Nucléaire: "occasion manquée" pour les ONG, la N-VA "soulagée et furieuse"

Alors que Greenpeace dénonce une prolongation qui ne règlera rien selon elle, la N-VA aurait voulu un plan encore plus pro-nucléaire.

Centrale nucléaire de Tihange
Centrale nucléaire de Tihange, le 24 janvier 2022 @BelgaImage

La volonté du gouvernement fédéral de prolonger de 10 ans deux réacteurs nucléaires est "une occasion manquée de réécrire notre avenir énergétique", ont réagi vendredi soir Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace et Bond Beter Leefmilieu. Ces ONG estiment que la Belgique a "besoin de toute urgence d’un nouveau pacte énergétique national". En parallèle, la N-VA, dans l’opposition au fédéral, a réagi "à la fois soulagée et furieuse" à l’accord énergétique trouvé vendredi soir au sein du gouvernement fédéral.

"Il y a une série de tabous qui doivent tomber"

Pour Greenpeace, le fait que le gouvernement "veuille rester dépendant de l’énergie nucléaire en temps de guerre et de risque nucléaire accru est inacceptable". "Même en temps de paix, les centrales nucléaires présentent un risque important avec des conséquences incalculables, surtout dans des zones densément peuplées comme la Belgique", estime l’ONG, pour qui une prolongation du nucléaire "ne réduira pas les prix élevés de l’énergie, n’améliorera pas la sécurité d’approvisionnement et ne réduira guère la consommation de gaz".

Greenpeace avertit que la route vers la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 "est encore longue et incertaine" vu les obstacles juridiques et techniques à franchir et vu la nécessité de négocier avec Engie, l’exploitant des réacteurs. Les autres mesures proposées par le gouvernement, qui prévoit notamment un plan d’investissement d’1,16 milliard d’euros pour accélérer la transition vers la neutralité climatique, sont qualifiées de faibles, par Inter-Environnement Wallonie (IEW).

"Il y a une série de tabous qui doivent tomber pour véritablement entamer la transition énergétique. Comment peut-on prétendre vouloir réduire notre dépendance au pétrole russe et maintenir un régime fiscal si avantageux sur les voitures de société ou les cartes carburant?", s’interroge IEW. "Il y a un changement de paradigme qui doit se faire et qu’on ne voit pas poindre dans les propositions avancées aujourd’hui". "Pour sortir plus forts de cette crise et s’affranchir enfin du pétrole et du gaz, nous n’avons besoin de rien de moins qu’un nouveau pacte énergétique national entre les gouvernements fédéral et régionaux qui mette notre pays sur la voie d’un système énergétique solide, social et durable", estime encore Greenpeace, qui suggère de s’inspirer de l’Allemagne et de ses investissements massifs dans le déploiement des énergies renouvelables.

Dans l’attente d’un tel pacte, les ONG recommandent de réduire la consommation de carburants fossiles et rappelle que des propositions ont été récemment avancées par l’Agence internationale de l’énergie. Il est ainsi proposé une baisse des prix des billets des transports en commun, la fin des subventions et du mélange obligatoire de biocarburants, une réduction de la vitesse maximale sur les autoroutes à 100 km/h, une suppression des vols court-courriers au profit d’alternatives en train et un recours au télétravail quand c’est possible jusqu’à trois jours par semaine.

La N-VA demandait encore plus de nucléaire

Selon le député Bert Wollants, spécialiste du dossier énergie dans les rangs des nationalistes flamands, la prolongation du nucléaire est une bonne chose mais cette prolongation n’aurait pas dû concerner que deux réacteurs (Doel 4 et Tihange 3) et aurait dû être de 20 ans et non de 10 ans.

Bert Wollants dénonce également la "procrastination" du gouvernement fédéral qui permet à Engie, selon lui, de faire d’une pierre, deux coups. "Engie reçoit sa centrale au gaz subsidiée et peut maintenant prolonger les centrales nucléaires à un prix beaucoup plus cher", estime le nationaliste flamand.

Le député reproche en outre à la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten, de n’avoir travaillé que sur le plan A, à savoir une sortie totale du nucléaire en 2025.

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