"La décolonisation doit aller plus loin" en Belgique, selon Unia

À l'occasion de la Journée internationale contre le racisme, Unia publie une série de recommandations pour une meilleure prise de conscience des stéréotypes hérités du colonialisme.

Le vandalisme autour de la statue de Leopold II avait relancé les discussions sur le décolonialisme. (@Belga Image)

La mort de George Floyd, un quadragénaire noir étouffé par un policier blanc à Minneapolis le 25 mai 2020, aura permis de rendre plus visibles les discriminations auxquelles font encore face aujourd’hui les personnes afrodescendantes, aux États-Unis comme en Belgique. À l’occasion de la Journée internationale contre le racisme, Unia, le centre interfédéral pour l’égalité des chances, publie lundi une série de recommandations pour une meilleure prise de conscience des stéréotypes hérités du colonialisme.

Emploi, justice, santé, médias, services publics, sport, politique… sont autant de domaines où se déploient les différences de traitement. Une approche globale et intersectionnelle (qui tient aussi compte des discriminations liées à l’âge, l’origine, le genre, etc.) est donc nécessaire, souligne Unia.

De manière générale, " il est crucial de mieux connaître ce groupe afin de pouvoir prendre des mesures politiques ciblées et d’entendre sa voix dans le débat public ", note le rapport. Une meilleure connaissance passe par davantage de recherches s’intéressant à la population afrodescendante. L’Espagne et l’Allemagne ont ainsi entrepris des études sur les expériences de discrimination vécues par ces personnes, tandis qu’aux États-Unis une vaste enquête est menée auprès de la population noire depuis 2018. De son côté, Unia a développé un " data hub " disponible sur son site internet reprenant des données existantes sur l’égalité, et espère voir cet outil enrichi de nouvelles sources de données.

Par ailleurs, les lois anti-discrimination et anti-racisme doivent être réévaluées périodiquement pour garantir leur application effective et favoriser un meilleur accès à la justice, relève Unia. Ces deux points sont encore entravés par la difficulté de fournir des preuves, des obstacles financiers et le faible montant des dommages forfaitaires, notamment.

Afin de favoriser la transparence des contrôles policiers et lutter contre le profilage ethnique, ces opérations de vérification devraient également être soumises à une confirmation écrite, mentionnant les raisons du contrôle ainsi que les coordonnées du service de contrôle interne, ajoute Unia. Quant à la hiérarchie, " elle doit être claire sur les procédures à engager à l’encontre de tout membre de la police " qui se rendrait coupable d’abus ou de comportement discriminatoire, envers la population comme au sein même de la police.

Dans l’enseignement, un double problème se pose: d’une part, la mauvaise transmission du savoir sur l’histoire coloniale et, d’autre part, les inégalités auxquelles se heurtent les individus afro-descendants, entraînant retards scolaires, réorientations et harcèlement. Pour y répondre, il est nécessaire que l’histoire coloniale et son lien avec le racisme contemporain fassent partie intégrante des programmes scolaires.

En outre, Unia préconise de sensibiliser et former les acteurs-clefs de la société (la police et le corps enseignant mais aussi les professionnels des ressources humaines, les agences immobilières et les agences d’intérim) pour que ceux-ci prennent conscience " de la force des stéréotypes " encore véhiculés aujourd’hui.

Comprendre les mécanismes qui se dissimulent derrière les problèmes structurels d’accès à l’emploi et au logement est également incontournable pour adopter des mesures politiques ciblées. Lorsque les problèmes sont connus depuis longtemps, comme celui posé par la reconnaissance des diplômes étrangers (lente, coûteuse et compliquée), " il est temps d’agir de toute urgence ", insiste le centre interfédéral. Celui-ci rappelle que son " test de situation " à destination des personnes qui soupçonnent être défavorisées dans la recherche d’un logement a été reconnu comme un moyen de preuve valable devant une cour d’appel en 2020.

Enfin, les initiatives de décolonisation de l’espace public ne doivent pas se contenter de ramener au musée ou de mieux encadrer les statues et autres monuments à la gloire des colons. La construction de mémoriaux en l’honneur des victimes de la colonisation participe également de la réconciliation, note Unia. Et si l’espace public constitue un premier pas, " n’oublions pas les autres domaines, comme les programmes d’enseignement, les images véhiculées dans les médias et la culture ", rappelle le centre interfédéral. Ce processus de déconstruction doit en outre être participatif. " Il s’agit de personnes et pas seulement de statues ", " les concernés doivent jouer un rôle important ", conclut-il.

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