Faut-il interdire la pub pour les paris sportifs?

Pour lutter contre le phénomène d’addiction, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, veut «sévèrement» restreindre la publicité pour les jeux d’argent.

paris jeux hasard sportifs sport interdiction publicité football Pro League
@BELGAIMAGE

Lundi, Vincent Van Quickenborne a présenté un projet d’arrêté royal visant à limiter fortement la publicité pour les jeux de hasard. Si le projet du ministre de la Justice devait aboutir, de nombreuses formes de pub devraient passer à la trappe. Finis les spots télé, en radio ou cinéma, finis aussi les pubs sur les sites web et les réseaux sociaux ; dans les journaux ; dans l’espace public. Terminés également les pubs personnalisées.

Seraient encore permises les publicités sur les sites et les réseaux sociaux des opérateurs de jeux, ou sur des pages web si l’utilisateur a saisi via son moteur de recherche des termes liés aux jeux de hasard. Le principe est que seules les personnes désireuses de jouer et recherchant activement des infos sur les jeux de hasard soient à l’avenir confrontées à de telles publicités.

Le ministre veut même aller plus loin, en supprimant tout simplement le sponsoring sportif par des opérateurs de jeux, à partir du 1er janvier 2025. "On constate aujourd’hui que 100.000 joueurs sont sujets à un trouble du jeu, dont un tiers sont dépendants. Donc c’est vraiment un problème", défendait Vincent Van Quickenborne au micro de RTL. Pour lui, le souci, c’est que la publicité "normalise et banalise" le fait de jouer.

La mort du foot pro?

Soutenu par tous les autres partis de la majorité fédérale, le projet du ministre de la Justice a été recalé par le partenaire libéral, côté francophone.

"Le MR est totalement opposé au projet, a réagi Georges-Louis Bouchez, président du MR, sur Twitter. Cette mesure est excessive et va entraîner de grandes difficultés financières pour le secteur sportif entre autres. Voulons-nous réellement la mort du foot dans ce pays ?"

Même son de cloche du côté de Lorin Parys, le CEO de la Pro League de football, pour qui les clubs professionnels risqueraient de se voir amputés de 12% de leurs revenus de sponsoring en cas d’application du projet. Du côté du MR, on dénonce un "deux poids, deux mesures", puisque l’interdiction de la publicité ne s’appliquerait pas à la Loterie nationale.

Une mesure contre-productive?

Mais Vincent Van Quickenborne n’en démord pas : "Si on n’arrête pas cette publicité, on risque d’avoir un tsunami de dépendants". Pour de nombreux experts, les jeux de hasard et les paris sportifs peuvent bel et bien conduire à des situations d’addiction. "Il y a beaucoup de recherches épidémiologiques, au niveau psychologique, au niveau sociologique, qui démontrent qu’il y a bien une problématique au niveau de la dépendance aux paris sportifs, soulignait dans Le Soir le chercheur Damien Brevers. "Les jeux d’argent, dont font partie les paris sportifs, peuvent entraîner les joueurs vers de graves dérives", renchérissait Jean-Yves Hayez, professeur émérite à l’UCLouvain et spécialiste en addictologie.

Et, dans certains cas, la publicité peut frapper là où ça fait mal. Selon l’association Addictions France, les pubs pour les paris sportifs véhiculent par exemple une image tronquée des paris et peuvent contribuer à accentuer l’addiction de personnes vulnérables aux jeux.

Reste à voir si une interdiction pure et simple ne louperait pas sa cible. Récemment, la Commission des jeux de hasard proposait de restreindre la publicité plutôt que de l’interdire et de cibler les publics les plus vulnérables, comme les joueurs à problème ou les jeunes.

De leur côté, les organisateurs de jeux de hasard qualifient en tout cas l’interdiction de la publicité de " fausse bonne idée ", qui, à les croire, serait contre-productive et aurait pour effet d’aussitôt pousser les joueurs vers des sites de paris illégaux…

Sur le même sujet
Plus d'actualité