Les Belges, pires conducteurs d’Europe: vraiment?

Le nouveau baromètre de la conduite responsable n'honore pas les Belges sur plusieurs points... mais il y a pire.

Conducteur avec smartphone
Une personne utilisant son smartphone tout en étant au volant @BelgaImage

Vous prendrez la route au cours du week-end d’Ascension qui se profile? Alors la Fondation Vinci a pensé à vous! L’organisation vient de sortir ce 24 mai son nouveau baromètre de la conduite responsable, menée dans 11 pays européens. Sur base de ces résultats, la presse dresse un sale portrait des Belges. Ce sont eux les plus stressés, annonce le Nieuwsblad. Pour Le Soir, ils sont "parmi les plus dangereux d’Europe". Des déclarations basées sur l’un ou l’autre chiffre de l’étude de Vinci. Sauf que dans cette dernière, il y a de très nombreuses statistiques. En prenant le baromètre dans sa globalité, le constat est un peu plus nuancé.

Les Belges avec leurs défauts et leurs qualités

Pour sonder les Européens sur leur conduite, Vinci leur a soumis des dizaines de questions. Forcément, dans le tas, les Belges arrivent à se distinguer dans quelques catégories. Les Belges sont par exemple les rois pour conduire sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants (39%). Idem pour oublier de ralentir dans une zone de travaux (63%). Ils sont aussi les plus enclins à prendre le volant tout en étant au-dessus de la limite d’alcool autorisée s’ils estiment ne pas en ressentir les effets (19%). Et comme le dit le Nieuwsblad, quand ils s’estiment eux-mêmes sur leur conduite, les Belges se distinguent en n’étant que 47% à se dire calme sur la route.

Et… c’est tout. Sur près de cent classements du genre, les Belges se limitent à ces quatre records. Alors oui, ils sont aussi les deuxièmes, ex-aequo avec les Italiens, pour abuser du klaxon (56%). Oui, ils ont une tendance marquée à s’arrêter ou stationner sur une piste cyclable (21%) et pour oublier de mettre le clignotant pour doubler (55%). Mais globalement, chaque pays se distingue par l’une ou l’autre habitude répréhensible à un moment ou un autre de l’étude.

Certes, cela n’excuse pas les Belges pour leurs défauts. Mais qu’ils se consolent, ils sont parfois aussi… les meilleurs élèves de l’Europe. S’ils se disent stressés, les Belges sont aussi ceux qui s’estiment les plus courtois au volant (47%). Ils sont aussi, avec les Français et les Espagnols, les plus enclins à ne pas circuler sur la bande d’arrêt d’urgence (8%). Avec les Néerlandais, ils sont ceux qui regardent le moins un film ou une vidéo au volant (6%). Enfin, nous sommes ceux à mettre le moins souvent un casque ou des écouteurs en voiture (18%) et à participer à des réunions téléphoniques pour le travail (8%).

Les Grecs, de vrais cancres

N’en concluez pas non plus que les Belges seraient des exemples pour l’Europe. À vrai dire, il est difficile de faire des généralisations du genre. Comme la Belgique, les autres pays ont tous leurs défauts et les qualités. Cela dit, si on veut se prêter au jeu des bons et des mauvais élèves, il y a quand même quelques résultats qui attirent l’attention.

Au rayon des incivilités par exemple, les Grecs sont les plus indisciplinés. Pour cause: ils détiennent plusieurs records subsidiaires en la matière. Ce sont eux qui injurient le plus les autres conducteurs, qui klaxonnent le plus de façon intempestive et qui collent délibérément le plus souvent les véhicules qui les énervent.

Et ce n’est qu’un avant-goût! Ils se distinguent aussi dans le très long chapitre portant sur la prévalence des comportements dangereux. Ici, place à un festival de records pour les Grecs dans de nombreuses catégories: circuler sur la voie du milieu quand celle de droite est libre (71% contre 51% pour les Belges), franchir une ligne continue pour dépasser ou faire demi-tour (64% contre 37%), porter un casque ou des écouteurs au volant (50% contre 18%), téléphoner en conduisant sans kit mains libre (41% contre 16%), conduire sans sa ceinture de sécurité (48% contre 14%), circuler sur une voie de bus (37% contre 21%), et circuler sur la bande d’arrêt d’urgence (27% contre 8%). Ils sont aussi reconnus pour quelques autres comportements à risque: conduire en étant très fatigué (43% contre 36%)  ou en ressentant les effets de l’alcool (9% contre 8%).

Là où les Grecs se rattrapent, c’est qu’ils font particulièrement attention avant d’effectuer de longs trajets. Ils arrivent premiers dans quasi toutes les initiatives possibles pour se prémunir d’un éventuel pépin (pression des pneus, vérifier les deux ou le niveau d’huile, etc.)

Bilan pas très glorieux pour les Suédois et les Polonais

Mais les Grecs ne sont pas les seuls à se faire remarquer. Les Suédois sont aussi les détenteurs d’un nombre important de records dans des catégories très peu glorieuses: pas de respect des distances de sécurité (71% contre 57% des Belges), téléphoner en conduisant avec un haut-parleur (62% contre 57%), oubli du clignotant pour doubler (59% contre 55%), participation à des réunions téléphoniques pour le travail tout en étant au volant (24% contre 8%), se garer sur une place pour véhicule électrique (16% contre 11%). Tout au contraire des Grecs, ils sont presque toujours ceux à prendre le moins de précautions avant de faire de longs trajets.

Les Polonais se distinguent aussi dans plusieurs autres catégories: téléphoner sans kit mains libres (41% comme les Grecs), paramétrer son GPS au volant (57% contre 53% des Belges), signaler un événement via une application tout en conduisant (33% contre 18%), regarder un film ou une vidéo au volant (12% comme les Suédois contre 6%), conduite en état de fatigue (47% contre 27%). Et gros lot pour les Polonais: ce sont eux qui conduisent le plus longtemps sans s’arrêter (4h06, contre 2h56).

Gilkinet: "les habitudes de certains Belges doivent encore évoluer"

En résumé: non, il n’est pas possible d’affirmer que les Belges sont parmi les conducteurs les plus dangereux d’Europe. Il n’empêche, leurs mauvais résultats dans certaines parties du baromètre constituent une belle tâche sur leur bilan global. Cela n’a d’ailleurs pas échappé à Georges Gilkinet, le ministre de la Mobilité, qui a réagi aux conclusions de la Fondation Vinci. Ce baromètre "montre clairement que les habitudes de certains Belges doivent encore évoluer dans le sens d’un espace mieux partagé et de la sécurité pour toutes et tous", constate-t-il.

"Stationner sur une piste cyclable ou une place réservée aux personnes handicapées, oublier d’utiliser son clignotant, dépasser par la droite, injurier ou klaxonner… ce sont des gestes déplacés qu’il faut éliminer. Nous devons mettre un frein à ces incivilités trop fréquentes. Cela passe d’abord par un renforcement du travail de sensibilisation et une plus grande responsabilisation de chacune et de chacun. L’espace public appartient à tout le monde. Personne n’en est le roi. La sécurité et le respect de toutes et tous doivent être la norme!", conclut le ministre.

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