Grève nationale: les syndicats réclament de meilleurs salaires, la FEB répond

Environ 500 membres des syndicats CSC, FGTB et CGSLB se sont réunis vendredi matin devant le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), à Bruxelles, pour réclamer davantage de liberté dans la négociation des salaires.

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Les syndicats devant le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), le 22 avril@BELGAIMAGE

Le rassemblement marquait le coup d’envoi d’une campagne de sensibilisation, afin de rassembler le plus de personnes possible à la manifestation nationale qui se tiendra le 20 juin. La musique battait son plein vendredi à 10h00 devant le siège de la FEB, rue Ravenstein à Bruxelles.

Les syndicats avaient érigé leurs tentes et s’affairaient aux derniers préparatifs, installant leurs pancartes et barrières devant le bâtiment de la fédération patronale. "La richesse est créée par les travailleurs. Ils méritent le respect", proclamait notamment une banderole attachée devant le bâtiment de la fédération patronale. La foule a fini par s’étendre sur toute la largeur de la rue, scandant des slogans tels que "Nous méritons mieux".

Une balance était aussi installée, pour symboliser un "deux poids, deux mesures " entre travailleurs et patrons. À gauche, en hauteur, un panier de courses vide. À droite, au ras du sol, des sacs avec l’inscription "argent" , symbolisant les dividendes versés aux actionnaires. "0,4% pour les travailleurs, 14,4% pour les patrons", était-il inscrit, les syndicats ayant calculé qu’en moyenne, les patrons des 20 plus grosses entreprises de Belgique ont vu leurs salaires augmenter de 14% alors que la norme salariale, dans le cadre de l’accord interprofessionnel, était limitée à 0,4%.

Inflation galopante

C’est justement cette marge qui est visée par le front commun syndical, qui estime qu’il ne peut négocier de salaires corrects, coincé par la loi de 1996 qui encadre l’évolution des salaires. Selon les syndicats, l’indexation automatique ne suffit pas à compenser l’inflation exceptionnelle qui sévit depuis plusieurs mois. Pour Chris Vanmol, secrétaire syndical ACV pour Bruxelles-Hal-Vilvorde, il s’agit d’une "mauvaise loi", qui ne tient pas compte d’un certain nombre de choses.

"Nous voulons montrer notre mécontentement car vous ne pouvez pas mener de négociations salariales de cette manière. Si vous regardez la météo avec le mauvais baromètre, vous ne pouvez pas être surpris d’être pris dans une tempête". " La FEB doit lâcher du lest, il y a plein d’entreprises qui ne rencontrent pas de problèmes financiers et dont les patrons bénéficient de salaires" avantageux, a notamment dénoncé Grégory Dascotte, permanent syndical à la MWB-FGTB.

Pour lui, l’inflation qui bat des records est une situation exceptionnelle, qui doit entraîner un changement de paradigme permettant d’augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs et travailleuses. "L’indexation automatique ne suffit pas, elle n’augmente pas le pouvoir d’achat. Et en plus, le carburant n’est pas compris dans le calcul, l’énergie ne représente que 5% (dans le calcul de l’indexation automatique, NDLR), donc on perd même en pouvoir d’achat".

Une pétition contre la loi de 1996

Différentes actions régionales étaient menées dans toute la Belgique vendredi, notamment à Anvers où quelque 5.000 personnes ont manifesté dans le centre-ville pour réclamer davantage de pouvoir d’achat. Ces mobilisations visaient les employeurs, les appelant à soutenir les revendications syndicales alors que l’opportunité de modifier la loi de 1996 sera débattue à la Chambre.

Les trois syndicats ont en effet lancé en décembre 2021 une pétition contre la loi de 1996, ayant récolté près de 90.000 signatures, soit bien au-delà du seuil de 25.000 signatures permettant d’atterrir sur le bureau du président de la Chambre en vue d’un débat. Il y a peu de chances toutefois qu’ils obtiennent un quelconque soutien de la part de la FEB qui s’oppose clairement à une modification de la législation.

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a qualifié vendredi une action syndicale menée devant son siège à Bruxelles d’"irresponsable et inappropriée dans le contexte actuel". Pour la fédération patronale, si la norme salariale, qui fixe une augmentation maximale des salaires dans le cadre de l’accord interprofessionnel négocié tous les deux ans, devait être supprimée, cela devrait s’accompagner également d’une suppression de l’indexation automatique des salaires.

La fin de la norme salariale contre celle de l’indexation automatique?

Pour la fédération patronale, la législation de 1996 "est la seule loi qui protège nos entreprises de l’explosion des coûts salariaux. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de nouvelles pertes de compétitivité". La loi vise en effet à encadrer les hausses de salaires, afin que ceux-ci ne deviennent pas trop élevés par rapport aux pays voisins de la Belgique.

Pour la FEB, augmenter davantage les salaires "nous entraînerait dans une spirale où les entreprises belges perdraient rapidement des parts de marché, verraient leur production diminuer, seraient privées de certains investissements et occuperaient au final moins de travailleurs, avec toutes les conséquences sociales que cela implique".

La fédération expose un marché simple aux syndicats: s’ils veulent la fin de la norme salariale, ils doivent alors également renoncer à l’indexation automatique des salaires. "La Belgique est pratiquement le seul pays qui dispose encore d’un système d’indexation automatique généralisée des salaires dans le secteur privé. Cela rend notre petite économie exportatrice extrêmement vulnérable par rapport à nos voisins et à nos principaux partenaires commerciaux", avance la FEB.

"Il est dommage que les syndicats ne connaissent pas leur histoire et optent une nouvelle fois pour le court terme, alors que nous subissons un choc économique majeur: ils veulent des augmentations salariales en plus de l’indexation des salaires, au détriment de l’emploi à long terme", conclut la fédération, excédée.

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