Enfants et théories du complot: attention danger?

Les théories du complot vont bon train depuis déjà des années et ont pris une nouvelle dimension avec la pandémie de coronavirus. Alors que des publics très jeunes arpentent désormais quotidiennement les réseaux sociaux, les enfants et adolescents sont-ils plus ouverts, ou du moins, perméables aux théories du complot?

Enfants et théories du complot: attention danger?
© Belga Image

En novembre 2021, une enquête réalisée en France par Milan Presse, avec le CSA, affirmait que 85% des jeunes de 10 à 15 ans envisageaient l’existence d’au moins une théorie du complot (soit " c’est possible " ou " c’est peut être possible "). Un chiffre pour le moins alarmant. 

Pour Yves Collard, expert et formateur en éducation aux médias à Média Animation, les choses sont toutefois loin d’être aussi simples. Un enfant, ou un jeune, ne va pas forcément être capable de mesurer sa perméabilité à une information. Parfois, on répond donc " oui " parce qu’on a envie d’y croire, même si on y croit pas forcément ", nous explique l’homme, qui pointe cette caractéristique des plus jeunes: "l’attrait pour les univers fictionnels". Le spécialiste et professeur invité à l’IHECS remet clairement en question le postulat d’une plus grande perméabilité des enfants et adolescents aux théories du complot. "Ce n’est pas vraiment qu’ils adhèrent au fond, mais ils se plaisent à la forme et au côté insolite des informations". 

Quelle place pour les réseaux sociaux? 

Selon Yves Collard, les enfants se mettent d’abord dans les pas de leurs parents lorsqu’il s’agit de vérifier une information. "Si les parents sont eux mêmes perméables aux théories du complot, les enfants vont l’être aussi, ils se calquent sur leurs comportements", avance l’expert.  Pour les plus âgés, les adolescents, c’est le recours aux pairs qui prône. "Parce que l’information en tant que telle sert aussi à socialiser, à se retrouver conforme à l’identité. On va donc davantage croire les personnes en qui on a confiance".

Selon l’étude "#Generation 2020 – Les jeunes et l’info", réalisée par Media Animation en Fédération Wallonie Bruxelles, les réseaux sociaux "concentrent la majorité (52%) des pratiques informationnelles des jeunes (de 12 à 18 ans)". Loin devant l’entourage (16%) et la télévision (15%).

Mais précise Yves Collard, qui a pris part à l’étude, la faible crédibilité des réseaux sociaux est conscientisée. Et d’ajouter: "Les adolescents attachent beaucoup d’importance aux commentaires. Quand ils se méfient d’une information, ils vont tout de suite lire les commentaires pour vérifier la fiabilité d’une information, voir ce qu’on en dit". 

Que faire face aux théories du complot? 

Alors que les informations sont plus accessibles que jamais et en grand nombre, certaines stratégies peuvent être mises en place pour aider les plus jeunes à développer un esprit critique à leur égard. Yves Collard pointe 5 axes de "bonne pratique" à garder en tête:

  •  Se poser d’abord la question de la véracité d’une information. "Est-elle vraie ou fausse? C’est la première démarche à déterminer", insiste le spécialiste. "Mais c’est loin d’être binaire, car une information peut être en partie vraie et fausse"
  • S’attacher à la forme de l’information: "Quelle est l’image qui a été choisie pour l’illustrer? Le titre est-il accrocheur? Dit-il la même chose que le fond de l’article?"
  • S’interroger sur les instances qui pourraient profiter de l’information: "Au service de quelle idée cette information est-elle?"
  • Déterminer les émotions suscitées par le propos: "L’information me fait-elle rire? Ou pleurer? A-t-on envie d’y croire?".
  • Mesurer le caractère "viral" de l’information: "A-t-on envie de la partager et pourquoi?"

Et de conclure: " Les enfants et adolescents ne sont pas plus crédules à l’égard des théories du complot. On rigole beaucoup de l’autre qui adhère à une théorie à laquelle on ne croit pas, mais tous nous nous laissons piéger par une information qu’on a envie d’entendre. Personne n’est véritablement indemne ou protégé par rapport au phénomène. "

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