Michelle Martin: cet été, l’ex-femme de Marc Dutroux retrouvera sa liberté

Après le respect des conditions de sa liberté conditionnelle, Michelle Martin devrait retrouver sa liberté totale dès cet été. 

Stop Michelle Martin
© Belga

C’était en 2004, au tribunal de la cours d’Assise de Arlon. Michelle Martin avait été condamnée pour ne pas avoir nourri ni sauvé les enfants que détenait son ex-compagnon Marc Dutroux dans sa cache à Marcinelle. Alors que ce dernier était condamné à perpétuité, Michelle Martin, elle, écopait de 30 ans de prison. Cependant, au moment du procès, le jury populaire voulait lui octroyer une seconde chance.

En 2012, son avocate, avait réussi à obtenir sa mise en libération au bout de 10 ans de mise en liberté conditionnelle, à condition bien sûr que Michelle Martin continue de se tenir à carreaux. Et il semblerait que le temps soit passé… 10 ans après, nous voici, et Michelle Martin a bel et bien respecté les conditions de sa libération conditionnelle tout au long de la décennie. Cet été, la saga prendra fin.

Un grand émoi

En 2015 déjà, elle avait suscité l’émoi. Michelle Martin était sortie de prison pour rejoindre le couvent des sœurs clarisses à Malonne, déclenchant une vague de protestation et de manifestations. De plus, ce déplacement, mais également sa potentielle liberté approchante, le cas de Michelle Martin interpellait et posait de réelles questions profondes quant à notre système judiciaire répressif. Michelle Martin est-elle un monstre à vie ? Pour qui la rédemption est impossible ? Car après tout, si les professionnels du tribunal d’applications des peines (TAP) jugent raisonnable son plan de réinsertion et estiment que 10 ans après, toutes les conditions sont réunies pour la mise en liberté totale de Michelle Martin, qui reste malgré tout une justiciable comme les autres, on ne peut pas faire grand-chose, si ce n’est que de l’accepter.

Un message de colère

Il n’en demeure que ce processus de pardon et d’acceptation pèse lourd. Très lourd. Et qu’il est loin d’être simple au vu de l’horreur infligée. Jean-Denis Lejeune, le père de Julie Lejeune, enlevée et emprisonnée par Marc Dutroux avec Melissa Russo en juin 1995, réagit à cette nouvelle.

Dans un post sur Facebook, le père écrit sa colère : Ce matin, j’apprends que Michelle Martin aura purgé sa peine et bénéficiera d’une liberté totale après avoir laissé mourir de faim et de soif ma fille Julie et son amie Mélissa. Ne soyez surtout pas choqués: c’est tout à fait normal, c’est notre système judiciaire qui le permet. Par contre les paroles de l’ancienne juge Suzanne Boonen interpellent : sa réinsertion dans la société est un échec. C’est de la faute des haineux, des justiciers, des ignorants, des méchants et des médias. Il ne faut pas oublier que c’est elle qui a été complice de Dutroux et qui a laissé mourir ma fille de faim et de soif dans une cache… cherchez l’erreur. Mais bon beaucoup de personnes aiment réécrire l’histoire . "

Un système obsolète?

Et dans les commentaires, la vague de soutien envers le papa inonde, sans surprise quand on se souvient qu’il y a 25 ans, 300 000 personnes défilaient dans les rues de Bruxelles au cours de la tristement célèbre marche blanche.

Mais on ne peut pas non plus ignorer la haine qui déborde de ces commentaires, les injonctions à ce que Michelle Martin reste enfermée, la peur qu’elle continue d’inspirer, de l’injustice de la situation qui semble transparaitre.

Si il est facile de se placer au-dessus de la mêlée et d’en tirer quelques conclusions hâtives, il n’en demeure que la libération de Michelle Martin remet en question notre système de justice. Ce dernier est répressif, basé sur la sentence. Une personne commet un crime, purge sa peine et puis est réintégrée dans la société.

Dans le cas de Michelle Martin, cette dernière a commis un crime, innommable. Elle a cependant suivi les mécaniques du système, purgé sa peine et nous voilà à la situation que nous connaissons aujourd’hui.  Cet été, elle sera libérée. Cet été, Michelle Martin réintégrera notre société. Comment ? A quel prix ? Avec quelle garantie ? Ça nous ne le savons pas encore.

Mais il est certain que cela pose énormément question, et à en croire Jean-Denis Lejeune, " Notre système judiciaire est obsolète et non adapté. Mais ce sont les femmes et les hommes politiques qui font les lois. Et là, ça ne bouge pas vraiment… "

 

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