La dette belge flambe: que faire?

Après la pandémie, les suites de la guerre en Ukraine ont mis le feu aux finances publiques. La Vivaldi doit parvenir à lancer de grandes réformes pour diminuer un déficit qui s’annonce très lourd.

La dette belge flambe: que faire?
© Adobe stock

Les finances publiques s’annonçaient mieux maîtrisées grâce à une reprise de l’activité économique l’année dernière. C’était compter sans la guerre en Ukraine et l’envolée des prix de l’énergie. Certes, notre déficit public s’est pourtant replié en 2022 à 5,5 % contre 9 % l’année précédente. Mais c’est anormalement élevé et ce chiffre repose la réduction des mesures exceptionnelles pour faire face au Covid. Et si rien n’est fait, le Fonds monétaire international brandit un déficit public de 5,4 % en 2027: le pire score de tous les pays industrialisés. Seule la Roumanie ferait pire en termes de dette publique et l’Italie et la Grèce nous devanceraient.

Jusqu’ici, les règles européennes avaient été levées pour encaisser la crise sanitaire, en particulier la norme des 3 % de déficit fixée à Maastricht. Nul ne sait jusqu’à quand cette mansuétude européenne se prolongera. “L’autre inquiétude pour la dette, c’est l’augmentation des taux d’intérêt. On a longtemps bénéficié de taux d’intérêt nuls et même négatifs. Or, pour diminuer les effets de l’inflation, les taux vont augmenter”, prévient l’économiste de l’UCLouvain, Bertrand Candelon.

La Flandre tire la première

Le Premier ministre, au Parlement, a défendu le travail budgétaire de son équipe. Ainsi, la croissance économique est inférieure de 1 % aux estimations faites lors de la préparation du budget, en raison de la crise en Ukraine. “C’était difficile à prévoir. Nous avons donné 1 milliard d’euros supplémentaire pour soutenir les entreprises et les familles dans le cadre de la crise sanitaire. Auriez-vous choisi de les laisser tomber? Nous avons pris des mesures pour contrôler les factures d’énergie. Auriez-vous ­préféré dire à ces familles que nous allions les abandonner? Nous avons décidé de consacrer 450 millions d’euros supplémentaires à la Défense”, justifie Alexander De Croo.

L’opposition frappe à la porte pour réclamer un assainissement. C’est le cas aussi de l’organe consultatif du Conseil supérieur des finances qui souhaite des réformes structurelles. La secrétaire d’État au budget, Eva De Bleeker (Open VLD) est elle-même de cet avis mais elle semble bien seule pour le moment. La Vivaldi avait pourtant promis d’être un gouvernement de grandes réformes, l’équipée à sept étant une chance inespérée après les deux années de négociations. Et l’accord de gouvernement prévoit de passer à 3 % de déficit en 2024. Pour le ministre des Finances Vincent Van ­Peteghem (CD&V), c’est toujours d’actualité. Silence radio de la gauche francophone, par contre.

une carte de banque aux couleurs de la belgique

© Adobe Stock

L’index pointé du doigt

C’est bien l’avis aussi de l’économiste et membre fondateur et senior fellow à l’Itinera Institute, Jean Hindriks. La situation est très inquiétante pour les finances publiques qui subissent un effet boule de neige. “La Belgique affiche un taux d’inflation plus important que les pays voisins, tiré par les prix de l’énergie. La France, elle, est protégée par un bouclier nucléaire”, dit-il. Vu de l’étranger, on a beau jeu de pointer du doigt le système très particulier à la ­Belgique que sont les indexations automatiques des salaires. Le FMI estime que l’inflation prévue en 2022 chez nos trois principaux partenaires commerciaux, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas, où il n’y a pas d’ajustement automatique des salaires au coût de la vie, sera nettement inférieure à la nôtre, ce qui pourrait menacer la position ­concurrentielle de nos entreprises.

Mais toucher au mécanisme original belge de l’indexation automatique des salaires n’est pas forcément une idée de génie même si on peut pointer l’inéquité du système qui profite plus aux salaires élevés étant donné que le pourcentage d’augmentation salariale est identique quelle que soit la rémunération. Mais Jean Hindriks dévoile un tabou. L’indexation des salaires fait grimper les montants alors que les tranches d’imposition, elles, ne ­bougent pas. Le risque est de grimper dans une tranche d’imposition plus élevée et donc d’être imposé plus lourdement. Ainsi ce que les entreprises ont versé d’une main est repris en partie de l’autre par l’État au moment de la déclaration fiscale. “L’État collecte plus d’impôts quand il y a de l’inflation. C’est vraiment gênant”, résume Jean Hindriks.

L’inflation des pensions

Alors où aller tailler? Jean Hindriks propose de remettre en question l’indexation automatique des pensions, en particulier les plus élevées. Bien des pays font le choix de ne pas indexer les retraites. “Nous sommes dans un contexte où 2 millions de personnes sont à la pension face à seulement 4 millions de travailleurs. La Belgique doit faire face au coût du vieillissement.” Le Covid a été un choc pour la dette publique, mais le tremblement de terre annoncé, daté, calculé, ce sont les pensions. Et l’inflation actuelle vient corser la situation: 8 % sur 50 milliards, c’est une somme astronomique. “Les pensions pourraient être une marge d’ajustement. Il ne s’agit pas de toutes les geler mais de réaliser un effort temporaire”, propose Jean Hindriks qui se réfère à la France qui n’indexe pas automatiquement les pensions mais a prévu des mécanismes de protection des plus basses. En Belgique, selon que l’on est un homme fonctionnaire ou une femme indépendante, le montant de la pension peut être quatre fois moins élevé pour cette dernière. Une injustice énorme. Par ailleurs, les nouveaux pensionnés perçoivent des montants plus élevés que leurs aînés étant donné que les pensions sont calculées à la hauteur des rémunérations, plus élevées qu’il y a vingt ans. “Les dépenses de pensions augmentent deux fois plus vite que les cotisations. Donc on puise dans le budget de l’État pour honorer cette facture colossale.” Cette idée ne devrait toutefois pas être du goût du PS et de la ministre en charge Karine Lalieux.

Autre possibilité: éliminer toutes les dépenses inutiles, suggère Jean Hindriks. À ce titre, l’échelon fédéral n’est pas le seul concerné. Les Régions wallonne et bruxelloise, et la Fédération Wallonie-Bruxelles sont également confrontées à des déficits importants. Et l’UE additionne tous les budgets en un seul. “L’organisation institutionnelle belge est extrêmement coûteuse, indique Jean Hindriks. La Flandre est par exemple en avance en ayant fusionné de nombreuses communes afin de mutualiser les coûts. En Wallonie, il reste de petites communes de 5.000 habitants qui ne rationalisent pas leurs dépenses.

L’austérité n’est pas la solution

Serrer les boulons à tout-va, pourtant, n’est pas une solution. La grande réforme du marché du travail prévue par le gouvernement De Croo nécessite des efforts et des dépenses. Eva De Bleeker, à la presse flamande: “Si nous pouvons passer de 70 % à 80 % de taux d’emploi, 700.000 personnes de plus se retrouveront soudainement sur le marché de l’emploi et la balance s’améliorera soudainement de 14 milliards par an”. En 2021, 86.000 emplois ont été créés, avec une hausse remarquable en Wallonie. Mais le problème se pose plus du côté des malades de longue durée que des chômeurs. La balle est dans le camp du PS, là aussi, et de Pierre-Yves ­Dermagne en charge de l’emploi. “Il faut toujours être prudent, souligne Bertrand Candelon. Après 2008, les politiques d’austérité menées pour réduire la dette ont aussi diminué le PIB en réduisant l’activité économique. Ce n’est donc pas forcément optimal. Il faut plutôt trouver les secteurs favorables où dépenser et où les retours seront plus importants que les ­dépenses, ce qui diminuera la dette.

Sur le même sujet
Plus d'actualité