Conner Rousseau à "Mask Singer": politique et divertissement, pari gagnant?

Conner Rousseau n'est pas le premier politique dans une émission de divertissement. Bien d'autres y voient un filon à exploiter pour devenir populaire.

Conner Rousseau à la version flamande de «Mask Singer»
Conner Rousseau à la version flamande de «Mask Singer» @Capture d’écran Instagram

Vendredi dernier, les Flamands ont eu une belle surprise en regardant sur VTM l’adaptation locale de "Mask Singer". Car c’est bien Conner Rousseau qui se cachait derrière le costume du Lapin. Oui, le président du parti social-démocrate Vooruit. Un finaliste inattendu qui a suscité certaines critiques de par sa participation au programme. Des attaques vis-à-vis desquelles il a depuis été amené à réagir. Il faut dire qu’en plus, Conner Rousseau est loin d’être le seul politique à s’être déjà invité à une émission de divertissement. Reste à savoir si cela a une influence réelle sur l’électorat.

"Les gens veulent que les politiciens se tiennent parmi le peuple"

Parmi les personnes sceptiques après la performance de Conner Rousseau à "Mask Singer", il y a l’observateur de la VRT Ivan De Vadder. "On peut se demander si les politiciens devraient participer à ce genre de programme", s’interroge-t-il. Pour le chef de Vooruit, ce genre de question est nul et non-avenu. "Je laisse ces opinions pour ce qu’elles sont, je n’y réponds pas. Certaines personnes sont très désobligeantes à propos de ce programme", riposte-il sur l’émission matinale de MNM.

D’après Conner Rousseau, sa participation n’est en tout cas en rien polémique, bien au contraire. "Les gens veulent toujours que les politiciens se tiennent parmi le peuple. Je suis un gars ordinaire de 29 ans qui veut faire quelque chose de différent, en plus de mon travail", dit-il, tout en assurant que sa présence à "Mask Singer" n’a été possible que parce qu’il avait un temps libre le dimanche. "Je ne vais pas m’excuser, car ces enregistrements datent d’il y a dix mois, et on ne sait pas ce qui va se passer dans dix mois", ajoute-il d’ailleurs à ceux qui le critiqueraient pour apparaître en lapin pendant la guerre d’Ukraine.

Le divertissement populaire et le politique déserté

Avant Conner Rousseau, d’autres politiques flamands avaient déjà participé à des émissions de divertissement. C’est notamment le cas sur le programme "De Slimste Mens Ter Wereld" qui a accueilli les ministres Pieter De Crem (CD&V) et Sven Gatz (Open VLD). Le président de la N-VA, Bart De Wever, est pour sa part apparu en panda lors de la remise des "Étoiles de la télévision flamande" (TV-Sterren). En Belgique francophone, ce genre de situation est beaucoup plus rare, mais c’est sans compter la présence de la télévision française. Car dans l’Hexagone, cela fait des décennies que les politiques s’immiscent dans le divertissement. En témoigne déjà dans les années 1980 le passage du ministre Jack Lang dans une émission de Patrick Sébastien, "Carnaval", ou encore dans "Tournez manège".

Il faut dire qu’il peut être tentant d’apparaître dans ce genre de programmes. Tout le monde ne regarde pas les émissions politiques. Celles-ci ne rassemblent d’ailleurs aujourd’hui qu’une part réduite de l’audience. Outre-Quiévrain, seuls les débats organisés pour la présidentielle se distinguent, comme "La France en guerre" la semaine passée avec 20% de part de marché et 4,21 millions de téléspectateurs. Mais même là, le genre décline puisque les Français avaient été plus nombreux devant leurs petits écrans pour assister aux débats des élections de 2017. Le 20 mars 2017, 9,8 millions de personnes avaient suivi la rencontre entre cinq candidats à l’Élysée.

Toucher un maximum de personnes

Face à ce problème, miser sur le divertissement semble donc un bon choix. Puisque c’est là que se trouvent les électeurs, autant partir à leur rencontre. Même si ce n’est pas pour parler de politique, ce serait l’occasion de donner une image sympathique. Ce phénomène a même suscité la création de néologismes, comme le "politique-divertissement" ou la "peopolisation politique". En France, c’est notamment le cas sur "Touche pas à mon poste". En 2017, Emmanuel Macron, alors candidat à la présidentielle, y était apparu pour fêter l’anniversaire du 1000e numéro de TPMP. Aujourd’hui, Cyril Hanouna y parle beaucoup de politique et y accueille les différents candidats à la présidentielle.

"Les politiques sont conscients que s’ils veulent toucher tout le monde, ils ne peuvent pas simplement aller sur des émissions traditionnelles d’information, car il existe des gens qui ne les regardent pas ou se défient de la politique. Ces personnes ne regardent donc que du divertissement, ou de programmes mêlant info et divertissement", confie à France Info Gaspard Gantzer, ancien chef du pôle communication de François Hollande. Il précise aussi que l’ancien président français était assez réticent à l’exercice. Est-ce que cela a eu une influence sur le fait qu’il n’a même pas été en mesure de se représenter pour un second mandat? La question se pose.

Un impact incertain

Pour autant, il n’est pas si certain qu’apparaître dans ces programmes soit une stratégie gagnante. "Ce qui est important, c’est que les personnalités politiques croient que la peopolisation se traduit dans les urnes. On a très peu de moyens de savoir si c’est bien le cas", explique Jamil Dakhlia, professeur en communication politique à la Sorbonne. "Il n’y a qu’une seule étude qui a pu mesurer l’impact d’une forme de peopolisation. En l’occurrence, elle s’est penchée sur le soutien d’Oprah Winfrey aux États-Unis à Barack Obama. En se basant sur le taux de diffusion du magazine de Winfrey, l’étude a pu prouver que cette initiative avait engendré un gain d’un million de voix". Il est donc possible que se présenter dans "Mask Singer" ou "Touche pas à mon poste" soit payant pour les politiques, malgré l’absence de preuves concrètes.

En tout cas, que ce soit un pari gagnant ou pas, "ça leur permet de montrer un autre visage", complète Jamil Dakhlia. "Dans un contexte de défiance envers les politiques, ils pensent qu’ils peuvent rattraper l’électeur par la manche de cette manière-là, en se montrant sympathique, désinvolte, souriant…".

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