75 meurtres échapperaient à la justice belge chaque année

Des dizaines de meurtres passeraient pour des morts naturelles chaque année en Belgique. La cause : un sérieux manque d’autopsie. Le secteur de la médecine légale est débordé.

75 meurtres échapperaient à la justice belge chaque année
Pas assez d’autopsies en Belgique (illustration). (@Belga Image)

Quelqu’un est tué, mais ce meurtre passe pour une mort naturelle. On dirait un scénario de polar ou de série policière. Pourtant, c’est quelque chose de presque banal dans le monde de la justice belge.

Comme l’explique Le Soir ce lundi, notre pays ne réalise globalement pas assez d’autopsies. Le Conseil de l’Europe recommande un minimum de 10% de décès autopsiés. En Belgique, on tourne entre 1 et 2%… Pas glorieux. Surtout quand on voit les chiffres de 24% en Angleterre, de 30 à 50% en Scandinavie ou même tout simplement 8% chez nos voisins allemands.

Des chiffres qui s’expliquent culturellement. "En Finlande, un décès sur deux donne lieu à une autopsie. C’est une mentalité différente de la nôtre, les pays nordiques ont une vision beaucoup plus pragmatique, tandis que dans la mentalité latine, c’est plus vu comme une agression", a expliqué le docteur Jean-Pol Beauthier, du centre de médecine légale de Charleroi, au quotidien belge.

Dès lors, avec un pourcentage si bas, forcément certains meurtres bien déguisés, volontairement ou pas, passent entre les mailles du filet et sont considérés morts naturelles. Une étude de 2012 indique qu’il y aurait 75 homicides ignorés chaque année. " Il est difficile d’estimer [combien] échappent à la justice pénale, et ce, justement parce qu’ils n’ont pas été détectés ", commente le docteur Beauthier, qui a corédigé cette étude. "Mais le nombre de faits qui nous reviennent après des aveux tardifs par exemple, alors que le décès avait été classé comme une mort naturelle, peut servir d’indicateur. Pour nous, dans notre pays, 15 % environ des morts déclarées naturelles ne le sont pas. "

Beaucoup de travail, peu d’argent

Comment expliquer ce manque d’autopsie ? La réponse est en partie financière. Selon les estimations des experts, la Belgique devrait investir 20 millions d’euros par an pour permettre l’augmentation des interventions de médecins légistes.

La Justice belge doit beaucoup d’argent au milieu de la médecine légale. Le Soir cite en exemple l’institut médico-légal de l’Université de Liège qui a dû menacer le ministère de la Justice de poursuites pour parvenir à se faire payer 800.000 euros alors que la dette s’élevait à 1 million.

Autre souci dans le secteur: une surcharge administrative. Depuis 2020, les procédures ont changé pour les experts judiciaires, qui doivent faire valider des rapports à gauche et à droite avant de pouvoir se faire payer. Une grande perte de temps selon les concernés.

Alors forcément, dans un tel contexte, la médecine légale n’attire plus beaucoup de jeunes diplômés. Et ceux qui ont fait ce choix professionnel sont plus que débordés.

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