L’artiste belge Jan Fabre, jugé pour harcèlement sexuel, absent à son procès

Le procès de Jan Fabre a commencé sans lui et doit examiner des accusations de «violence», d'«harcèlement sexuel» et d'«attentat à la pudeur».

Jan Fabre à Bruxelles
Jan Fabre lors d’une exposition aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles le 19 avril 2018 @BelgaImage

Le procès du célèbre artiste belge Jan Fabre, poursuivi notamment pour "violence" et "harcèlement sexuel" au sein de sa compagnie de danse, s’est ouvert vendredi matin, en son absence, devant le tribunal correctionnel d’Anvers (nord).

Rattrapé par la vague #MeToo

Le plasticien et chorégraphe de 63 ans, qui doit répondre aussi d’"un attentat à la pudeur" sur une ex-collaboratrice, ne s’est pas présenté au premier jour de l’audience, qui devait être consacré aux témoignages des femmes qui se disent victimes de ses agissements. Huit des onze femmes qui se sont constitué partie civile ont fait le déplacement, selon leur avocate, Christine Mussche.

C’est en septembre 2018 que Jan Fabre, grande figure de l’art contemporain et exposé dans toute l’Europe, a été rattrapé par la vague #MeToo. Dans une lettre ouverte publiée dans un média spécialisé, vingt anciens collaborateurs ou stagiaires de sa compagnie Troubleyn –majoritairement des danseuses– dénoncent alors les pressions, humiliations voire le chantage à caractère sexuel subis dans leur travail de la part du chorégraphe. "Nous ne forçons personne ici à faire des choses considérées pour l’un, l’une ou l’autre comme au-delà de ses limites. Je n’ai jamais eu l’intention d’intimider ou de blesser les gens psychologiquement ou sexuellement", se défend M. Fabre dans un droit de réponse.

À l’époque, après la déferlante de témoignages de femmes abusées apparue fin 2017 avec l’affaire Weinstein aux États-Unis, une étude a été lancée par les autorités flamandes, dans le nord néerlandophone de la Belgique, pour recenser les comportements inappropriés à caractère sexuel dans le monde des médias et de la culture. Les résultats de l’étude sont jugés préoccupants et au lendemain de leur publication, fin juin 2018, Jan Fabre, pilier du monde culturel anversois, est interrogé par la chaîne flamande VRT. Confronté à l’étude qui montre qu’une femme sur quatre dans ce secteur d’activité a déjà subi une avance sexuelle non désirée au travail, il répond: "chez moi, jamais". "Dans notre compagnie, en quarante ans, il n’y a jamais eu le moindre problème", assure-t-il, déclenchant une vive riposte.

"Pas de sexe, pas de solo"

La lettre ouverte fourmille de déclarations détaillées et l’accuse d’avoir dit un jour "pas de sexe, pas de solo" à une danseuse. Elle fait les gros titres en Belgique et à l’étranger. À Anvers, l’Auditorat du travail, une section spécialisée du parquet, ouvre une enquête. Trois années d’investigations aboutissent en juin 2021 à un renvoi devant la justice pénale pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail" à l’égard de "12 employés", ainsi que pour un "attentat à la pudeur" à l’encontre d’une de ces femmes.

Né à Anvers en décembre 1958, Jan Fabre, à la fois auteur, plasticien et metteur en scène de théâtre, a la réputation depuis les années 1980 d’être un des artistes les plus protéiformes et avant-gardistes de son époque. Célèbre pour ses élytres de scarabées (il en a revêtu tout le plafond de la salle des glaces du Palais royal à Bruxelles), il est aussi connu pour ses provocations. En 2012, il a dû s’excuser après une performance montrant un "lancer de chats" à Anvers, qui lui a valu d’être physiquement agressé.

Avec la perspective du procès, le secteur culturel a été secoué, amené parfois à trancher entre soutien à un monument de l’art contemporain et prise de distance vis-à-vis d’un homme désormais trop sulfureux. Un spectacle de Troubleyn prévu fin 2021 à Charleroi (Belgique francophone) a été annulé après des "pressions et invectives", selon le programmateur. En revanche, à Namur (centre), pas question de retirer la sculpture de tortue géante devenue un emblème de la ville. "Personne n’a imaginé supprimer tous les films de Woody Allen lorsqu’il a fait l’objet d’une plainte", a souligné le bourgmestre Maxime Prévot.

Vendredi matin, l’avocate de Jan Fabre, Eline Tritsmans, n’a pas expliqué son absence. L’artiste, comme c’est son droit, pourrait également choisir de se faire représenter par elle lors de la deuxième journée d’audience prévue le 1er avril.

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