Les citoyens au pouvoir: ces initiatives dont le monde nous envie

Comment reconnecter la politique aux “vraies gens”? Des initiatives belges sont désormais saluées mondialement pour leurs innovations en termes de démocratie participative.

le pouvoir aux citoyens
Le Bügerdialog, en Belgique germanophone, est la première structure permanente de consultation des citoyens au monde. © PDG

Même en tant que citoyen, on peut vraiment changer quelque chose à la politique”, sourit une participante du Bügerdialog. Ce “Dia­logue citoyen permanent”, première structure permanente de consultation des citoyens au monde, vient de terminer son premier cycle politique. Les 25 participants de la première assemblée citoyenne ont évalué les résultats de leur travail sur la thématique des soins médicaux. Sur les 14 recommandations, 9 ont été implémentées complètement ou partiellement. Un succès.

En 2011, le G1000, un sommet citoyen d’une ampleur inédite, montrait la voie. Aujourd’hui, la Belgique est à la pointe de l’innovation en ­termes de démocratie participative. L’OCDE vient de répertorier huit modèles innovants de démocratie citoyenne dans le monde. La ­Belgique, avec l’exemple pionnier des germa­nophones suivi par le modèle hybride des Bruxellois, se distingue deux fois sur huit.

De la 5G à la biodiversité

On se rapproche de la démocratie athénienne”, se félicite Stéphane Vanden Eede, l’un des fers de lance du G1000 pour qui la réussite vient de la professionnalisation de ces assemblées ­citoyennes, avec de réels moyens amenés à la clé. “On commence à faire confiance aux gens et quel que soit le résultat dégagé par les citoyens, le poli­tique apporte une réponse. Ce que font les germanophones, c’est comme pour les procès d’assises où les gens sont indemnisés et encadrés. Eupen réunit ­toutes les conditions pour que ça se passe au mieux.” La solution trouvée par les citoyens n’est pas ­forcément celle que le politique applique à la ­lettre. Mais le cap est donné. Ainsi, les citoyens germanophones avaient recommandé de réduire les coûts des études dans le domaine des soins de santé, en payant carrément les étudiants. La ministre, pour y répondre, a décidé de créer une bourse plutôt qu’une rémunération. “L’idée est d’insuffler une nouvelle source d’inspiration pour les politiques en tenant compte de la vie de tous les jours, rapporte Anna Stuers, qui encadre le ­conseil citoyen germanophone. Notre modèle est très innovant parce qu’il est permanent. On a inspiré un conseil permanent comme le nôtre à Paris et à Aix-la-Chapelle.” Chez les germanophones, deux organes se côtoient. Tout d’abord, une assemblée, entre 25 et 50 personnes, de citoyens tirés au sort. Puis, 24 personnes de ce groupe peuvent rejoindre le conseil permanent dont 8 personnes changent tous les six mois.

À Bruxelles, la commission délibérative qui, elle, réunit citoyens et députés, s’est réunie trois fois au cours de sa première année. Une commission a été consacrée à la 5G, une autre au sans-abrisme et une troisième, suggérée par le virologue Marius Gilbert, s’est demandé comment associer les citoyens en cas de crise. Deux autres sont prévues: autour de la biodiversité en mai et sur la formation en alternance en juin. À la différence des germanophones qui font totalement confiance aux citoyens, les Bruxellois les flanquent pour moitié d’élus. “Les deux modèles sont intéressants. Le panel citoyen peut parfois provoquer des incompréhensions quand ils présentent des recommandations, estime Magali Plovie, députée Écolo. Nous pensons que c’est plus facile de mélanger citoyens et députés parce que ces derniers comprennent mieux le processus et assurent le suivi.

G1000

© BelgaImage

Quelque 45 citoyens côtoient ainsi 15 députés. Pour former le panel, 10.000 lettres sont envoyées, avec un retour favorable d’environ 10 %. Parmi ceux-là un rééquilibrage est opéré pour ne pas se retrouver avec une majorité d’hommes universi­taires âgés qui sont généralement ceux qui s’im­pliquent le plus facilement. Les citoyens sont défrayés à raison de 73 euros la journée et une ­garderie est proposée pour les familles ­monoparentales ainsi que des interprètes. “80 % des citoyens, après leur participation, avaient une vision beaucoup plus positive de la politique et comprenaient mieux comment se prenaient les décisions”, signale Magali Plovie. Quant aux députés très réticents face à ces expériences, ils se montrent aujourd’hui enthousiastes. “Cela corrige la méfiance qui est souvent très forte entre citoyens et parlemen­taires”, estime Jonathan Moskovic, conseiller en innovation démocratique.

Bons plans écossais et irlandais

Dix ans après le G1000, on veut des effets réels. Or, 90 % des recommandations ont effectivement été suivies d’effets”, assure Jonathan Moskovic. Désormais, un panel citoyen pourrait être réuni en cas de crise à l’avenir et le Parlement bruxellois réfléchit à une structure légale pour y arriver. “Le processus est encore évolutif. On adapte d’une fois à l’autre. On est encore au début de l’aventure de la démocratie délibérative.” Les Bruxellois s’échangent des bons plans avec les Écossais et les Irlandais. Et cela va sérieusement s’améliorer. Les universités ont aussi créé un certificat pour ­former des personnes à l’encadrement des assemblées délibératives.

L’aventure va s’élargir. Au Parlement fédéral, au Sénat et même au Parlement wallon, on réfléchit aujourd’hui au fait d’associer des citoyens aux décisions. Le Parlement fédéral a même une ­pression certaine du gouvernement De Croo qui voudrait une assemblée de citoyens pour construire l’avenir de la Belgique, après une consultation en ligne. Pour le Parlement fédéral, l’accord de majorité parle de panel citoyen ou de commission mixte sans préciser lequel des deux modèles sera choisi. Forts de l’expérience bruxelloise, les écologistes défendent absolument le modèle qui associe citoyens et élus. Mais du côté de la ­Flandre, on se montre plus intéressé par le modèle germanophone de citoyens à 100 %. “Il reste dans la tête de beaucoup de politiques que seuls les élus sont ­légitimes pour apporter des idées alors qu’on sort gagnant lorsque des citoyens alimentent le travail politique”, signale Rodrigue Demeuse, sénateur Écolo. “Nous voulons insuffler de l’oxygène à la démocratie en intégrant les citoyens. Il faut multiplier les outils pour donner aux gens l’habitude de s’impliquer. C’est vraiment de l’huile dans les rouages de la chose publique”, explique le député Écolo Guillaume Defossé. “On est aujourd’hui dans un monde où l’écart se creuse entre politiques et citoyens et où les extrêmes montent. C’est urgent d’apporter des réponses. Le panel citoyen est une réponse”, ­renchérit Rodrigue Demeuse.

Sur le même sujet
Plus d'actualité