La Wallonie pourrait-elle devenir française en 2024 ?

L'essayiste Jules Gheude avance que les prochaines élections législatives pourraient être les dernières en Belgique. Et après, qu'est-ce qu'on fait ?

Rassemblement Wallonie-France
Belga

Le scénario est remis sur la table environ tous les cinq ans. La Belgique implose, la Flandre prend son envol et la Wallonie est rattachée à la France. Comme une histoire de croque-mitaine répétée à foison pour effrayer les derniers Belgicains. Ces dernières semaines, c’est Jules Gheude, un essayiste rattachiste (en faveur du rattachement Wallonie-France) qui s’est répandu dans la presse franco-belge pour annoncer l’inéluctable : en 2024, la Belgique cessera d’exister. Il faut se préparer !

" Le fossé entre la Flandre et la Wallonie n’a cessé de se creuser, et tout indique que la mise sur pied d’une septième réforme de l’Etat, programmée pour 2024, relèvera de la quadrature du cercle, tant les positions du Nord et du Sud sont opposées ", écrit-il, déroulant le scénario : " Si, au lendemain des négociations de 2024, aucune solution ne se dégage au niveau institutionnel, rien ne pourrait s’opposer à ce que la Flandre use de sa légitimité démocratique au sein de son propre Parlement pour larguer les amarres et proclamer unilatéralement son indépendance ". Et alors, là, que faire ?

Des partis séparatistes à plus de 50%

La fin de la Belgique en 2024 ? Cela est-il plausible ? Eh bien… Oui. Si on considère que les sondages annoncent le Vlaams Belang et la N-VA aux alentours de 50% d’intention de vote. Ce qui pourrait leur offrir la majorité absolue au Parlement flamand. De là, rien ne les empêcherait de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Et le roi des Belges ne pourrait que regarder son pays imploser quand l’Union européenne prendrait acte. Cela fait beaucoup de " si ", mais c’est plausible.

La question s’était déjà posée en 2010, lorsque notre valeureux royaume avait battu le record du monde du pays vaquant sans gouvernement pendant 541 jours (on reste les tenants du titre). Deux missionnaires d’outre-Quiévrain étaient venus faire le point sur la situation, histoire de savoir si oui ou non, la France une et indivisible allait se retrouver avec une nouvelle région sur les bras. Leur rapport fut sans appel, évoquant des " clivages profonds, deux sociétés différentes : si toutes les sociétés sont traversées par des clivages, rarement peut-être sont-ils aussi structurés qu’en Belgique " En conclusion : " La Belgique serait donc condamnée, Etat si faible que toute crise politique serait l’occasion de poser la question de sa survie, Etat si artificiel qu’il devrait se briser à l’inéluctable envol de la nation flamande ? "

Divorce sans passion, mariage de raison ?

Dans ce scénario croque-mitaine, que deviendrait la Wallonie ? Il faudrait demander aux Wallons. Indépendance, rattachement Wallonie-France, union avec Bruxelles ? Dans un sondage de 2008, ils étaient 49% de francophones de Belgique à se dire d’accord d’un rattachement à la France en cas d’implosion de la Belgique. C’est le plus haut niveau atteint quand on pose la question. Deux ans plus tard, ils n’étaient plus que 32%. De manière générale, les Wallons ne sont pas pressés de rejoindre la France. Car, bon, c’est la France… Et comme disait le politologue Pascal Delwit à l’époque, " la société belge est aux antipodes de la société française " centralisée et pyramidale. A priori, donc, le rattachement à la France ne serait pas l’option choisie.

Cependant, à y regarder de plus près, ce serait peut-être la meilleure (ou la moins mauvaise) des solutions. Car les finances de la Wallonie ne sont pas exactement dans le vert, et sans les transferts venus du nord, il faudrait probablement se tourner vers un partenaire puissant et fiable pour maintenir le bateau wallon à flot. Ainsi, les Wallons pourraient ne pas avoir d’autre choix que d’être amarrés à la France. Oh, ne vous inquiétez pas, la plupart des Français seraient heureux d’agrandir l’Hexagone. Moyennant quelques petits ajustements, selon l’auteur, on devrait pouvoir s’y faire.

Tout semble donc écrit. Mais il reste pourtant quelques inconnues dans cette théorie et notamment celle-ci : quid de Bruxelles ? On n’en parle pas, on s’en fout? Il faudrait pourtant demander aux Brusseleirs. Pas sûr que l’option française les attire vraiment. La réponse la plus simple concernant la capitale est celle-ci : district européen. Mais c’est plus vite dit que fait…

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