujourd’hui, il s’agit d’un dossier sur trois", cadrait pour la DH Julien Lagnaux, directeur de l’UPPL, l’Unité de psychopathologie légale, dont la fonction est de soutenir les thérapeutes et le système de soins dans le traitement des délinquants sexuels.

"Messages de bisounours"

Parmi les nombreux facteurs qui peuvent potentiellement expliquer cette hausse, l’amélioration des techniques policières et la traque des délinquants sur le net. "Ces personnes sont plus facilement repérées et arrêtées car les outils de la police sont plus sophistiqués qu’avant", appuyait Julien Lagnaux. Pour lui, c’est clair : il faut privilégier dès que possible un accompagnement personnalisé, plutôt que de faire appel systématiquement à l’incarcération.

Un message peu apprécié par le président du MR, Georges-Louis Bouchez. "La place d’un délinquant sexuel est en prison et pour longtemps. On peut bien évidemment les y accompagner mais ces messages de bisounours sont simplement scandaleux pour les victimes et la société en général", a commenté le libéral sur Twitter.

Récidive à 7%

Selon une étude lancée en 2011 et menée conjointement par l’UPPL et le Centre de recherche en défense sociale (CRDS), l’accompagnement est en effet décisif pour se prémunir contre la récidive. La prison, à elle seule, ne résout rien, ou presque. Selon cette étude, les délinquants sexuels encadrés par des centres spécialisés (en collaboration avec les Maisons de justice) voient en effet leur risque de récidive descendre à 7%. Lorsqu’un condamné va au bout de sa peine sans avoir fait l’objet d’un accompagnement spécialisé, le taux de récidive monte par contre à 27%.

"On a tendance à soutenir la prise en charge des victimes et c’est indispensable, mais il faut aussi prendre en charge les auteurs d’infractions sexuelles car cela permet de facto de protéger les futures potentielles victimes. Ces centres permettent de faire réfléchir les délinquants sexuels aux actes qu’ils ont commis, de comprendre les conditions de vie dans lesquelles ils ont évolué et qui peuvent justifier un tel passage à l’acte", insistait dans la DH Julien Lagnaux.

Or aujourd’hui, ces centres d’appui spécialisés, qui avaient vu le jour suite à l’affaire Dutroux, subissent de lourds désinvestissements. À Bruxelles, le nombre de dossiers gérés par le centre d’appui régional a bondi de 203%. Dans le même temps, la subvention versée par le SPF Justice n’a elle augmenté que de 3%. Ce qui ne couvre "même pas à l’indexation des salaires du personnel", regrettait la députée fédérale Sophie Rohonyi (Défi), qui a interpellé à ce sujet le ministre de la Justice, en commission de la Chambre. Pour répondre au problème, Vincent Van Quickenborne a indiqué plancher sur un nouveau cadre légal octroyant plus de moyens aux centres d’appui.

En amont de tels centres, d’autres pistes existent pour réduire les agressions sexuelles. En juin 2021, un service d’écoute et d’orientation spécialisé (Séos) a vu le jour ; un numéro gratuit à appeler est disponible pour tenter d’éviter le passage à l’acte.

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