"Depuis mercredi, il y a énormément de témoignages incriminant Carl De Moncharline"

Mercredi, l'émission #Investigation sur la RTBF consacrée à la drogue du viol créait l'émoi. L'auteur de l'enquête, Gérald Vandenberghe a répondu à nos questions.

Belga

Consacrée au départ à la drogue du viol, l’émission #Investigation de ce mercredi incriminait surtout l’ancien patron du Wood, Car De Moncharline, de plusieurs agressions sexuelles après avoir drogué ses victimes présumées. Le journaliste d’investigation Gérald Vandenberghe, auteur du reportage, nous explique les dessous de l’enquête.

Quel a été le point de départ de l’enquête ?

Le point de départ, c’est #BalanceTonBar et l’ampleur que ça a pris. En tant que journaliste, je me pose deux questions : qu’est-ce qui se passe ? Objectivement, qu’est-ce que je trouve ? Mais on s’est vite rendu compte que faire le point sur Ixelles était peine perdue. Les contacts avec les bars concernés étaient impossibles et le parquet n’allait rien dire sur l’enquête. Il fallait aller ailleurs.

Où ?

On a commencé à se renseigner sur ces fameuses drogues du viol. On est donc allé voir un toxicologue, le Docteur Charlier de l’Université de Liège. Et là, c’est le choc total parce qu’on se rend compte qu’il n’y a pas une drogue du viol, à savoir le GHB, mais une vingtaine. Il existe en fait une liste officielle d’Interpol qui reprend exactement les substances considérées comme les drogues du viol car elle est basé sur des cas qui ont vraiment eu lieu. Parmi celles-ci, les antihistaminiques, les somnifères, des médicaments qui sont en vente libre. Certains ont des " vertus " paralysantes pour neutraliser les victimes.

Vous cherchez ensuite des témoignages ?

Voilà, on se demande qui est concerné. Et donc on retourne sur le compte Instagram #BalanceTonBar. Là, on entre en contact avec des victimes potentielles. Celles qui sont dans l’émission n’ont pas nécessairement témoigné sur Instagram. De fil en aiguille, tu en rencontres d’autres : " J’ai une copine qui… "

Ces victimes sont-elles toutes d’accord de témoigner ?

C’est tout un travail. J’ai demandé une équipe mixte. La réalisatrice de l’émission Stéphanie De Smedt a toujours servi de premier contact. Ensuite, je rappelais, puis on prenais rendez-vous pour qu’elles nous racontent leur histoire. On n’a pas pris tous les témoignages parce que malheureusement, il y en avait qui se répétaient, se ressemblaient. On a dû faire un " tri ", même si c’est horrible à dire, pour avoir des scénarios d’agression qui fassent avancer l’enquête.

Cela signifie que vous avez eu beaucoup plus de témoignages que dans l’émission ?

Il y en a eu plus, oui.

Et qu’il s’agissait bien souvent du même " modus operandi " au même endroit ?

C’est ça.

Donc, on revient toujours au Wood ?

Au Wood et aussi dans d’autres bars… Ce que je peux dire, c’est que depuis que le sujet a été diffusé, le compte Instagram de #BalanceTonBar a reçu énormément de nouveaux témoignages incriminant Carl De Moncharline.

Pour résumer, d’un phénomène que vous pensiez local, vous vous êtes rendus compte qu’il était beaucoup plus développé…

Oui, j’ai vite compris que ce n’était pas confiné à Ixelles ou à un endroit particulier, mais plutôt dans certains types d’établissements. A savoir les bars et les boîtes de nuit. Cela ne signifie pas que ces endroits ou leurs gérants soient coupables de quoi que ce soit, mais simplement, c’est dans ce type d’endroits que les prédateurs sont le plus présent. C’est un phénomène qui touche le monde de la nuit. Le patron du Rock Classic a eu un mot que je trouve d’une grande honnêteté, il m’a dit : " Malgré la peine que ça me fait, je suis incapable de vous certifier que ça n’est jamais arrivé dans mon bar ".

On a besoin d’une véritable politique de la nuit ?

Ce qui m’effraie, c’est que pour une fois, je ne suis pas en mesure de donner une solution. Il y a des choses qui sont faites. Des établissements qui montrent ce qui se passe derrière les bars sur des écrans que tout le monde peut voir, je trouve ça intelligent. Mais il est très difficile de lutter contre la drogue du viol. La seule chose à faire, c’est de ne pas laisser tomber les copains. Quand on voit que quelqu’un est trop saoul, ne pas le ou la laisser aller aux toilettes tout.e seul.e. C’est une chose simple, mais ça marche. A part ça, je n’ai pas de solution. Ce qui est sûr, c’est que ces prédateurs sont des gens dangereux.

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