La Wallonie est-elle au bord de la faillite ?

La Wallonie ressemble-t-elle dans un état similaire à celui de la Grèce en 2010 ? Alors que s'ouvre un conclave budgétaire, la question se pose de nouveau.

Elio Di Rupo
Belga

C’est un épouvantail qui revient régulièrement, souvent remis sur le tapis, d’ailleurs, par Bart De Wever et la N-VA : la Wallonie serait à un niveau d’endettement comparable à celui de la Grèce en 2010. Elle est au bord du gouffre et rien n’est fait pour l’y en sortir.

Selon la plupart des économistes de la région, tout cela est très exagéré. " Il est regrettable que certains agitent régulièrement cette comparaison. Objectivement, la Wallonie n’est pas la Grèce ; elle ne risque pas la faillite ", a récemment répondu Joseph Pagano, professeur d’économie et de finances publiques à l’UMons, au Soir.

Région d’Europe en queue de peloton

Pour autant, la situation n’est pas exactement rose. L’endettement de la Wallonie est une lame de fond qui augmente depuis dix ans et la Région fait partie de ces régions d’Europe, comme le sud de l’Italie ou le nord de la France, qui n’ont pas réussi à rattraper leur retard économique et stagnent, voire régressent, depuis vingt ans.

Qu’à cela ne tienne, le ministre-président wallon Elio Di Rupo. Lequel, dans son discours sur l’état de la Région, appelle à " arrêter l’autoflagellation ", " donner tort aux défaitistes " et " faire taire les oiseaux de malheur ". Tout cela en annonçant que les paramètres " macro " ne sont pas favorables à une relance…

Le poids de la dette

Concrètement, qu’en est-il de la dette en Wallonie ? Elle était de 29 milliards d’euros en 2021 et on s’attend à ce qu’elle augmente à 48,5 milliards en 2030. Ce qui équivaut à 280% des recettes de la région. C’est ce qui fait dire au député Engagé François Desquennes que la Wallonie vit au-dessus de ses moyens, dépensant 125 euros quand elle en a 100 en poche.

C’est aussi la meilleure manière qu’on a de comparer la situation de la Wallonie à celle de la Grèce de 2010, dont le ratio dette/recettes était de 420%. Exagéré de comparer les deux, donc. Il n’empêche qu’au train où vont les choses, si rien n’est fait…

Que comprend cette dette ? Les crises, bien entendu : le Covid (environ 900 millions d’euros) et les inondations (environ 760 millions d’euros). Mais aussi la Fédération Wallonie-Bruxelles dont la situation est inquiétante (10 milliards de dette et 1 milliard de déficit par an, ce qui fait son poids, la Région wallonne étant le principal garant des finances de la FWB). Et surtout, les investissements structurels nécessaires dans le cadre de la transition verte et pour faire face, notamment, au vieillissement de la population (environ 7,6 milliards d’euros).

Effort budgétaire insuffisant

C’est dans ce cadre que l’ancien grand argentier wallon Jean-Luc Crucke tablait sur un effort budgétaire de 150 millions d’euros par an pendant dix ans pour boucher les trous. Le problème, c’est qu’il comptait sur une reprise dynamique. Or, après le Covid vint la guerre en Ukraine. La croissance est en berne… Les paramètres " macro " défavorables avancés par Elio Di Rupo.

Selon les économistes, deux grands défis s’élèvent devant les décideurs politiques : la soutenabilité de la dette et, particulièrement, la soutenabilité des charges de la dette, c’est-à-dire les intérêts. En gros, si les taux d’intérêts augmentent et que la croissance stagne, la dette s’autoalimente. Or, c’est bel et bien le scénario qui semble se profiler à l’horizon…

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