Filigranes: maltraités, la moitié des employés portent plainte contre le patron

Les employés de Filigranes décrivent des conditions de travail horribles imposées par le directeur de la librairie, ce qui va jusqu'au harcèlement sexuel.

Librairie Filigranes
Image prise dans la librairie Filigranes, à Bruxelles le 15 septembre 2013 @BelgaImage

La librairie Filigranes, véritable référence à Bruxelles pour les amoureux de bouquins, vit un véritable séisme. 48 de ses 95 employés équivalents temps plein viennent de déposer une plainte contre leur patron, Marc Filipson, auprès de la caisse d’assurance sociale Securex. Ils dénoncent collectivement la pression constante qu’il leur fait subir par des conditions de travail intenables, d’où de nombreux burn-out (dont cinq ces six derniers mois), des départs violents et un turnover de 30%. Les témoignages frappants recueillis par BX1 décrivent également des cas de harcèlement moral et sexuel. Interpellée, la direction se défend.

Une pression omniprésente depuis plusieurs années

Il y a une dizaine d’années, l’ambiance était encore plutôt bonne, des employés décrivant même le sentiment d’appartenir à une famille. "Mais lorsque nous avons demandé à changer de commission paritaire, tout s’est arrêté", raconte l’un d’entre eux. Il s’agissait alors de reconnaître Filigranes comme grand commerce et non comme petit commerce, d’où des salaires plus hauts et des avantages extra-légaux. Une représentation syndicale devait également voir le jour mais la peur et le turnover commencent à régner à un tel point que cela n’a jamais été fait.

La longueur de la liste des reproches envers Marc Filipson est évocatrice du climat qui règne chez Filigranes: intimidations, remarques dégradantes, contacts physiques non souhaités, heures supplémentaires non payées, changements horaires de dernière minute, manque de personnel, participations obligatoires à des soirées caritatives, messages incessants envoyés à toute heure même en-dehors du boulot, etc. Les chefs de département, chargés de mettre la pression sur les libraires, doivent résister aux assauts de la direction. Quant aux chargés de communication et aux directeurs opérationnels, ils changent souvent car ils ne supportent pas ce cadre de travail.

Des insultes à la "la main à l’entrejambe"

Décrit comme un "manipulateur" impulsif, M. Filipson est accusé d’agissements choquants. Dans le cas de Sophie, "insultée, humiliée devant des clients", le fait de lui demander de "respecter la loi" lui a valu de perdre son poste de cheffe de rayon deux jours après. Depuis, son ancien patron écrit à ses employeurs suivants de ne pas travailler avec elle et a empêché ses anciens collègues de lui adresser la parole. Un autre employé dit avoir reçu une menace de licenciement lorsqu’il demandé à être payé pour les chroniques écrites.

Certains décrivent une violence particulièrement marquante. "Il m’a bloqué dans un coin [du bureau de la direction, ndlr] pour me crier dessus durant 20 minutes. Je suis ressortie tremblante et en pleurs", raconte une femme. "La psychiatre m’a dit qu’elle avait déjà eu beaucoup de travailleurs de chez Filigranes qui rapportaient les mêmes faits", explique un autre employé.

Marc Filipson est également accusé de harcèlement sexuel, notamment vis-à-vis de la gente masculine. "On m’a demandé d’engager plutôt des étudiants mignons et homosexuels. Marc Filipson passe souvent à la caisse et met la main aux fesses des caissiers", explique un responsable de rayon. David, homosexuel assumé, raconte notamment avoir subi ce type d’attouchement, avec "la main à l’entrejambe". C’était "avant #metoo" et s’il a menacé de porter plainte, il ne l’a finalement pas fait. Il a démissionné lorsqu’en plus, les consignes l’incitaient à "devenir un tyran par rapport aux libraires" et a ensuite dû faire "un long travail psy" pour s’en remettre.

La direction riposte

Depuis le dépôt de la plainte, le conseil d’administration de Filigranes a fini par répondre. Il dit réfléchir à la question des heures supplémentaires et préciser à l’avenir que la participation aux soirées caritatives n’est bel et bien pas obligatoire. Le manque de personnel est reconnu mais expliqué par la difficulté de recrutement. Le conseil nie surveiller les travailleurs par les caméras, comme il lui a été reproché, et affirme vouloir pacifier la communication et une analyse du bien-être des employés.

Quant à Marc Filipson, le conseil d’administration se contente de défendre "sa personnalité hors du commun et sa vision extraordinaire" du parcours de Filigranes. "Son franc-parler et sa personnalité exubérante" sont pointées du doigt mais ses remarques jugées "souvent parfaitement justifiées". "Il a dès lors été particulièrement heurté de lire que des travailleurs auraient rapporté l’existence d’insultes, de menaces ou humiliations, de remarques sexistes, racistes ou grossophobes… M. Filipson est quelqu’un de très ouvert, tolérant et ne se reconnaît pas du tout dans ces reproches". Marx Filipson n’a pas voulu faire de commentaire supplémentaire, si ce n’est qu’il nie les cas d’harcèlement moral ou sexuel.

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