Elle filme son agresseur sexuel, sa plainte est classée sans suite

En 2019, une jeune femme filmait son agresseur dans le métro bruxellois. C’est via la RTBF que la victime a appris récemment que sa plainte avait été classée sans suite, depuis longtemps déjà.

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Des manifestantes contre les violences sexuelles dans les bars et ailleurs @BELGAIMAGE

"Je n’ai pas réalisé tout de suite". Quelques instants après être montée dans le métro, Isabel Morales Solis, 24 ans à l’époque, se rend compte qu’un homme, assis à côté d’elle, a glissé une main entre ses jambes. Elle le frappe alors, dans le dos. L’homme retire "doucement sa main comme si de rien n’était, ce qui me fait dire qu’il est rôdé à cette pratique".

Puis il se dirige dans un coin de la rame de métro. “Pendant pratiquement six stations, j’ai crié sur lui avant de sortir mon téléphone pour le filmer”. En moins de 24 heures, la vidéo de Isabel Morales Solis aura été regardée plus de 100.000 fois et partagée par plus de 2.000 personnes. C’était en 2019.

Dans la foulée, les forces de l’ordre convoquent Isabelle. En 2020, un avis de recherche de la police fédérale montre un homme suspecté d’agressions similaires, et suivant le même modus operandi.

Or, comme l’explique cette semaine la RTBF, le parquet de Bruxelles a classé sans suite la plainte d’Isabelle, dès 2019. Et la jeune femme n’était, selon la chaine publique, même pas au courant. Le parquet a dit avoir en sa possession trop peu d’éléments et a donc opté pour un classement sans suite.

70% des plaintes classées sans suite

À l’époque, le parquet de Bruxelles avait expliqué poursuivre ses investigations, sans pour autant parvenir à appréhender le suspect. Incompréhensible pour Isabelle Morales Solis, qui disait pourtant avoir "formellement" reconnu son agresseur à partir des photos figurant sur l’avis de recherche.

"Ce genre d’agressions est encore très peu puni dans notre pays, faute généralement de preuves. C’est en tout cas ce qui nous est répondu, a commenté Leila Agic, député PS à Bruxelles (propos rapportés par la RTBF). Ici, ce qui est plus surprenant, c’est que la Stib a communiqué disant qu’elle avis mis les images de ses caméras de côté. Et donc, ce classement me paraît incompréhensible si la plainte a été classée sans suite alors qu’elle était accompagnée de preuves filmées de l’agression. Les violences faites aux femmes doivent devenir la priorité de la justice. Que des moyens soient mis sur la table pour cela".

En Belgique, au moins 70% des plaintes relatives aux violences sexuelles sont classées sans suite. En octobre 2021, le gouvernement fédéral annonçait développer un projet-pilote d’articulation de tous les acteurs de lutte contre "le chiffre noir" des agressions sexuelles, soit le nombre de faits de violences sexuelles qui ne sont pas dénoncées à la police. Ce projet-pilote devra également dégager des pistes pour assurer un accueil optimal des victimes et "perfectionner la récolte de preuves lors de plaintes pour violences sexuelles".

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