Bruxelles: comment lutter contre les discriminations homophobes?

Les discriminations vécues sur base de l'orientation sexuelle et/ou de l'identité et expression de genre sont trop peu rapportées à la police en Région bruxelloise.

lgbtqia+ homophobie discriminations transgenres 17 mai
Un nouvel espace communautaire LGBTQIA+ ouvrira ses portes sur le site des « Grands Carmes », en plein cœur de Bruxelles@BELGAIMAGE

Ce constat ressort d’une analyse par l’Observatoire bruxellois pour la prévention et de la sécurité (OBPS), en partenariat avec equal.brussels et l’association RainbowHouse Brussels, de 42 témoignages récoltés entre septembre 2019 et décembre 2020.

Sur ces 42 signalements, quatre seulement ont fait l’objet d’une plainte. Par ailleurs, en 2020, seuls 34 PV pour des faits de discrimination homophobe ont été enregistrés par la police en Région bruxelloise et à peine 13 dossiers ont été encodés comme "homophobes" par le parquet.

Sur les 12 affaires pour lesquelles le parquet s’est prononcé, 10 ont été classées sans suite, regrette Bruxelles Prévention et Sécurité (BPS).  Pourtant, les 42 témoignages reçus par la RainbowHouse révèlent "l’omniprésence des discriminations et violences liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre".

Et ce, dans l’espace public, les transports, l’horeca, sur le lieu de travail, internet, ou dans la sphère familiale. "À noter aussi, les violences émanant de représentants des institutions: policiers, contrôleurs de la STIB, agent d’une administration communale…"

Paradoxe

BPS note aussi un paradoxe concernant le quartier gay de la capitale. Si les personnes s’y sentent davantage en sécurité, "leur visibilité accrue y entraîne (…) davantage de faits de violence qu’ailleurs" .

Les victimes portent peu plainte, essentiellement par manque de confiance envers la police, souligne Bruxelles Prévention et Sécurité. Elles sont aussi nombreuses à penser que "le dépôt de plainte ne sert à rien – ce que le taux élevé de classement sans suite ne contredit pas ", remarque BPS.

Cette analyse de témoignages fait partie d’un projet-pilote visant à "affiner l’image des violences LGBTQIA+phobes" et qui s’est poursuivi depuis lors, faisant désormais l’objet d’une action du Plan bruxellois d’inclusion des personnes LGBTQIA+ (2022-2025).

Mieux former la police

"Nous entendons développer (…) certaines actions spécifiques en collaboration avec les associations de terrain, les administrations régionales et la police", assure Rudi Vervoort, ministre-président bruxellois. L’une d’elles tend à optimiser la récolte de données. Pour Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale chargée de l’Égalité des chances, le monitoring des plaintes au préalable est "indispensable". "Trop souvent, les victimes de ces violences renoncent à déposer plainte, alors qu’il s’agit d’une étape essentielle pour formaliser le préjudice subi, pour permettre aux victimes de se reconstruire, pour poursuivre les auteurs".

Enfin, estime Yves Bastaerts, directeur général adjoint de BPS, "une formation adéquate de la police sur ces problématiques, un enregistrement systématique des motifs de haine aux niveaux policier et judiciaire et un suivi effectif de ces dossiers sont des priorités à l’heure actuelle".

Créée en 2004, la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie est célébrée chaque 17 mai pour attirer l’attention sur les violences et discriminations subies par les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes, asexuelles et toute personne ne se reconnaissant pas dans les normes hétérosexuelles et cisgenres.

Un centre pluridisciplinaire

Un nouvel espace communautaire LGBTQIA+ ouvrira ses portes sur le site des "Grands Carmes", en plein cœur de Bruxelles, d’ici la fin de l’année, ont annoncé mardi les autorités locales à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie.

Ce projet, qui s’étend sur 1.800 mètres carrés, se veut pluridisciplinaire grâce à trois associations (Ex Aequo, Genres Pluriels, Tels Quels) et une fédération associative, la RainbowHouse Brussels. Il s’articulera autour de trois pôles: un centre communautaire dédié, notamment, à des manifestations culturelles et artistiques, un café à visée sociale et une Maison arc-en-ciel de la Santé (MACS). Le centre est situé au cœur du quartier Saint-Jacques, un lieu de divertissement privilégié par la communauté LGBTQIA+ à Bruxelles.

Le centre de santé permettra aux associations d’effectuer un travail de prévention et un suivi psycho-médico-social, à destination d’un public encore exposé à des discriminations dans la sphère médicale, comme l’a rappelé la secrétaire d’État à l’Égalité des Chances, Sarah Schlitz, dont le cabinet soutient les diverses composantes du projet.

"Il était primordial pour moi de soutenir le Centre communautaire Grands Carmes, une première en Belgique, qui regroupe des militants et militantes ainsi que leur expertise pour défendre l’accès aux soins de santé, l’émancipation individuelle et la production culturelle LGBTQI+ bruxelloise", a-t-elle déclaré.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité