"Labello Challenge": surmédiatisation ou réel danger pour les jeunes?

Sur TikTok, ce nouveau défi pousserait les ados au suicide. En Belgique, aucun drame en lien avec le #LabelloChallenge n’a encore été rapporté. Un nouvel exemple de légende urbaine née sur la Toile, dans la lignée des Momo Challenge ou Blue Whale Challenge ?

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@BELGAIMAGE

Né il y a près d’un an, le défi consistait dans un premier temps à échanger un baiser pour deviner le parfum du baume à lèvres de sa ou son camarade. On filmait le tout puis on diffusait la vidéo sur TikTok. Un challenge comme les réseaux sociaux en connaissent des centaines.

Sauf que les règles du jeu ont évolué, jusqu’à devenir beaucoup plus macabres: le #Labello Challenge ou "Jeu du Labello" implique désormais que si un participant se trompe dans l’identification du goût, il doit se scarifier et appliquer le baume à lèvre sur la plaie. Dans une autre version, le jeune utilise simplement le baume tous les jours. Mais dans tous les cas, une fois le tube vide, il doit se suicider.

Ces derniers jours, de nombreux médias francophones ont mis en garde contre la dangerosité du  "Labello Challenge". Sur Facebook, le compte "Je suis une Maman”, un groupe de partage de conseils destinés aux mères rassemblant plus de 500.000 membres, a sonné l’alarme: "Attention je tiens à avertir tous les parents d’une nouvelle " tendance " sur les réseaux sociaux, un jeu idiot et dangereux !".

"Soyez très vigilant si votre enfant vous demande un Labello", a prévenu une internaute dont le post est devenu viral. Et le ministère de l’Intérieur français s’est même fendu d’une mise en garde contre le challenge.

Une autre "légende urbaine"?

Bien que le hashtag "Labello Challenge se soit massivement diffusé sur la Toile (11 millions de vidéos mentionnées sur Tiktok), ses effets réels semblent, pour l’instant du moins, très limités. Comme le note la RTBF, la plupart des vidéos sur cette tendance sont des messages de prévention, ou des parodies du défi.

Selon le média public, aucun cas de suicide en lien avec le "Labello Challenge" n’a été rapporté en Belgique. Même chose en France, où Samuel Comblez, directeur des opérations de e-Enfance (une association de protection de l’enfance sur Internet), indiquait n’avoir reçu que deux appels en relation avec le challenge.

Et si la petite psychose autour du "Labello Challenge" était avant tout alimentée par un cocktail d’imprécisions et de rumeurs, boostée par l’ "alarmisme" de certains médias ?  Si la question se pose, c’est parce d’autres challenges "dangereux" ont été (sur)médiatisés par le passé, sans avoir de réels fondements.

C’était le cas pour le Momo Challenge, un défi qui, déjà, aurait poussé les jeunes au suicide. Sauf que c’était bidon : "une invention médiatique qui n’a jamais vraiment existé", avait montré Le Monde. Même chose pour le Blue Whale Challenge, qui consistait à relever cinquante défis, tous plus sordides les uns que les autres. Là aussi, une "légende urbaine " pour le quotidien français.

Reste que certains jeux nés ou amplifiés par le Net ont des conséquences bien réelles. Ce jeudi, une enquête a été ouverte suite à une strangulation dont a été victime un enfant de 7 ans, trois élèves ayant joué au "jeu du foulard" dans la cour de récréation d’une école schaerbeekoise.

Décrypter et apaiser les inquiétudes

Pour Samuel Comblez, la médiatisation autour de défis comme le "Labello Challenge" révèle avant tout "hypersensibilité de la part des parents, des adultes, qui voient dans certains défis un risque majeur pour les ados". "Dès qu’un challenge ressort, il y a un peu d’affolement". Et de pointer à l’inverse la "maturité des adolescents, qui sont bien au fait du caractère dangereux, parfois un peu légers ou absurdes de ces défis" et qui ont "un sens critique assez développé", jugeait-il dans 20 minutes.

Les médias doivent-ils pour autant faire l’impasse sur ce genre de tendance, au risque de ne pas relayer un enjeu potentiellement important ? Sans doute pas, même si effectivement la médiatisation peut artificiellement en gonfler l’impact réel.  L’enjeu serait plutôt d’arriver à traiter l’information en démontant les mécanismes à l’œuvre.

"Habituellement, ces ‘jeux dangereux’ ne deviennent vraiment viraux que lorsque les médias en parlent, décryptait pour la RTBF le journaliste Rien Emmery, spécialiste des questions relatives à la désinformation. Le ton des reportages des médias est donc important. En outre, une trop grande attention portée à ces allégations peut détourner l’attention de phénomènes qui ont effectivement un impact sur la vie en ligne des jeunes – allant de la pornographie de vengeance (ou Porn Revenge) à la cyberintimidation".

Faut-il pour autant voir dans la médiatisation de ce type de challenge de la désinformation ? Non, puisque selon Rien Emmery, "l’inquiétude, elle-même, est réelle. Bien entendu, il est important que les médias, dans la mesure du possible, apaisent ces inquiétudes. Internet n’est pas toujours un endroit sûr pour les enfants, mais il y a une différence entre les dangers réels et la ‘panique morale’ face à certains phénomènes viraux".

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