Magnette contre Bouchez, match retour

Paul Magnette et Georges-Louis Bouchez ont débattu au lendemain du 1er mai devant des étudiants de Saint-Louis. C’était cinglant.  

Magnette contre Bouchez, match retour
Le président du PS et du MR étaient en débat à l’université de Saint-Louis lundi soir

La musique de Rocky à fond. Les deux stars du jour arrivent. A l’applaudimètre, entre les présidents du PS et du MR, c’est partagé. Mais au sondage express, Bouchez l’emporte auprès de sept étudiants sur dix. Le débat est organisé par la fédération bruxelloise du PS et les jeunes démocrates libéraux au sein de l’université Saint-Louis. Au lendemain du 1er mai, alors que Paul Magnette et Georges-Louis Bouchez ont croisé le fer dans un duel à distance, l’évènement n’a manqué ni de sel, de poivre et de piment.

Allocation pas si universelle

Le modérateur, politologue à Saint-Louis, parle de bouillonnement au sein des bleus et des rouges francophones. Avec érudition, plutôt que d’opposer les deux ténors, il rappelle les convergences historiques des deux partis. Pourtant, soumis à la question " quel argument pourrait vous faire voter pour le camp adverse ? ", ils ne se reconnaitront respectivement que des qualités personnelles et aucun argument de contenu. Et là Bouchez attaque sur la pauvreté et le chômage vertigineux de la région de Mons, dirigée depuis des décennies par des socialistes. Ne lui parlez pas des charbonnages pour justifier : ils ont été fermés avant sa naissance. Voilà de quoi emballer une jeune génération.

Le modérateur, ancien professeur de Bouchez (…), place alors la question de l’allocation universelle. Bouchez défend ses 1000 euros par mois inconditionnels. Magnette chiffre le coût de cette idée sympathique à 40 milliards. Mais ça peut être intéressant à deux égards : permettre à un chômeur de travailler sans perdre son allocation et donc sans devoir être au noir. Et puis les 18-25 ans ont besoin d’être soutenus, étant de plus en plus souvent en situation de pauvreté. Bouchez fait valoir une bureaucratie folle et fermée sur elle-même lorsqu’il s’agit d’accéder à une allocation qu’une allocation universelle simplifierait.

Des travailleurs pigeons

Magnette reprend la balle et signe à deux mains pour l’idée d’une individualisation des droits dans le ménage (suppression des statuts de cohabitants et autres, une avancée en termes de droits entre hommes et femmes). Bouchez grimace un peu. Le président du PS continue en imaginant qu’on ne contrôle plus des jeunes en difficultés sociales d’être pressés comme des citrons par des enquêtes sociales. Magnette défend alors l’idée d’éradiquer la pauvreté dans un pays aussi riche que l’est la Belgique. Bouchez réplique : " tout le système que tu décris (Paul Magnette) fait que travailler n’a aucun intérêt et fait des travailleurs des pigeons ".  C’est un torrent d’applaudissements. Le discours brut de décoffrage de l’enfant terrible du MR plait ou donne des boutons. Il est clivant et Magnette joue le jeu. Il réplique : la première façon de rémunérer les travailleurs c’est de mieux les payer (applaudissements) et pour y arriver il replace la taxe sur les fortunes qui frapperait le 1% des plus hauts revenus. Et de rappeler qu’on est de plus en plus dans une société d’héritiers qui ont un beau patrimoine qui leur est légué de génération en génération. Bouchez attrape la proposition pour la taxer de slogan qui se rapproche de la taxe compte-titre et mènera vers de l’évasion des patrimoines. Magnette rappelle que les 10% les plus riches en Belgique détiennent 70% du patrimoine immobilier.

Le racisme est un délit

Les voici soumis aux propos du président de Vooruit concernant Molenbeek dans lequel ils ne se sent pas en Belgique. Magnette dénonce ces propos avec fermeté qui auraient été prononcés pour promotionner l’apprentissage des langues par Conner Rousseau. Il appuie :  " le racisme n’est pas une opinion mais un délit ", tel que défendu par feu Philippe Moureaux. Et là il enfonce le clou dans le débat que Bouchez a mené récemment avec le président du Vlaams Belang. Bouchez rappelle que l’extrême-droite flamande a eu un tel succès électoral que le parti a été reçu par le roi et qu’il participe à des émissions de variété en Flandre. " Et puis Marine Le Pen est à la télévision à tout bout de champs ", fait-il valoir. " Aujourd’hui, le Vlaams Belang touche de l’argent public mais moi je ne peux pas débattre avec ". Magnette reprend avec force le même credo contre ce débat avec Van Grieken qu’on devrait priver de dotation. Bouchez opine. " Quatrième point d’accord ", claironne Magnette. Bouchez revient avec sa contre-attaque sur les populistes d’extrême-gauche qu’il confond avec le parti raciste. Magnette fait valoir que Jacques Chirac, républicain, avait refusé de débattre avec le père Le Pen et avait gagné avec un score au-dessus des 80% alors qu’Emmanuel Macron, l’ayant fait deux fois avec Marine Le Pen, a obtenu des victoires bien plus serrées.

Jamais contre l’intérêt des francophones

Une étudiante pique sur la question du MR qui a gouverné avec la N-VA, devenant extrémiste. Bouchez balaie en parlant de propos excessif et en pointant le fait que Magnette a négocié avec Bart De Wever. Magnette grogne qu’il l’a fait après plus d’une année de négociations sans la N-VA qui ont échoué à cause des libéraux. " C’est un grand moment politique : Paul Magnette tu ne gouverneras jamais avec la N-VA et tu ne régionnaliseras rien de plus en sécurité sociale ", tonne Bouchez. Magnette reprend : "  je ne gouvernerai jamais contre l’intérêt des francophones pour servir mes ambitions personnelles comme Charles Michel l’a fait. "

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