Vers une circonscription fédérale pour "soigner" la démocratie belge?

Pour les libéraux flamands, « le système actuel récompense les responsables politiques qui fustigent l'autre communauté » du pays. Face à ce constat, l’Open Vld déterre l’idée d’un arrondissement électoral fédéral.

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Le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert, en février 2022 à la Chambre @BELGAIMAGE

Deux opinions publiques, deux espaces électoraux, deux démocraties. L’image d’une Belgique coupée en deux ressurgit régulièrement dans le débat politique. Selon Patrick Dewael, "le système actuel récompense les responsables politiques qui fustigent l’autre communauté" (propos relayés par De Standaard). Pour le député de l’Open Vld, "cela génère une spirale négative qui mène au blocage".

C’est pourquoi, avec son président de parti, Egbert Lachaert, il vient de déposer une proposition de loi visant à instaurer un arrondissement électoral fédéral qui désignerait 20 des 150 députés à la Chambre. "Alexander De Croo [le Premier ministre, justement issu de l’Open Vld, ndlr] n’a aucun compte à rendre en Wallonie, car personne ne peut y voter pour lui", a commenté le chef des libéraux flamands. "Ce n’est pas normal".

(Re) coller les morceaux entre Flamands et Francophones, en permettant aux électeurs du nord du pays de voter pour des politiciens du sud (et vice-versa) : l’idée n’est pas neuve. Depuis les années 1970 et 1980, et surtout les années 2000, à travers la proposition du Groupe Pavia(centré autour du philosophe Philippe Van Parijs) le projet d’une circonscription fédérale revient régulièrement dans le débat politique belge. À rebours de la tendance centrifuge imprimée par les différentes Réformes de l’Etat.

Les Verts et le MR favorables

Pour ses défenseurs, une circonscription fédérale favoriserait le dialogue entre communautés. Réagissant à la proposition de l’Open Vld, Gilles Vanden Burre, chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, a jugé vendredi qu’une telle circonscription serait "nécessaire pour mieux faire fonctionner notre démocratie belge". "Ce pays aspire à plus de coopération et de dialogue (..)Une circonscription fédérale peut y contribuer. C’est précisément la raison pour laquelle nous voulons également rendre possibles les listes multilingues dans une telle circonscription fédérale, contrairement à la proposition Open Vld".

En plus des écologistes -côté flamand, Groen y est également favorable- le MR s’est montré ouvert à l’idée.  "Les libéraux travaillent à une Belgique plus forte, plus efficace. Arrêter la division et mettre en place les réformes libérales dont notre pays a besoin", a tweeté le président du MR Georges-Louis Bouchez.

De son côté, le président des Engagés Maxime Prévot suggère une alternative au mécanisme. Il propose "dans l’esprit de la circonscription fédérale, que les citoyens aient une voix supplémentaire pour voter pour des partis d’une autre communauté linguistique. Les politiques seraient ainsi amenés à considérer les préoccupations de l’ensemble des citoyens belges" , a-t-il partagé.

Pas de majorité des deux tiers

Pour ses détracteurs wallons, la circonscription fédérale risquerait de trancher un cordon sanitaire plus solide au sud du pays et de mettre en place en Wallonie une tribune pour des partis d’extrême droite, comme le Vlaams Belang. D’autres craignent de voir la proximité entre les élus et la population se réduire avec l’agrandissement de leur périmètre électoral.

Comme le rappelait le chercheur Dave Sinardet, les familles socialistes et les chrétiens-démocrates flamands ont longtemps été opposés à un tel projet, de crainte de perdre de leur influence dans une "logique ‘de chacun chez soi’". Le CD&V, le Vlaams Belang et la N-VA ont d’ailleurs affiché leur opposition, ce qui exclut tout majorité côté flamand. Or, si l’article relatif de la Constitution est actuellement ouvert à révision, il nécessite une majorité des deux tiers au Parlement pour être modifié. De quoi enterrer la proposition libérale, en tout cas dans l’état actuel du rapport de force à la Chambre.

"La proposition de l’Open Vld s’arrête là où les problèmes se posent" , a commenté le chef de groupe nationaliste à la Chambre, Peter De Roover. "Les élus qui seront choisis dans cet arrondissement unitaire le seront-ils par rôle linguistique? Seules les voix de préférence seront-elles prises en compte? Ce serait bien que le parti fasse la clarté à ce sujet avant de se répandre dans les médias", a-t-il déploré, ajoutant :"L’Open Vld est clairement à la recherche d’une formule magique pour susciter un sentiment belge auprès de la population. Il veut pour cela utiliser une technique qui n’est appliquée dans aucun autre État fédéral. On peut bien évidemment toujours essayer de stimuler le sentiment belge, mais pas en chipotant à notre loi électorale", a conclu M. De Roover.

(A.P., avec Belga)

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